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Minimalisme efficace

Zurich
Opernhaus
12/30/2025 -  et 3*, 9, 11, 13, 16 janvier 2026
Giacomo Puccini : Madama Butterfly
Elena Guseva (Cio-Cio-San), Stefan Pop (Pinkerton), Siena Licht Miller (Suzuki), Davide Luciano (Sharpless), Martin Zysset (Goro), Stanislav Vorobyov (L’oncle bonze), Annemarie Woods (Kate Pinkerton), Steffan Lloyd Owen (Prince Yamadori, L’officier d’état civil), Lobel Barun (Le commissaire impérial)
Chor der Oper Zürich, Ernst Raffelsberger (chef de chœur), Orchester der Oper Zürich, Evan Rogister (direction musicale)
Ted Huffman (mise en scène), Michael Levine (scénographie), Annemarie Woods (costumes), Franck Evin (lumières), Fabio Dietsche (dramaturgie)


(© Toni Suter)


Cette Madame Butterfly est la reprise de la production réalisée par Ted Huffman en 2017. C’est une production minimaliste d’une retenue théâtrale pleinement assumée. Le spectacle s’ouvre sur un plateau nu, encadré par trois murs blancs, dispositif qui articule le récit avec une clarté exemplaire. C’est un less is more maîtrisé, qui concentre l’attention sans relâche sur le drame, débarrassé de tout superflu.


La direction d’acteurs se révèle probante. Quelques détails finement observés suffisent à densifier le propos : les regards entendus échangés entre Pinkerton et Sharpless lorsqu’ils évoquent l’âge de Butterfly, ou encore les inflexions subtiles de l’éclairage qui soulignent les moments où le drame bascule. Ce sont des choix intelligents où la suggestion agit souvent avec plus de force qu’une approche frontale trop directe.


Il y a juste un détail un peu malheureux vient toutefois troubler l’équilibre d’une mise en scène par ailleurs très soignée. Dans le sublime trio « Io so che alle sue pene », Pinkerton est relégué au fond de la scène, créant un déséquilibre sonore entre les trois protagonistes, et affaiblissant un moment qui devrait compter parmi les sommets de l’ouvrage.


Le dénouement s’écarte de la tradition : Cio‑Cio‑San ne meurt pas seule, mais en présence de Pinkerton et de Sharpless, ce dernier couvrant les yeux de l’enfant, parti pris qui renforce la responsabilité morale des personnages avec force.


A la tête de l’orchestre, Evan Rogister adopte une lecture bien accordée à l’esthétique de la production. Sa direction, précise et parfois volontairement vive, insuffle une sensibilité contemporaine à la partition de Puccini. Si l’on aurait souhaité davantage de tendresse dans certains passages, l’ensemble demeure cohérent et efficace. En fin de représentation, les cordes laissent percevoir une fatigue certaine, avec une intonation parfois incertaine, mais cela n’impacte pas l’impression générale.


Dans le rôle-titre, Elena Guseva est dans son élément dans le deuxième acte par son intensité dramatique et sa puissance vocale. Son interprétation met en lumière l’un des défis majeurs du rôle : incarner à la fois l’adolescente du premier acte et la femme brisée du second. Si son premier acte apparaît plus réservé, son médium solide et ses aigus globalement assurés portent la soirée. Quelques hautes notes auraient gagné à être un peu mieux projetées, mais l’impact global reste indéniable.


Stefan Pop offre à Pinkerton des aigus éclatants, projetés avec une énergie impressionnante. La matière vocale suggère déjà un futur Otello – souhaitons néanmoins qu’il diffère encore l’abord de ce répertoire exigeant. A ce stade, il pourrait travailler le fait de garder dans les passages piano les mêmes couleurs ténorales que dans les passages forte.


Pour ses débuts à Zurich, Davide Luciano campe un Sharpless plein d’autorité. Projection franche, diction limpide et phrasé musical témoignent d’une affinité évidente avec le rôle. Les seconds rôles, confiés à des membres de la troupe, sont bien tenus. Le chœur, légèrement hésitant lors de ses premières interventions en coulisses, gagne en assurance au fil de la représentation.


Dans l’Opernhaus Zürich, opéra à taille humaine, les chanteurs n’ont pas à lutter contre un orchestre démesuré, et la proximité entre scène et salle favorise une véritable intimité théâtrale. Malgré quelques petites imperfections, cette Madame Butterfly, très applaudie par un public attentif, avait la dimension tragique que requiert la partition de Puccini.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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