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Le soleil dans la voix Gstaad Eglise de Lauenen 12/28/2025 - Vincenzo Bellini : Dolente immagine di Fille mia – Vanne, o rosa fortunate – Malinconia, ninfa gentile – Per pietà, bell’idol mio
Giacomo Puccini : Suor Angelica : Intermezzo
Gaetano Donizetti : L’elisir d’amore : « Una furtiva lagrima »
Keith Jarrett : Shenandoah
Ruggero Leoncavallo : Mattinata – ‘A Vucchella – Ideale
Francesco Paolo Tosti : Chanson de l’adieu – Pour un baiser
Francis Poulenc : Improvisation n° 15 « Hommage à Edith Piaf »
Ennio Morricone : Cinema Paradiso : « Se »
Stanislao Gastaldon : Musica proibita
Eduardo Di Capua : O sole mio Vittorio Grigolo (ténor), Cristiano Manzoni (piano)  V. Grigolo (© Patricia Dietzi)
Un ténor peut en cacher un autre. Le lendemain du récital de Xabier Anduaga dans le cadre du Festival de musique de Nouvel An de Gstaad (Gstaad New Year Music Festival, GNYMF), un récital où l’étoile montante de la planète lyrique a misé avant tout sur la puissance et la projection vocales, Vittorio Grigolo a offert, pour sa part, une soirée bien plus nuancée et mieux adaptée à la petite église de Lauenen, dans laquelle il se produisait. Intitulé « Hommage à Pavarotti », le concert célébrait l’héritage de Luciano Pavarotti, avec qui Vittorio Grigolo avait chanté à Rome à l’âge de 12 ans, ce qui lui avait valu le surnom, à l’époque, de « Il Pavarottino » (le « tenorissimo » interprétait Mario Cavaradossi dans Tosca à l’Opéra de la capitale italienne et le jeune Vittorio chantait le rôle du pâtre).
Durant près de deux heures, Vittorio Grigolo a rendu hommage à l’art lyrique italien en interprétant un répertoire exigeant et varié, mêlant airs d’opéra, mélodies populaires et chansons napolitaines, avec des œuvres de compositeurs tels que Bellini, Donizetti, Leoncavallo et Tosti, accompagné au piano par le doigté sensible et délicat de Cristiano Manzoni. Ayant débuté comme ténor léger (Rossini, Donizetti), Vittorio Grigolo a progressivement mûri vers un répertoire plus large (Verdi, Puccini), sa voix gagnant en corps, en densité et en couleurs sombres, tout en conservant une grande agilité, comme l’a démontré d’ailleurs la première mélodie du récital, Dolente immagine di Fille mia de Bellini. Son timbre, souvent décrit comme l’un des plus solaires et passionnés de sa génération, possède toujours cette clarté typiquement italienne, riche et chaleureuse, avec un éclat naturel (le fameux squillo) qui lui permet de briller dans l’aigu. La filiation stylistique avec Luciano Pavarotti est évidente, Vittorio Grigolo privilégiant une émission ouverte et généreuse. Le chanteur ne s’est pas non plus montré avare de nuances, en en parcourant avec brio toute la gamme, des murmures aux éclats puissants. Ses mezze voci comme suspendues et ses notes filées ténues ont aussi impressionné le public. Et jamais le son n’a saturé l’espace, même dans les accents les plus impétueux et passionnés d’« Una furtiva lagrima » de L’Elixir d’amour. Et que dire aussi de son phrasé exemplaire, le ténor utilisant la langue comme un moteur émotionnel pour sculpter chaque mot ?
Certes, Vittorio Grigolo – et ce n’est un secret pour personne – en fait toujours des tonnes, n’hésitant pas à en rajouter ; il prend un malin plaisir à faire le cabot, avec de grands gestes exagérés, des bras souvent levés au ciel ou des aigus tenus bien plus longtemps que de raison, mais c’est une véritable « bête de scène », un showman comme disent les Anglo‑Saxons, dialoguant avec le public avec un plaisir évident. On peut apprécier ou non, une spectatrice allant jusqu’à laisser échapper bruyamment le mot de clown. Quoi qu’il en soit, le Sole mio final, tellement ardent et solaire, a mis tout le monde d’accord : la voix de Vittorio Grigolo est une bénédiction ! Et le bis a réservé une immense surprise : avant de se lancer dans le « Brindisi » de La Traviata, le ténor a demandé aux spectateurs si une voix féminine était prête à l’accompagner. Par bonheur, la mezzo‑soprano arménienne Varduhi Khachatryan se trouvait dans le public et elle a rejoint son collègue pour le célèbre duo, qui s’est terminé sous un tonnerre d’applaudissements.
Claudio Poloni
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