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Magnétique Antwerp Stadsschouwburg 01/17/2026 - et 21, 22, 24, 25 (Antwerpen), 31 janvier, 1er, 3, 4, 5 février (Gent) 2026
« Rites »
Boléro X [*] Shahar Binyamini (chorégraphie, costumes, lumières), Maurice Ravel (musique)
La Valse (création)
Nacela Belaza (chorégraphie), Maurice Ravel (musique)
Eric Soyer (lumières)
Le Sacre du printemps
Pina Bausch (chorégraphie), Igor Stravinski (musique)
Rolf Borzik (scénographie, costumes)
Austin Meiteen (danse) [*], Opera Ballet Vlaanderen
Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, Karel Deseure (direction musicale)
 (© Phile Deprez)
« Rites » ? Un spectacle de l’Opera Ballet Vlaanderen qui regroupe trois chorégraphies, le célèbre Sacre du printemps (1913) de Pina Bausch, complété par deux autres créations sur des œuvres de Ravel. Les trois parties, la deuxième, différente, sur le plan visuel et du langage, des deux autres, forment un triptyque assez captivant et même cohérent, par la dimension rituelle qui les unit. Et cette production apporte une preuve supplémentaire de la puissance expressive de la danse contemporaine, en plus de démontrer l’excellence des danseurs de l’institution flamande.
La chorégraphie exceptionnelle et d’une ineffable beauté de Pina Bausch n’occulte heureusement pas trop celle de Shara Binyamini sur le Boléro (1928). Ce dernier signe également les costumes – tous fort près du corps, noirs et de couleur chair, alors que ceux du Sacre paraissent plus lâches, comme près de tomber ou de se déchirer – ainsi que les assez beaux, quoique discrets, jeux de lumières. Les danseurs, évidemment, interviennent de plus en plus nombreux, à l’instar des instruments de l’orchestres, ceux qui ne dansent pas entourant ceux en mouvements, en formant une structure rectangulaire, tels des fauves à l’affût. Et ils figurent en nombre, un peu moins de cinquante, le programme les nommant tous, sans paraître à l’étroit sur la scène du Stadsschouwburg, un édifice moderne situé à quelques centaines de mètres de l’Opéra d’Anvers. La chorégraphie les montre sous un aspect fort différent que dans Le Sacre du printemps : moins réalistes, moins sensuels, plus inquiétants, ils semblent provenir d’ailleurs – cette matière noire dans la bouche, sans doute.
La deuxième partie se différencie des deux autres par son énergie plus intérieure, sa densité moins concentrée : dans La Valse (1920), le chorégraphe, Nacela Belaza, se limite à un seul danseur, en l’occurrence Austin Meiteen. Sa prestation laisse une impression de solitude, d’écrasement, mais aussi de résignation, dans un geste fluide, gracieux, désenchanté, sans que les mouvements, assez délicats, ne ressemblent à ceux d’une valse dansée en solitaire. Il s’agit contrairement, aux deux autres, d’une création, représentée dans le cadre de ces deux séries de représentations, le spectacle étant repris le mois prochain, à Gand, au Capitole. Cette fragilité s’exprime aussi, mais autrement, dans la chorégraphie, désormais cinquantenaire, de Pina Bausch, dans une scénographie également légère, caractérisée par cette fameuse surface recouverte de terre. Fragilité, mais aussi densité et complexité, tant il se passe de choses dans cette chorégraphie. Les danseurs, pleinement engagés, exécutent admirablement cette pièce iconique, les éclairages faisant superbement ressortir les corps. Le souffle de cette chorégraphie reste unique, à l’instar de la puissance de cette musique, bien exécutée par l’orchestre, sous la direction de Karel Deseure. Un spectacle magnétique.
Sébastien Foucart
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