Back
Ainsi font les marionnettes Bruniquel Châteaux 07/31/2025 - et 1er, 2, 3*, 6, 7, 8, 9, 10 août 2025 Jacques Offenbach : La Périchole Emmanuelle Zoldan (La Périchole), Xavier Mauconduit (Piquillo), Sébastien Lemoine (Don Andrès de Ribeira), Till Fechner (Don Miguel de Panatellas), Christophe Crapez (Don Pedro de Hinoyosa), Thibaut T’Hézan (Pantalone), Jeanne‑Marie Lévy (Anthilda, Ninetta, Marquise de Santarem), Aurélie Fargues (Guadalena, Manuelita), Morgane Bertrand (Berginella, Frasquinella), Margot Fillol (Mastrilla, Brambilla), Dominique Desmons (Second notaire, Le Marquis de Tarapote), Frank T’Hézan (Premier notaire notaire, Un geôlier)
Ensemble orchestral du Festival des châteaux de Bruniquel : Leslie Richmond (flûte), Fernando Uehara (flûte, piccolo, tambourin), Eléonore Courtillon (hautbois), Guillaume Teruel, Flavio Lodi (clarinette), Yannick Fromentin (basson), David Vau (cor), Orphée Rebeyrol, Laurent Bernardi (cornet), Nicolas Trepp (trombone), Baptiste van de Wiele (violon), Félix Kail (contrebasse), Yoshiko Moriai (clavier, chef de chant), Jeanne‑Marie Levy, Till Fechner (chefs du chœur), Jean‑Christophe Keck (direction musicale)
Frank T’Hézan (adaptation et mise en scène), Thibaut et César T’Hézan (assistants à la mise en scène), Guillaume Attwood (costumes), Richard Ascargorta (éclairages), Jean Bonnemort, Flavien Louis, Michel Montet, René Tabarly, Guillaume Attwood, Patrick Willig, Didier Cavalli, Thibaut, César et Frank T’Hézan, Anne‑Marie Laval, Margot Fillol, Loïc Loiseau, Serge Grimal, Atelier arts plastiques/ARSEAA Saint‑Etienne et enfants de la Maison des arts (décors et accessoires)

Pour sa vingt‑neuvième édition, le Festival des châteaux de Bruniquel reste fidèle à sa devise, « le bonheur est là ». Ce programme épicurien se décline avant la représentation, car le public peut se sustenter dès son arrivée, mais évidemment aussi après, pour les légendaires tables d’hôtes où l’on déguste les produits locaux (charcuterie, fromages, melon, vins) en écoutant les artistes du spectacle dans divers répertoires, de l’opéra à la chanson française en passant par l’opérette, jusqu’au feu d’artifice final tiré par Dominique Desmons, avec son chapelet de chansons humoristiques et lestes, et le Se canto occitan qui réunit chanteurs et convives.
Le bonheur, c’est aussi celui de voir toutes les générations et toutes les compétences de Bruniquel et des environs se joindre pour produire, construire, chanter, danser, jouer, organiser, accueillir... Un véritable esprit de troupe et une ambiance quasi familiale pour s’imposer, au fil du temps, comme une solide référence dans les ouvrages d’Offenbach qui y sont produits chaque année, avec en outre le souci de transmettre des compétences au travers de stages de chant et de costumes/maquillage/coiffure.
Car le bonheur, principalement, c’est un spectacle qui alterne opportunément raretés, telles que Le Château à Toto l’an dernier, et opéras bouffes les plus célèbres, comme en 2025 ce grand classique du même millésime (1868) qu’est La Périchole, dans sa version en trois actes de 1874. Un bonheur que ne saurait perturber une sonorisation particulièrement récalcitrante – comme les maris péruviens – en ce dimanche soir : quelques praticables pouvant servir à plusieurs emplois – le trône de vice‑roi, une fois retourné, devient le cachot –, des costumes évoquant un Pérou d’opérette ou l’Espagne de Vélasquez, et le tour est joué.
La mise en scène semble avoir recherché davantage de profondeur que d’habitude – il est vrai que l’ouvrage s’y prête sans doute mieux – procédant par une sorte de mise en abyme astucieuse et poétique. Personnage créé à cette fin, Pantalone, un marionnettiste monté sur des échasses et incarné avec brio par Thibaut T’Hézan, introduit une histoire qu’il va raconter aux enfants. Dès ce prologue puis à plusieurs moments stratégiques de l’action, la manière dont, à la faveur de sa grande taille, il manipule comme un deus ex machina les trois personnages principaux avec des fils imaginaires ne manque ni d’humour ni de poésie. En écho, La Périchole et Piquillo agrémentent leurs duos des premier et troisième actes de saynètes avec des marionnettes. Plus généralement, le livret porte moins à la gaudriole, mais comme à la faveur de l’adaptation, le Marquis de Santarem est devenu une marquise à l’incurable nymphomanie, on se réjouit la voir incarnée avec feu par Jeanne‑Marie Lévy.
Au rayon des incarnations truculentes, il y a aussi bien sûr celles de Frank T’Hézan en notaire puis geôlier et de Dominique Desmons, lui aussi d’abord en notaire puis en Marquis de Tarapote, mais Christophe Crapez en gouverneur et Till Fechner en premier gentilhomme pontifiant avec ses « n’est‑ce pas », à la manière d’un VGE ou d’un Jacques François, ne sont pas en reste. Décidément, d’une année sur l’autre, les fidèles de Bruniquel manquent rarement à l’appel : on regrette donc de ne pas retrouver à l’affiche Michel Vaissière, mais on le voit heureusement après la représentation – il se porte bien, merci. Nul doute que son Vice‑Roi aurait été croquignolet, mais le petit nouveau de la bande, Sébastien Lemoine, fait des débuts prometteurs – avant d’habiter lors des tables d’hôtes, dans un tout autre genre, Ces gens‑là de Brel.
La dimension vocale de cette production doit beaucoup à la Périchole d’Emmanuelle Zoldan, mezzo au grave charnu, et au Piquillo de Xavier Mauconduit : chacun de leurs airs ou duos constitue un régal de chant et de justesse expressive. Enfin, qui dit Offenbach dit Jean‑Christophe Keck, qui dirige fermement le vaillant petit ensemble de treize musiciens – des fidèles, eux aussi, comme le public, où il n’est pas difficile de trouver des spectateurs qui revendiquent fièrement en être à leur vingt‑cinquième édition.
Le site du Festival des châteaux de Bruniquel
Le site de Sébastien Lemoine
Simon Corley
|