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Quand Britten prend la guerre pour cible

Napoli
Martina Franca (Palazzo Ducale)
07/27/2025 -  et 30* juillet, 3 août 2025
Benjamin Britten : Owen Wingrave, opus 85
Aneas Humm (Owen Wingrave), Kristian Lindroos (Spencer Coyle), Ruairi Bowen (Lechmere), Charlotte-Anne Shipley (Miss Wingrave), Lucía Peregrino (Mrs Coyle), Chiara Boccabella (Mrs Julian), Sharon Carty (Kate Julian), Simone Fenotti (General Sir Philip Wingrave), Chenghai Bao (Narrateur)
Coro di voci bianche della Fondazione Paolo Grassi, Angela Lacarbonara (préparation), Orchestra dell’Accademia Teatro alla Scala, Daniel Cohen (direction musicale)
Andrea De Rosa (mise en scène), Giuseppe Stellato (décors), Ilaria Ariemme (costumes), Pasquale Mari (lumières)


(© Clarissa Lapolla)


Fidèle à sa réputation, qui est de faire la part belle à des opéras peu joués, le Festival della Valle d’Itriade Martina Franca a programmé cet été le rarissime Owen Wingrave de Benjamin Britten, en première italienne. Composé entre 1969 et 1970, l’ouvrage est une commande de la BBC, qui l’a diffusé sur les petits écrans britanniques en mai 1971. Après une période d’exclusivité de deux ans, il a été représenté à Covent Garden en 1973. Le livret de Myfanwy Piper est fondé sur la nouvelle éponyme au ton fantastique de Henry James (1892). Britten a trouvé dans ce texte une histoire idéale pour exprimer son rejet de la violence et de la guerre. Pacifiste convaincu, comme l’atteste d’ailleurs son War Requiem, il a déclaré en 1942, devant un tribunal chargé de recenser les objecteurs de conscience, qu’un artiste avait pour mission de créer et non de détruire. Owen Wingrave traite aussi du poids de l’héritage familial, de la pression sociale et du conflit entre individu et société. L’œuvre fait bien évidemment écho aux préoccupations de l’époque (guerre du Vietnam, montée du pacifisme, tensions intergénérationnelles et remise en question de l’autorité) mais n’a rien perdu aujourd’hui de sa pertinence.


L’action d’Owen Wingrave se déroule dans un manoir appartenant à une vieille famille anglaise à la lignée militaire prestigieuse. Le jeune Owen Wingrave décide de renoncer à une carrière dans l’armée, voulant ainsi affirmer son pacifisme. Cette décision provoque la fureur de sa famille. Kate, la cousine qu’il souhaite épouser, le provoque et le traite de lâche. Pour prouver son courage, Owen accepte de passer la nuit dans une chambre du manoir réputée hantée par un ancêtre mort pour avoir refusé de se battre. Le lendemain matin, il est retrouvé sans vie. La cause de la mort est laissée sans réponse : meurtre ? vengeance ? ou serait‑ce une métaphore ? L’opéra se termine sur cette note mystérieuse et troublante, dénonçant la violence ainsi que le poids de la tradition.


Pour son début à Martina Franca, le metteur en scène Andrea De Rosa a signé une production simple et efficace, mais puissante et moderne, en phase avec le message pacifiste de Britten. Le décor est constitué de structures métalliques ainsi que de nombreux panneaux figurant des cibles et représentant les ancêtres militaires Wingrave. Owen s’entraîne en tirant sur ces cibles. Or un jour, derrière celles‑ci, il aperçoit des femmes, des hommes et des enfants en chair et en os et prend alors la décision, ferme et irrévocable, d’arrêter sa formation militaire. Les lumières renforcent l’atmosphère oppressante, traduisant la prison familiale et ses pressions psychologiques.


La distribution vocale est parfaitement homogène et de très haut niveau, quand bien même tous les chanteurs font leur début dans leur rôle respectif. Owen Wingrave est incarné par le baryton Aneas Humm, spécialiste du répertoire anglais. Très engagé dans son personnage, il compose un jeune homme tourmenté et émouvant, mais totalement déterminé dans ses invocations pour la paix. Les autres rôles principaux sont confiés à d’éminents ambassadeurs du chant britannique, qu’il s’agisse de Kristian Lindroos (Spencer Coyle), de Ruairi Bowen (Lechmere), de Charlotte-Anne Shipley (Miss Wingrave) et de Sharon Carty (Kate Julian). La distribution est complétée par de jeunes talents de l’Accademia del Belcanto Rodolfo Celletti (Lucía Peregrino en Mrs Coyle, Chiara Boccabella en Mrs Julian et Simone Fenotti en General Sir Philip Wingrave), tous impressionnants par leurs qualités vocales et leur présence scénique. Il convient aussi de signaler le Narrateur de Chenghai Bao, placé debout parmi les spectateurs, avec des interventions particulièrement lumineuses, presque angéliques. La direction de Daniel Cohen, à la tête de l’Orchestre de l’Académie du Théâtre de la Scala, souligne la tension qui jalonne la partition et l’atmosphère sombre et cauchemardesque de l’intrigue. De longs applaudissements ont salué tous les artistes. Cette première italienne d’Owen Wingrave à Martina Franca est une réussite sur tous les plans.



Claudio Poloni

 

 

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