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Les derniers feux du romantisme Lyon Auditorium Maurice Ravel 01/29/2026 - et 30* janvier 2026 Arnold Schönberg : Verklärte Nacht, opus 4
Alexander von Zemlinsky : Lyrische Symphonie, opus 18 Maria Bengtsson (soprano), Bo Skovhus (baryton)
Orchestre national de Lyon, Simone Young (direction)
 S. Young (© Sandra Steh)
Ancienne directrice musicale de l’Orchestre philharmonique de Hambourg (2005‑2015), la cheffe australienne Simone Young (née en 1961) est depuis plusieurs années une des figures les plus demandées sur les scènes prestigieuses, de Bayreuth à Vienne, en passant par Milan et Paris. L’Orchestre national de Lyon ne s’y est pas trompé en l’invitant régulièrement à l’Auditorium Maurice Ravel, comme c’est le cas pour ce superbe programme postromantique, consacré aux beaux‑frères Schönberg et Zemlinsky.
En grande partie autodidacte, Arnold Schönberg (1874‑1951) a reçu des leçons de contrepoint de la part de Zemlinsky, lui‑même ancien élève de Robert Fuchs et Anton Bruckner, avant de recevoir le soutien de Brahms. On retrouve l’influence de cet héritage romantique dans la toute première œuvre d’importance de Schönberg, La Nuit transfigurée, composée en 1899 pour sextuor à cordes, puis élargie en 1917 pour orchestre à cordes. C’est cette dernière version que l’on entend ce soir avec une cinquantaine de musiciens lyonnais. L’amour pour la sœur de Zemlinsky irrigue tout ce chef‑d’œuvre, d’une expressivité chromatique proche des audaces de Tristan et Isolde de Wagner, tout en s’approchant des limites de la tonalité. En cela, l’ouvrage annonce les futures révolutions de l’atonalisme, puis du dodécaphonisme, tout en restant dans un langage accessible. Simone Young imprime d’emblée un ton résigné, au son compact et legato, d’une souplesse toujours aérienne. L’individualisation des pupitres se fait plus prononcée dans les verticalités, en des tempi enlevés, refusant tout pathos. Cette lecture probe prend davantage d’ampleur au fur et à mesure du développement des états d’âme sous‑jacents, comme des vagues qui submergent l’auditeur. Pour autant, l’Australienne évite soigneusement toute attaque sèche, toute exaltation, si ce n’est quelques traits mis en avant (la scansion impressionnante des contrebasses, par exemple, peu avant la dernière partie). L’apaisement final trouve un entrelacement des mélodies d’une parfaite mise en place sous cette baguette sereine, concluant cette première partie sous les meilleurs auspices.
Après l’entracte, vient le tour de la monumentale Symphonie lyrique (1924) de Zemlinsky, un compositeur malheureusement trop rare dans les programmations (malgré plusieurs ouvrages lyriques donnés à l’Opéra de Lyon, Le Nain et Une Tragédie florentine en 2012, puis Le Cercle de craie en 2018). On ne boude pas son plaisir d’entendre ce chef‑d’œuvre foisonnant et luxuriant, proche des modèles straussiens et mahlériens quant à l’ampleur des moyens réunis. Le langage se fait toutefois plus diffus en alternant de courts motifs mélodiques, qui parcourent tous les pupitres en une virtuosité véritablement étourdissante. Zemlinsky sait aussi s’apaiser pour embrasser son sujet plus douloureux qu’il y paraît pour une écoute inattentive : les équipes lyonnaises ont la bonne idée de proposer un surtitrage du texte proche du symbolisme du poète et dramaturge indien Tagore (prix Nobel de littérature en 1913 et souvent adapté au cinéma par Satyajit Ray). On découvre un récit superbe, mêlant quêtes d’intériorité et de spiritualité, pour un couple au devenir incertain. Les échecs brûlants de Zemlinsky en matière amoureuse, dont l’indélébile déception avec son élève Alma Schindler (qui lui préférera finalement Gustav Mahler), restent indissociables de cet ouvrage. Simone Young poursuit sur sa lecture refusant tout spectaculaire, ce qui est appréciable ici, sans surjouer le style éruptif de Zemlinsky, parfois déroutant. Les effluves orientalistes ou morbides par endroits, sont ici minorés, au service d’une mise en place exemplaire, jamais appuyée. L’attention au texte est ainsi privilégiée, sans que les solistes aient à lutter contre les masses orchestrales réunies.
On se délecte ainsi d’autant mieux des phrasés clairs et articulés de Bo Skovhus, plus à l’aise en pleine voix, au médium plus discret. C’est plus encore Maria Bengtsson qui ravit par son engagement sans faille, entre technique à l’émission délicieusement veloutée et expressivité toujours juste, sans ostentation. Le quatrième chant, « Parle‑moi, mon bien‑aimé », est sans aucun doute le sommet de la soirée, tant la soprano suédoise tisse des phrasés ensorcelants de subtilité dans les piani. Le mouvement qui suit, volontiers rageur, apporte son lot de contraste saisissant, avant l’apaisement final, où la raréfaction des effectifs laisse place aux clarinettes et altos d’une expressivité douce. L’acceptation de l’impossibilité d’un amour laisse place à la sérénité, mêlant hauteur de vue et confiance en l’avenir.
Florent Coudeyrat
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