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Une Clémence de Titus portée par les voix

Venezia
Teatro La Fenice
11/20/2025 -  et 23, 25, 27*, 30 novembre 2025
Wolfgang Amadeus Mozart : La clemenza di Tito, K. 621
Daniel Behle (Tito Vespasiano), Anastasia Bartoli (Vitellia), Francesca Aspromonte (Servilia), Cecilia Molinari (Sesto), Nicolò Balducci (Annio), Domenico Apollonio (Publio)
Coro del Teatro La Fenice, Alfonso Caiani (préparation), Orchestra del Teatro La Fenice, Ivor Bolton (direction musicale)
Paul Curran (mise en scène), Gary McCann (décors, costumes), Fabio Barettin (lumières)


(© Michele Crosera)


La Fenice de Venise vient d’ouvrir sa saison 2025-2026 avec une série de représentations de La Clémence de Titus de Mozart servies par une superbe distribution vocale et une direction musicale enthousiasmante, alors que la mise en scène laisse plutôt indifférent. Paul Curran a transposé l’action de la Rome antique à une époque moderne indéterminée. C’est ainsi que l’intégralité du drame se déroule dans un décor unique conçu par Gary McCann, une pièce aseptisée aux tons blancs et gris pâles, évoquant un musée ou une salle d’exposition moderne. Cet espace est orné de statues et de reliefs romains, rappelant l’arrière‑plan historique de l’intrigue. Le dispositif scénique est dominé par une phrase latine inscrite en gros caractères, Vulnerant omnes, ultima necat (Toutes blessent, la dernière tue). Pour la seconde partie du spectacle, après l’incendie du Capitole, le plateau est jonché de gravats encore fumants et Titus arrive sur scène couché sur un lit d’hôpital. La production joue sur l’équilibre subtil entre drame humain et contexte historique ; une production certes fluide et efficace mais sans grand relief, qui ne restera pas dans les annales, plutôt statique qui plus est, les chanteurs se contentant le plus souvent d’interpréter leurs airs sur le devant de la scène, les bras levés.


On l’a dit, le spectacle vaut essentiellement pour sa partie musicale et vocale. A la tête d’un Orchestre du Teatro La Fenice des grands soirs – avec des interventions des solistes absolument remarquables –, Ivor Bolton met en valeur la splendeur de la partition de Mozart grâce à une lecture empreinte de précision et de richesse sonore, une lecture parfaitement fluide et élégante, dynamique et contrastée, avec des tempi particulièrement vifs et rapides. Sa direction sait maintenir une tension dramatique constante, évitant la solennité excessive ou le simple beau son hédoniste. Le Chœur du Teatro La Fenice est remarquable de précision et d’homogénéité, en particulier dans le puissant « Che del cielo, degli dei » qui clôt l’opéra, une page absolument poignante. La distribution vocale atteint des sommets. Elle est emmenée par le magnifique Sesto de Cecilia Molinari, qui fait pour l’occasion une superbe prise de rôle. La voix est parfaitement contrôlée sur l’ensemble de la tessiture, avec un style impeccable, un phrasé exemplaire ainsi qu’un timbre chaud et corsé. La mezzo‑soprano italienne apporte une dimension psychologique profonde et intéressante au personnage, constamment sur le fil du rasoir entre loyauté et trahison. La Vitellia d’Anastasia Bartoli est tout aussi enthousiasmante, grâce à son interprétation puissante et dramatique, campant une future impératrice aux accents véhéments ; son aisance vocale époustouflante et sa présence scénique incandescente font merveille, malgré quelques stridences dans l’extrême aigu. Daniel Behle incarne un Titus d’une grande musicalité, avec un phrasé délicat et stylé, malgré un timbre aux sonorités nasales et des aigus un peu forcés. Parmi les rôles secondaires, on relèvera le somptueux Annio du contre‑ténor Nicolò Balducci, au timbre radieux et aux vocalises acérées, ainsi que la lumineuse Servilia de Francesca Aspromonte, à la ligne de chant exemplaire.



Claudio Poloni

 

 

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