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Un seul être nous manque...

Paris
Opéra Bastille
01/27/2026 -  et 30 janvier, 2, 5, 8, 11*,14, 17, 20, 23, 26 février 2026
Giuseppe Verdi : Un ballo in maschera
Matthew Polenzani (Riccardo), Anna Netrebko/Angela Meade* (Amelia), Etienne Dupuis/Ludovic Tézier*/Ariunbaatar Ganbaatar (Renato), Elizabeth DeShong (Ulrica), Sara Blanch (Oscar), Christian Rodrigue Moungoungou (Samuel), Blake Denson (Tomaso), Andres Cascante (Silvano), Ju In Yoon (Un giudice), Se‑Jin Hwang (Un servitore di Amalia)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Speranza Scappucci (direction musicale)
Gilbert Deflo (mise en scène), William Orlandi (décors, costumes), Micha van Hoecke (chorégraphie)


(© Franck Ferville/Opéra national de Paris)


On savait ce qu’il fallait attendre – et ne pas attendre – de ce Bal masqué présenté en 2007 sous la direction de Semyon Bychkov : une production convenue, désespérément indigente. Non que le propos soit irrecevable : rien n’empêche de choisir la version où Riccardo est gouverneur de Boston, avec comme décor une salle de conseil surmontée de l’aigle américain, rien n’empêche d’imaginer Ulrica en prêtresse du culte vaudou où l’oiseau fait place au serpent. C’est par l’absence de direction d’acteur digne de ce nom que pèche de nouveau le spectacle de Gilbert Deflo, dont on ne retient que le joli bal final, avec ses pierrots et ses colombines. Une lecture anecdotique, sans le moindre enjeu, qui abandonne les chanteurs à leur sort.


On était justement revenu pour les voix, en l’occurrence celles de la seconde distribution – la première affichait l’Amelia d’Anna Netrebko et le Renato d’Etienne Dupuis. Elles nous comblent... ou presque. S’il ne peut incarner l’italianità par le timbre ou par le chant, Matthew Polenzani possède d’autres atouts, que les années ont préservés : une voix joliment timbrée, une tessiture homogène, une émission ductile, une ligne patricienne. La légèreté du premier acte, avec un superbe « Di’ tu se fedele » et un « E scherzo od e follia » vraiment « con eleganza », ne le prend pas en défaut, il s’identifie ensuite au ténor spinto qu’appelle Riccardo, jusqu’au « Ma se m’e forza perderti » de la fin, déployant partout les nuances les plus raffinées – qu’il détimbre trop cependant. Faut‑il répéter que Ludovic Tézier, que remplacera Ariunbaatar Ganbaatar à partir du 20 février, est depuis un temps certain, par le mordant d’une voix de bronze, par la perfection de la technique et du style, le plus grand baryton Verdi d’aujourd’hui ? Oserait‑on lui suggérer de pousser plus loin les demi‑teintes d’« Eri tu » ?


L’étonnante Elizabeth DeShong, qui avait épaté Aix en Fidès du Prophète de Meyerbeer, campe une Ulrica comme on entend rarement : un mezzo sombre aux graves naturellement profonds, aux registres soudés, qui n’a donc pas besoin de surexposer son registre de poitrine pour faire surgir sa sorcière de l’abîme. Le page n’est pas en reste : voici en Oscar le soprano léger mais fruité, dont le médium a de la chair, rien moins que rossignol, de Sara Blanch, rossinienne de haut vol, vocalisant à ravir, pleine de séduction facétieuse. Deux voix qu’on espère réentendre bientôt à l’Opéra. Ajoutons les bien campés Samuel de Christian Rodrigue Moungoungou, membre du chœur, et Tom de Blake Denson, puis le Silvano très prometteur d’Andres Cascante, jeune pousse de la Troupe lyrique appelé à de plus grands rôles verdiens.


Quelqu’un nous manque, néanmoins, cruellement : Amelia dépare cette quasi parfaite distribution. Trac de la première ? De ses débuts à l’Opéra ? Angela Meade a beau afficher une voix longue aux belles harmoniques, elle ne contrôle pas son émission et chante trop bas, carrément faux même dans la quinte aiguë, n’a pas de legato pour « Morro ». Gageons qu’elle se reprendra. Speranza Scappucci fait chanter et respirer l’orchestre, a le sens des couleurs et du théâtre, assume le mélange des genres caractéristique de la partition, si bien qu’on lui pardonne ici ou là quelques décalages.



Didier van Moere

 

 

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