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Pépites espagnoles Oviedo Teatro Campoamor 01/02/2026 - Federico Chueca : El bateo : Prélude
Emmanuel Chabrier : Le Roi malgré lui : Fête polonaise
Piotr Illich Tchaïkovski : Eugène Onéguine, opus 24 : Polonaise de l’acte III
Ruperto Chapí : La revoltosa : Prélude
Reveriano Soutullo et Juan Vert : La leyenda del beso : Intermède
Georges Bizet : Carmen (Suite n° 2) : 6. « Danse bohème »
Gerónimo Giménez : La boda de Luis Alonso : Intermède
Johann Strauss fils : Persischer Marsch, opus 289 – Blumenfest-Polka, opus 111 – Vergnügungszug-Polka, opus 281 – Künstlerleben, opus 316 – An der schönen blauen Donau, opus 314
Johann Strauss père : Seufzer-Galopp, opus 9
Josef Strauss : Jockey-Polka, opus 278 Oviedo Filarmonía, Julia Cruz (direction)
 J. Ruiz (© Stéphane Guy)
Si le programme du concert du Nouvel An de Vienne intégrait, le 1er janvier 2026, pour la première fois des pages de deux compositrices, celui d’Oviedo, devenu traditionnel à son tour, était dirigé par une femme, chose qui n’est toujours pas arrivée dans la capitale autrichienne et n’arrivera encore pas l’an prochain. C’était en effet une jeune et talentueuse cheffe originaire de Valence (née en 1996) qui était à la baguette, Julia Cruz.
L’affiche présentait deux parties bien distinctes, la première tournant autour de la zarzuéla et de quelques‑unes de ses célèbres pépites, la seconde étant consacrée aux compositions de la famille des Strauss comme il est d’usage en pareille circonstance.
Avec le Prélude du Baptème (1901) du grand producteur de zarzuélas Federico Chueca (1846‑1908), agréablement chaloupé et teinté d’humour, il s’agit de donner d’emblée le ton de la soirée. Le style inimitable d’Emmanuel Chabrier (1841‑1894) se reconnaît ensuite immédiatement avec la « Fête polonaise » extraite de son opéra-comique Le Roi malgré lui (1887), dont l’orchestration est finalement et curieusement assez proche de son... Espana. Les cuivres lancent une sorte de poursuite qui débouche sur une valse particulièrement entraînante, un peu alourdie cependant ce soir par des timbales trop présentes. Julia Cruz sait en tout cas changer de climats avec une subtilité tout à fait convaincante. Après, on reste dans une Pologne imaginée, avec la Polonaise tirée de l’opéra Eugène Onéguine (1879) de Piotr Illich Tchaïkovski (1840‑1893), avec des groupes de cordes parfaitement homogènes, notamment du côté des violoncelles, superbes. Avec le Prélude de La Turbulente (1897) de Ruperto Chapí (1851‑1890), l’orchestre nous emmène dans un bal populaire où les passions ne manquent pas et où se distingue brillamment le hautbois de Domenico Zappone.
L’Intermède de La Légende du baiser (1924) de Reveriano Soutullo (1880‑1932) et Juan Vert (1890‑1931) est plus banal mais fait quand même encore apprécier la tenue des cordes avant l’explosion finale. La « Danse bohème » de la Seconde Suite tirée de la rabâchée zarzuéla Carmen (1875) de Georges Bizet (1838‑1875) apparaît trop sage et lisse malgré ses dernières pages de folie. Puis le voyage fantaisiste se poursuit avec le fameux Intermède du Mariage de Luis Alonso (1897) de Gerónimo Giménez (1852‑1923), sorte d’ouverture pour une fête (agrémentée de castagnettes)... pour terminer la première partie.
La seconde est à la fois plus convenue pour un concert du Nouvel An et moins réussie. L’orchestre se révèle à son meilleur dans les passages rapides grâce à une direction précise mais la mécanique paraît moins bien huilée dans les autres, le timbalier étant encore une fois bien trop présent. Le Beau Danube bleu (1867) de Johann Strauss fils (1825‑1899) qui suit ce soir le Galop des soupirs (1828) de Johann Strauss père (1804‑1849), marqué par les amusants « Ah » fatigués des musiciens, présente de son côté par exemple une cohérence et un équilibre entre les pupitres cette fois assez relatifs, des rubatos excessifs, des alanguissements déplacés et des flûtes bien trop stridentes.
Mais la soirée ne s’arrête pas là, au programme officiel. La cheffe va chercher un micro dans les coulisses et revient sur son podium pour espérer devant le public que l’année 2026 sera différente de 2025, année où il a fallu déplorer un « génocide à Gaza », pour se féliciter de diriger devant une salle pleine et enthousiaste et, naturellement, pour lancer, avec l’orchestre, ses meilleurs vœux pour la nouvelle année. Elle embraye ensuite, immédiatement comme à Vienne, sur deux bis : l’entraînante « Farandole » de la Seconde Suite de L’Arlésienne de Bizet, où le timbalier semble se charger de l’artillerie, puis une Marche de Radetzky de Johann Strauss père, assez raide et où le sens de la nuance échappe complètement au public malgré les efforts de direction de Julia Cruz (aidée par le jeu des éclairages de la salle) mais tout le monde est ravi, c’est l’essentiel.
Stéphane Guy
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