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Le lyrisme vocal d’Alex Nante

Paris
Salle Cortot
02/21/2026 -  
Alex Nante : Anima (création) – Ocho escenas – A Subtle Chain
George Benjamin : At First Light

Clara Barbier-Serrano (soprano)
Ensemble Ecoute, Fernando Palomeque (piano, direction)


A. Nante


Ecrin idéal pour la musique de chambre et le récital soliste, la salle Cortot accueille régulièrement des formations avides de répertoires aventureux. Si l’Ensemble Atmosphère est en résidence à l’Ecole Normale de Musique, l’Ensemble Ecoute y transite ce soir à l’occasion de son dixième anniversaire que sanctionne la parution d’un disque monographique (b·records) consacré à des œuvres vocales et instrumentales d’Alex Nante (né en 1992), également cofondateur de l’ensemble. L’onirisme est le composant principal du style de l’Argentin – le mot « rêve » apparaît deux fois dans le livret espagnol (dont il est l’auteur) d’Anima (2025), pour soprano et six instruments. Les harmonies aux franges du système tonal, les textures aérées (battements feutrés de la grosse caisse), les sonorités fondantes enluminent les aigus irradiants de Clara Barbier-Serrano. Plus contrasté, le cycle A Subtle Chain (2023) utilise des fragments de poésies de Ralph Waldo Emerson en hommage à la musique. Interpolations lentes, pédales langoureuses (contrebasse), harmonies aux relents médiévaux (quintes à vide, unissons) le cèdent, dans la cinquième « chanson » intitulée « Hymne / La Cloche » (« J’aime ta musique, cloche mélodieuse »), à une envolée cosmique scandée par la cloche tubulaire. La vocalité s’y fait ciselée – avec une incursion dans la récitation pure –, Clara Barbier-Serrano offrant de surcroît une prononciation plus idiomatique en anglais qu’en espagnol.


En parfaite syntonie avec le lyrisme de son compatriote, le chef Fernando Palomeque, rejoint par un trio à cordes, s’installe au piano dans Ocho escenas (2020). La dimension théâtrale de ces « scènes » est explicitement revendiquée par Alex Nante dont les personnages Mania et Drama s’inspirent de Florestan et Eusebius. Mais il y a une tierce personne, Luz (lumière), qui infléchira la dramaturgie instrumentale baignant dans une ambiance vespérale. Le pianiste procède par petites touches, souvent en mouvements parallèles des deux mains, cependant que le violoncelliste entonne un soliloque méditatif. Cristalline, cadencée par de larges respirations, la musique d’Ocho escenas n’est pas sans affinités secrètes avec l’univers décanté d’un Federico Mompou.


La seconde partie du programme affiche le premier chef‑d’œuvre d’un compositeur âgé de vingt-deux ans, At First Light (1982). Créée par Simon Rattle à la tête du London Sinfonietta, la pièce suscita l’enthousiasme de Pierre Boulez, qui l’inscrivit aussitôt au répertoire de l’Ensemble intercontemporain (EIC). Frappe l’ampleur quasi orchestrale de certains tutti, fruit d’une oreille déjà infaillible et d’un sens aigu de l’orchestration. La percée de la petite trompette à travers des textures d’une clarté aveuglante nous plonge d’emblée dans la toile de Turner Norham Castle, Sunrise à l’origine de l’impulsion créatrice. Là où Marius Constant exploitait avec profusion une phalange symphonique au complet dans Turner (1961), le jeune George Benjamin (né en 1960) se limite certes à un ensemble de chambre, mais constitué de solistes exploités dans toute leur habilité. Les accents granuleux de la contrebasse et du trombone, auxquels s’oppose la stridence du piccolo, façonnent un monde sonore minéral, venu du fond des âges. Rarement l’influence de Varèse (celui d’Octandre surtout) se sera manifestée avec autant d’évidence qu’au cours de cette interprétation. Après un simili de réexposition, les solos accidentés gagnent en véhémence tout en s’inscrivant dans un flux irrépressible. Les musiciens de l’Ensemble Ecoute (avec, dans ses rangs, le clarinettiste de l’EIC Martin Adámek) et Fernando Palomeque ne déméritent pas dans cette partition exigeante, traversée de moments tour à tour extatiques, statiques et dynamiques.



Jérémie Bigorie

 

 

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