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Le couple selon Bernstein

Paris
Philharmonie
01/22/2026 -  et 10, 11 (Massy), 17 (Bonneuil‑sur‑Marne) janvier 2026
Leonard Bernstein : Trouble in Tahiti (arrangement Garth Sunderland) – Arias and Barcarolles (arrangement Bruce Coughlin)
Nathalie Pérez (Dinah), Kevin Arboleda (Sam), Cécile Madelin (Elle, mezzo), Max Latarjet (Lui, baryton‑basse), Lucas Pauchet (ténor)
Orchestre national d’Ile-de-France, David Stern (direction musicale)
Elsa Rooke (mise en espace), Véronique Seymat (costumes)


D. Stern (© Maria Rosenblatt)


Rien ne va entre Sam et Dinah, censés pourtant incarner le couple américain idéal de l’après‑guerre, lui symbolisant la réussite du winner qui soigne sa carrière, cultive son corps, néglige son fils... et trompe une femme rongée par la rancœur et la frustration. Incapables de communiquer, ils finissent au cinéma pour voir Trouble in Tahiti... qu’elle a vu dans l’après‑midi. C’est l’envers d’un décor que Leonard Bernstein, auteur du livret et de la musique, nous présente en 1951, au moment de sa propre lune de miel – de quoi s’interroger aussi sur son propre couple, alors qu’il était bisexuel. Trouble in Tahiti est un bref « opéra » de chambre en un acte, qui flirte avec le musical de Broadway, commenté par un trio vocal ressortissant au chœur de la tragédie grecque. Une parfaite illustration de cet éclectisme du chef compositeur américain, trop souvent regardé avec condescendance alors qu’il transposait dans la musique américaine la tradition du mélange des genres.


Le cycle Arias and Barcarolles, clin d’œil à une phrase du président Eisenhower prononcée lors d’un concert de Lenny à la Maison Blanche, est écrit pour un mezzo et un baryton. Le compositeur de West Side Story, qu’on retrouve ici ou là, y décline de nouveau les nuances de l’amour, sur le mode de l’ironie ou de l’attendrissement – deux textes seulement ne sont pas de lui, mais de sa mère et, en yiddish, du poète juif Yankev-Yitshok Segal. Une sorte de contrepoint à l’opéra, volontiers mélancolique sans être désespéré, conçu trois décennies plus tard, comme un retour sur une vie. Confié à un piano à quatre mains, l’accompagnement est proposé ici dans l’orchestration de Bruce Coughlin, réalisée trois ans après la mort de Bernstein.


Elsa Rooke fait judicieusement d’Arias and Barcarolles un miroir de Trouble in Tahiti – la mezzo du cycle porte la même robe que Dinah –, multipliant les effets d’écho. Elle va au‑delà d’une mise en espace dans le cadre d’un concert, à travers une vraie mise en scène qui s’approprie les codes du musical, si bien que l’on assiste aussi à un spectacle. La direction d’acteur crée de vrais personnages. De leur côté, les jeunes voix d’Opera Fuoco, comme d’habitude, sont source de plaisir. Certes, elles peuvent parfois, sous les fortissimos de l’orchestre, se projeter un peu moins bien, mais elles sont belles, homogènes et bien conduites. Les chanteurs se plient brillamment aux exigences d’une écriture vocale hybride tout en montrant une aisance certaine dans le jeu, danseurs quand il le faut. Natalie Pérez déploie en Dinah un mezzo charnu, Kevin Arboleda un baryton bien timbré en Sam. Cécile Madelin et Max Latarjet sont excellemment affûtés pour Arias and Barcarolles, après avoir été deux des voix du Trio de Trouble in Tahitiaux côtés d’un Lucas Pauchet en culottes courtes. David Stern trouve lui aussi le ton juste, entre le musical et l’opéra, les passages swingués et les pages plus lyriques. Une réussite à saluer.



Didier van Moere

 

 

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