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Une mise en scène à l’épreuve du temps Lausanne Opéra 02/01/2026 - et 3*, 6, 8 février 2026 Francis Poulenc : Dialogues des carmélites Eugénie Joneau (Mère Marie de l’Incarnation), Anne-Catherine Gillet (Blanche de la Force), Catherine Hunold (Madame Lidoine), Floriane Derthe (Sœur Constance de Saint‑Denis), Lucie Roche (Madame de Croissy), Léo Vermot-Desroches (Le Chevalier de la Force), Pierre Doyen (Le Marquis de la Force), Céline Soudain (Mère Jeanne de l’Enfant‑Jésus), Fanny Utiger (Sœur Mathilde), Rodolphe Briand (L’aumônier du carmel), Maxence Billiemaz (Le premier commissaire), Aslam Safla (Le second commissaire, Un officier), Philippe-Nicolas Martin (Thierry, Monsieur Javelinot, Le geôlier)
Chœur de l’Opéra de Lausanne, Jacopo Facchini (préparation), Orchestre de Chambre de Lausanne, Jacques Lacombe (direction musicale)
Olivier Py
(mise en scène), Daniel Izzo (reprise de la mise en scène), Pierre-André Weitz (décors, costumes), Bertrand Killy (lumières)
 (© Carole Parodi)
L’Opéra de Lausanne propose pour la toute première fois Dialogues des carmélites, dans la célèbre mise en scène d’Olivier Py, qui a été créée en 2013 au Théâtre des Champs‑Elysées et qui a rencontré un succès immédiat, avec des reprises à Paris en 2018 et en 2024. Le spectacle est devenu une référence au point d’avoir été repris onze fois avant d’arriver à Lausanne. Comme cela a été dit ici à plusieurs reprises, le metteur en scène présente une vision sombre et tragique de l’œuvre de Poulenc et Bernanos, une vision centrée sur la peur, qui met en valeur la sororité dans une scénographie épurée, soulignant le destin tragique des religieuses et évitant de montrer directement la guillotine ou la Révolution pour se concentrer sur la psychologie des personnages. L’agonie de la Prieure, clouée sur son lit comme le Christ sur la croix, perpendiculaire au plateau, reste l’un des moments forts de la soirée, sans parler de la scène finale, où la seule rescapée, Mère Marie, assiste parmi le public au spectacle du bruit glaçant de la guillotine, dont les coups vont progressivement réduire au silence chacune des nonnes, dans des gestes au ralenti, les bras levés vers un ciel rempli d’étoiles, pendant un bouleversant Salve Regina. Treize ans après sa création, la production n’a rien perdu de son immense force visuelle.
La partie musicale du spectacle a, elle aussi, comblé toutes les attentes. A la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, Jacques Lacombe offre une lecture fluide et tendue de la partition de Poulenc, attentif aussi bien à la progression dramatique et au sens du rythme qu’à la dimension spirituelle de l’ouvrage et aux couleurs noires et crépusculaires. La distribution masculine est particulièrement homogène, avec notamment l’émouvant Chevalier de Léo Vermot-Desroches, au timbre lumineux et à la ligne exemplaire, sans parler de sa diction irréprochable, ainsi que le Marquis à la belle prestance et à la voix extrêmement bien projetée de Pierre Doyen. On mentionnera aussi l’Aumônier de Rodolphe Briand, qui capte immédiatement l’attention à chacune de ses interventions. Les dames sont un peu plus inégales. Anne-Catherine Gillet campe avec éclat une Blanche de la Force fragile et tourmentée, mais aussi volontaire et déterminée, avec une présence scénique qui irradie tout le plateau et une voix ample et lumineuse. Une magnifique incarnation ! Timbre léger et juvénile, Floriane Derthe incarne avec brio une Sœur Constance touchante dans sa jovialité. Lucie Roche apporte intensité dramatique et humanité au personnage de la Première Prieure, bouleversante sur son lit de mort. Catherine Hunold est une Madame Lidoine touchante d’humanité et de sensibilité, alors qu’Eugénie Joneau est une Mère Marie de l’Incarnation intense et autoritaire, mais avec pour toutes les deux quelques aigus un peu durs et stridents. Et on ne saurait passer sous silence l’émouvant Salve Regina du Chœur de l’Opéra de Lausanne. Une très grande soirée d’opéra !
Claudio Poloni
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