About us / Contact

The Classical Music Network

Bruxelles

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Adieu au monde d’hier

Bruxelles
La Monnaie
01/23/2026 -  
Harold Noben : A l’extrême bord du monde
Marie-Juliette Ghazarian (Lotte Zweig), Valentin Thill (Stefan Zweig)
Noémie Tiercent (violon), Florent Bremond (alto), Sébastien Walnier (violoncelle), Nadia Jradia (piano), Harold Noben (direction)


H. Noben (© Isabelle Françaix)


La Monnaie reprend pour une seule date, mais à deux occasions, à midi trente et à vingt heures, l’opéra de chambre d’Harold Noben (né en 1978), A l’extrême bord du monde, créé le 4 octobre 2020. Les deux représentations se tiennent dans la Salle Malibran, située dans les Ateliers, derrière le théâtre, dans une scénographie minimaliste : deux fauteuils, une petite table basse, un bureau.


Le programme n’indique le nom d’aucun metteur en scène, mais il ne s’agit cependant pas d’une exécution en version de concert, les deux interprètes jouant leur rôle comme dans une représentation d’opéra normal, la direction d’acteur ayant sans doute fait l’objet d’un travail collectif avec le compositeur. Et c’est vraiment un opéra de chambre au sens strict du terme, car l’effectif se résume à quatre instruments, un violon, un alto, un violoncelle et un piano, tous les quatre dirigés par le compositeur en personne. Six interprètes, donc, pour un sujet dramatique : les tout derniers instants de Stefan Zweig et de sa seconde épouse, retrouvés morts l’un à côté de l’autre, en 1942, dans leur maison de Petrópolis, au Brésil, là où le couple en exil s’était établi pour fuir les nazis, loin de l’Europe tant aimée jadis.


La lettre laissée par Zweig ne laisse aucun doute sur la cause de cette disparition, le suicide, décidé ensemble et en toute conscience, l’écrivain n’imaginant plus continuer à vivre dans un monde qu’il peinait à reconnaître. Jacques De Decker a rédigé le livret de cet ouvrage d’une heure et en deux actes, en choisissant le français, et non l’allemand, la langue maternelle de l’écrivain, celle aussi de l’envahisseur, des criminels, afin de rappeler la francophilie de cet écrivain d’une grande ouverture d’esprit. Le texte repose forcément sur des suppositions, car la teneur exacte des échanges entre les époux à la fin de leur existence demeure inconnue, mais cet opéra en traduit avec conviction l’inexécutabilité, mélange de tragique, de détermination et d’apaisement.


La musique, quant à elle, ciselée, assez recherchée, non dépourvue d’élans romantiques, parvient à nous captiver, le compositeur excellant à exploiter et à combiner les timbres des quatre musiciens. Cet opéra présente une plus grande cohérence esthétique et surtout une plus grande concision que Bovary, un opéra du même auteur créé l’année passée au Théâtre national. Cet ouvrage abouti et de grande valeur est fort bien défendu par les quatre musiciens, ainsi que par le baryton Valentin Thill, qui a assuré la création de sa partie en 2020, et la mezzo‑soprano Marie-Juliette Ghazarian. Ces deux chanteurs au timbre séduisant incarnent leur personnage avec profondeur et sensibilité. Stefan Zweig méritait à son tour un opéra, lui qui a rédigé le livret de La Femme silencieuse de Strauss. Mais le destin de cette personnalité hors norme et attachante appelle un opéra de plus grande ouverture encore.



Sébastien Foucart

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com