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Le diable dans sa poche München Nationaltheater 11/29/2025 - et 4, 7, 10, 13, 19, 22 décembre 2025 Nikolai Rimski-Korsakov : La Nuit de Noël Sergey Skorokhodov (Vakoula), Elena Tsallagova (Oxana), Ekaterina Semenchuk (Solokha), Dmitry Ulyanov (Tchoub), Vsevolod Grivnov (Le sacristain Ossip Nikiforovitch), Matti Turunen (Patsiouk), Tansel Akzeybek (Der Teufel), Alexandra Durseneva (Femme au nez violet), Laura Aikin (Femme au nez ordinaire), Milan Siljanov (Panass), Violeta Urmana (La tsarine), Sergei Leiferkus (Le maire)
Chor der Bayerischen Staatsoper, Christoph Heil (chef de chœur), Bayerisches Staatsorchester, Vladimir Jurowski (direction musicale)
Barrie Kosky (mise en scène), Klaus Grünberg (décors, lumières), Klaus Bruns (costumes), Otto Pichler (chorégraphie), Christoph Heil (direction du chœur)
 E. Tsallagova (© Geoffroy Schied)
Voici une soirée conforme à la volonté de Serge Dorny et de Vladimir Jurowski de présenter des œuvres délaissées du répertoire lyrique.
Qui connaît cet opéra de Rimski-Korsakov ? Cette Nuit de Noël avait été donnée à Francfort durant la saison 2021‑2022. La première avait rassemblé un public restreint de curieux, mais dès le lendemain, le bouche-à-oreille avait rempli les représentations suivantes, données à guichets fermés. Naxos a publié une captation de cette production, qui avait fasciné notre ami Christian Dalzon.
L’histoire de ce conte fantastique, inspirée de Gogol, est celle du forgeron Vakoula, qui, pour conquérir le cœur de la capricieuse Oxana, doit triompher d’un Diable cabotin et farceur afin de rapporter les chaussons de l’impératrice.
Comme on peut s’y attendre, la musique est colorée et variée. L’orchestration est superbe, avec de magnifiques interventions de la clarinette et des cors. Il y a également, dans le troisième acte, un passage assez original où les chefs de pupitre des cordes – y compris la contrebasse – se voient confier de beaux solos. L’écriture des chœurs est, elle aussi, très riche.
Mais si la musique est éclatante, l’histoire reste assez maigre. Les personnages sont esquissés, et il n’y a guère d’épaisseur dans l’évolution des protagonistes. L’opéra présenté ici tient davantage d’une succession de « numéros » plus ou moins réussis que d’un véritable récit. Il n’est donc pas surprenant que cet opéra ait donné naissance à une suite orchestrale agréable qui en reprend les meilleurs moments : l’œuvre reste un peu mince.
Barrie Kosky signe un travail solide mais sans plus. Le décor et les costumes, parfois volontairement boursouflés, rappellent la piste de cirque, où le Diable ferait figure de Monsieur Loyal. Une série de danses, d’intérêt variable, jalonne la soirée ; celle qui conclut le deuxième acte, avec chœur et soprano, est un très bon moment.
Vladimir Jurowski est dans son élément. L’orchestre et les chœurs déploient de belles couleurs slaves. Comme il l’explique dans un entretien, il a apporté un soin particulier à la prononciation du texte afin qu’elle respecte l’origine ukrainienne de l’histoire. Ainsi qu’il l’avait déjà fait pour La Passagère ou Guerre et paix , l’œuvre est ici « déstalinisée ».
La distribution réunie est très solide. Nous sommes bien à Munich. Sergey Skorokhodov manque un peu de projection. C’est un luxe d’avoir dans de petits rôles Violeta Urmana, Sergei Leiferkus ou Laura Aikin. Tansel Akzeybek s’amuse en Diable. Grâce à une superbe projection et la qualité de sa voix, Elena Tsallagova est la grande triomphatrice de la soirée.
Il y a une trouvaille dans le troisième acte : Vakoula capture le Diable, qui l’emmène à Saint‑Pétersbourg rencontrer la Tsarine. Celle‑ci apparaît sur un trône majestueux suspendu au plafond ; elle lui offre les bottines qui lui permettront de conquérir Oxana en moins d’une minute. Ne cherchons pas à surinterpréter cette scène, mais comment ne pas songer que, si un Ukrainien veut négocier efficacement avec la Russie, mieux vaut peut‑être avoir... le Diable de son côté.
Antoine Lévy-Leboyer
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