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La nouvelle coqueluche du public viennois Vienna Konzerthaus 01/22/2026 - et 23* janvier 2026 22 janvier – et 17 (Hamburg), 25 (Essen) janvier
Piotr Ilitch Tchaïkovski : Concerto pour violon, opus 35
Dimitri Chostakovitch : Symphonie n° 8, opus 65 Lisa Batiashvili (violon)
23 janvier
Dimitri Chostakovitch : Symphonie n° 6, opus 54
Jean Sibelius : Lemminkäinen Suite, opus 22
Oslo-filharmonien, Klaus Mäkelä (direction)
 K. Mäkelä, L.Batiashvili (© John-Halvdan Olsen-Halvorsen)
Pour une fois, tous les téléphones portables étaient éteints ; ce fut pourtant l’annonce préenregistrée, censée précisément prévenir ces interruptions, qui vint s’immiscer dans les premières mesures du Concerto pour violon de Tchaïkovski. Il en fallait plus pour déstabiliser les artistes, et c’est dans une quasi‑atmosphère de répétition générale que s’ouvrait ainsi la première soirée de ce mini‑cycle emmené par Klaus Mäkelä.
Lisa Batiashvili et l’Orchestre philharmonique d’Oslo semblent clairement sur la même longueur d’onde. Côté pile : une lecture inventive, riche en contrastes, des textures orchestrales lumineuses venant compléter le timbre dense, à la sensualité presque rauque, de la violoniste, qui se promène librement dans la partition, avant de conclure sur un finale rhapsodique et virevoltant, à la Casse‑Noisette. Côté face : une charge d’intentions expressives, allant par exemple chercher, dans la Canzonetta, des pianissimi éthérés à la limite du larmoyant. La brillance de l’exécution, la finesse musicale et le plaisir manifeste à partager l’enthousiasme sont toutefois tels que l’on ne saurait tenir rigueur aux artistes de ces quelques excès.
Les symphonies de Chostakovitch, heureusement réparties sur deux soirées (au contraire du programme parisien), constituent un terrain idéal pour l’expression des sonorités sombres et denses dont sont capables les musiciens d’Oslo. Les mouvements lents impressionnent par leur intensité fervente : une beauté grave et contemplative, parfois déchirante, est portée par des cordes d’une tenue irréprochable, aux phrasés impeccables, et par des pupitres de vents tendus et remarquablement contrôlés. De manière quelque peu inattendue, c’est la Sixième Symphonie qui bénéficie le plus de l’approche méticuleuse et raffinée de Mäkelä, ouvrant des horizons de couleurs et de textures évoquant peut‑être Bartók, Stravinsky ou Mahler, nous éloignant momentanément du monde chostakovien. La plus monumentale Huitième, en regard, paraît parfois plus endiablée qu’inéluctable, son ironie se teintant d’une énergie presque dansante, au détriment d’une part de son poids tragique.
La Suite de Lemminkäinen de Sibelius, tout comme le concerto placé en ouverture de ce mini‑cycle, offre un contrepoids bienvenu aux symphonies de guerre et de pré‑guerre. Moins narrative que picturale, la lecture de Mäkelä est traversée de solos miraculeux, déploie des pianissimi d’une délicatesse infinie et s’inscrit dans une vision d’ensemble solidement construite, faisant surgir de vastes paysages brumeux dans lesquels l’auditeur se perd volontiers.
L’attente qui entourait ces concerts était palpable, rappelant l’excitation du concert d’ouverture de saison. La marque de fabrique du jeune chef finlandais – science orchestrale, maîtrise des textures, sens de l’équilibre imparable – ne peut qu’éblouir, laissant toutefois entrevoir un sens de la tension narrative qui ne s’impose pas encore avec la même acuité dans chacune des œuvres.
Dimitri Finker
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