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Une leçon de piano

München
Herkulessaal
02/12/2026 -  et 13* février 2026
Gabriel Fauré : Pelléas et Mélisande, opus 80
Camille Saint-Saëns : Concerto pour piano n° 5 en fa majeur « Egyptien », opus 103
Sergueï Prokofiev : Roméo et Juliette, opus 64 (extraits)

Alexandre Kantorow (piano)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Tugan Sokhiev (direction)


A. Kantorow (© Bayerische Rundfunk/Astrid Ackermann)


L’Orchestre philharmonique de Berlin a su devenir un ensemble d’une remarquable versatilité, capable d’exceller bien au‑delà du répertoire allemand. L’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, malgré quelques exceptions notables, n’a peut‑être pas encore complétement atteint cette même souplesse stylistique.


Dans ce Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré, Tugan Sokhiev retient légèrement les tempi, comme s’il cherchait à enrichir une partition qu’il jugerait trop dépouillée et à ajouter « quelque chose ». Sa recherche d’expression et de couleurs orchestrales conviendrait davantage à Strauss qu’au style épuré de Fauré. Les traits des violons dans « La Fileuse » manquent de netteté, et l’on sent que les musiciens ne sont pas tout à fait aussi à leur aise qu’à l’accoutumée.


En jeans et col roulé noirs, Alexandre Kantorow affiche une décontraction qui contraste avec son autorité dès qu’il touche le clavier : articulation et légèreté des traits, relaxation des bras, dynamique et précision sans la moindre dureté. Voici un piano, riche et varié, qui se distingue par une clarté et une élégance rares.


Dans le premier mouvement (Allegro animato), l’intégration avec l’orchestre est réalisée avec beaucoup de soin et cette fois‑ci, aux couleurs du piano répondent les couleurs de l’orchestre. Si le talent des interprètes ne parvient pas à transcender un deuxième mouvement peu inspiré malgré les citations de la musique que le compositeur aurait entendue à Louxor, le dernier mouvement (Molto Allegro), plein de bravoure, est flamboyant. Pourquoi entendons‑nous autant de Rachmaninov et aussi peu de Saint‑Saëns ?


Très applaudi, Alexandre Kantorow donne en bis la « Mort d’Isolde » dans la transcription de Franz Liszt, avec un piano superbement orchestré, bis si adapté dans cette ville où fut créé l’opéra de Wagner à quelques minutes de cette salle. Voici un pianiste essentiel à réinviter de toute urgence.

En seconde partie, Tugan Sokhiev rappelle à quel point il est un grand chef de théâtre. Dès les premiers instants, le drame s’engage et l’atmosphère est établie d’emblée dans cette Suite de Roméo et Juliette. Cette fois‑ci, aucun doute sur les tempi : la musique avance et rebondit avec naturel et dynamisme.


Tugan Sokhiev connaît la partition sur le bout des doigts et trouve une multitude de détails si parlants : recherche des lignes, notes pointées mises en valeur, soin apporté aux équilibres avec des bois très éloquents. Les musiciens sont ici bien plus à leur aise, avec une mention spéciale pour Lucas Spagnolo à la flûte, Emiko Yuasa, comme il y a deux semaines en Sancho Panza, dans un solo d’alto plein de caractère et au violoncelle solo, rien moins que Julia Hagen et tête de pupitre.


Prochain concert de cet orchestre dans une dizaine de jours avec Iván Fischer dans une première partie hongroise à nouveau un peu en périphérie du répertoire naturel de cet orchestre : les Bavarois seront‑ils autant à leur aise dans Bartók que dans Prokofiev ?



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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