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Oui... mais Paris Philharmonie 02/04/2026 - et 5* février 2026 Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Concerto pour piano n° 1, opus 23
Richard Strauss : Eine Alpensinfonie, opus 64 Kirill Gerstein (piano)
Orchestre de Paris, Semyon Bychkov
 K. Gerstein (© Marco Borggreve)
A Radio France, Kirill Gerstein avait fait forte impression, par l’implacable clarté de la polyphonie, qui allait de pair avec une objectivité dont ne pâtissaient, loin de là, ni la Troisième Sonate de Brahms ni celle de Liszt. Cela convient moins bien au Premier Concerto de Tchaïkovski : quand on en évacue le pathos, il ne fonctionne pas vraiment. On n’en admire pas moins l’équilibre entre la puissance et la fluidité, cette main gauche que rien ne semble pouvoir contraindre. Comme pour ses enregistrements avec James Gaffigan... ou Semyon Bychkov, le pianiste a choisi la version de 1879, de quatre ans postérieure à celle de la création par Hans von Bülow à Boston, la version traditionnelle relevant d’une révision d’Alexandre Siloti. Quelques détails, du coup, surprennent, à commencer par ces arpèges des premières mesures. Le pianiste juge cette version de 1879, que Tchaïkovski dirigeait encore peu avant sa mort, « plus lyrique, plus schumanienne ». N’est‑ce pas, justement, une invitation à adopter un jeu plus épanché ? Le chef reste aussi un peu sur la réserve, comme s’il dirigeait encore Eugène Onéguine, où il fait merveille en ce moment à Garnier. Le Premier de Tchaïkovski est ce qu’il est, il faut l’empoigner, jusqu’au dionysiaque final. En bis, une magnifique « Mélodie » de Rachmaninov, troisième des Morceaux de fantaisie opus 3.
La Symphonie des alpes éblouit. D’emblée le chef installe un climat, imposant une lecture très narrative, au plus près du « programme ». On apprécie ensuite la conduite du flux, l’art des enchaînements – au début, transition vers « L’Ascension » puis vers « L’Entrée dans la forêt », à la fin, passage de « L’Orage » au « Coucher de soleil » et à « La Nuit ». La direction s’attache à la dimension héroïque, nietzschéenne de la partition, à laquelle elle insuffle un irrésistible élan, avec une pâte sonore à la mesure de la luxuriance de la musique et un lyrisme intense – les « Instants périlleux » en débordent. Mais Bychkov, s’il maîtrise superbement l’œuvre, s’il la fait respirer, ne se laisse‑t‑il pas un peu griser, comme jadis dans son Chevalier à la rose salzbourgeois ? On aimerait une pâte sonore plus gouleyante, des angles plus vifs, un éventail dynamique plus large – cela constituait la principale qualité d’un Klaus Mäkelä, auquel manquait justement le souffle panthéiste, chacun nous donnant ce qu’on cherche chez l’autre.
Didier van Moere
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