|
Back
Un nouveau chœur pour le Nouvel An Zurich Tonhalle 12/30/2025 - et 31* décembre 2025 Johann Sebastian Bach : Singet dem Herrn ein neues Lied, BWV 225
Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 9 en ré mineur, opus 125 Rebecca Hardwick (soprano), Iris Korfker (alto), Peter Davoren (ténor), Alex Ashworth (basse)
The Constellation Choir, Tonhalle-Orchester Zürich, Sir John Eliot Gardiner (direction)
Pour célébrer le passage à la nouvelle année, Sir John Eliot Gardiner a choisi deux œuvres tournées vers le renouveau : le motet de Bach Singet dem Herrn ein neues Lied et la Neuvième Symphonie de Beethoven. Un programme exigeant et varié qui permet au son nouveau chœur, The Constellation Choir, de donner une leçon de chant.
Ce dernier, formé après la séparation d’avec le Chœur Monteverdi, est un ensemble de premier ordre. Il déploie dans Bach une clarté textuelle exemplaire, chaque ligne étant claire et audible malgré la complexité de l’écriture à double chœur. La direction de Gardiner privilégie la respiration et la transparence des plans, relançant constamment les musiciens sur les mots du texte. Pour le Beethoven, le chœur adopte une tout autre couleur, plus opulente et charnelle, sans rien perdre de sa précision ni de son éloquence.
La salle de la Tonhalle mérite d’être saluée. Cette salle d’environ 1 500 places offre une acoustique lumineuse sans sécheresse excessive, assez large pour permettre une belle projection sonore. C’est le type même de salle dont Genève aurait tant besoin... mais ceci est une autre ville.
La Neuvième de Beethoven révèle les partis pris d’un chef peu enclin aux constructions métaphysiques. Gardiner préfère les contrastes nerveux, les rubatos et des équilibres sonores personnels. L’Allegro ma non troppo démarre dans un quasi‑silence, les cordes sans vibrato adoptant une couleur légèrement acidulée avant que le développement ne s’intensifie. Le fugato se déploie avec une clarté toute bachienne, le phrasé reste tendu et rebondissant.
Le Molto vivace trouve les musiciens engagés et souriants. On sent une réelle concentration à l’orchestre malgré quelques bois un peu tendus dans le Presto. Les cordes pourraient plus chanter dans l’Adagio molto e cantabile, mais le milieu du mouvement réserve un moment saisissant : le tempo se ralentit pour les interventions des bois soutenues par les pizzicatos des cordes, créant une atmosphère de choral à la Bach inattendue dans ce contexte beethovénien.
Les solistes, très solides, émergent du chœur dans le Finale. Alex Ashworth ménage un silence éloquent entre « Freunde » et « nicht diese Töne », montrant ce que le texte veut vraiment dire. Les cordes peuvent sembler un peu raides par moments, mais c’est peut‑être là une conception délibérée du chef, tandis que les interventions de la clarinette solo et des trompettes sont brillantes. A nouveau, le chœur impressionne, relançant la musique avec force.
Une belle soirée qui nous rappelle, s’il le fallait, l’immense talent de Gardiner. Un Bach lumineux et un Beethoven passionnant, difficile d’imaginer meilleure façon de passer d’une année à l’autre.
Antoine Lévy-Leboyer
|