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Passionnant florilège Millau Sylvanès (Abbatiale Notre-Dame de l’Assomption) 08/02/2025 - Gabriel Fauré : Deux Motets, opus 65
Francis Poulenc : Ave verum corpus, FP 154 – Litanies à la Vierge noire, FP 82
Maurice Duruflé : Quatre Motets sur des thèmes grégoriens, opus 10 : 2. « Tota pulchra es Maria »
Claude Debussy : Suite bergamasque : 3. « Clair de lune »
André Caplet : Messe à trois voix
Guy Ropartz : Messe brève en l’honneur de Sainte Anne Atelier choral – production 2025, Daniel Bargier (direction musicale)
Philippe Reymond (piano)

Voici cinquante ans exactement que frère André Gouzes (1943‑2024) et Michel Wolkowitsky ont entrepris de redonner vie à l’abbaye cistercienne (XIIe‑XIIIe) de Sylvanès, qui venait d’être rachetée par la commune après avoir été abandonnée depuis la Révolution. Avec le temps, le projet labellisé « centre culturel de rencontre », a pris de l’ampleur, et l’aventure se poursuit encore avec l’édification d’un bâtiment d’accueil du public.
Le festival de musiques sacrées et de musiques du monde n’est pas en reste pour sa quarante‑huitième édition, du 13 juillet au 31 août. Sous le thème « Une Odyssée du Sacré », vingt‑sept concerts permettent de retrouver, pour la partie « classique », les fidèles, à commencer par Michel Piquemal, mais aussi l’Orchestre de chambre de Toulouse et l’ensemble La Sportelle pour des programmes allant de Vivaldi à Satie et ses contemporains en passant par Pergolèse et Puccini. La renommée de ces artistes ne doit cependant pas dissimuler l’une des dimensions fondatrices de Sylvanès, qui est la formation et la pédagogie, comprenant notamment des « ateliers choraux »
 D. Bargier (© Abbaye de Sylvanès)
C’est dans ce cadre que Daniel Bargier a fait travailler vingt‑quatre choristes expérimentées pour préparer un passionnant florilège de compositeurs français au tournant des XIXe et XXe siècles, qu’il qualifie à juste titre d’ambitieux, au vu de ses exigences interprétatives. Voici trente‑cinq ans que le chef de chœur est associé au festival et il n’évoque pas sans émotion la première édition de l’académie, au cours de laquelle avait été donné un Requiem de Verdi dont l’une des solistes était Béatrice Uria‑Monzon, disparue le 19 juillet dernier, à la mémoire de laquelle il dédie le concert.
Chacune des choristes a certes pu se préparer individuellement avant le stage proprement dit, mais celui‑ci, commencé le 28 juillet, n’a donc duré que cinq jours. Le résultat est d’autant plus remarquable, comme en permettent de juger d’emblée les Deux Motets (1894) de Fauré, « Ave verum corpus » et « Tantum ergo »: les textures sont soignées, la musique respire et s’épanouit avec délicatesse.
Ces excellents augures se confirment dans deux pages de Poulenc tout aussi bien mises en place, l’Ave verum corpus (1952) puis les Litanies à la Vierge noire (1936), animées par un sens dramatique et une force expressive très prenants. On admire ensuite la belle fluidité du deuxième des Quatre Motets sur des thèmes grégoriens (1960) de Duruflé, « Tota pulchra es Maria ». « Clair de lune » de la Suite bergamasque (1890/1905) de Debussy permet aux chanteuses de bénéficier d’une pause mais surtout de saluer l’indispensable maillon de la chaîne qu’est le pianiste et chef de chant Philippe Reymond.
Les yeux brillants, Daniel Bargier exprime sa joie de pouvoir faire découvrir les deux dernières œuvres, en commençant par la Messe à trois voix (1920) de Caplet, partition rare, à tous les sens du terme, de telle sorte que la frustration est grande d’avoir seulement pu entendre des extraits du Sanctus et de l’Agnus Dei ainsi que, avec le soutien du piano, l’O salutaris, même si l’on en comprend aisément les raisons, au vu du temps de préparation imparti. Exactement contemporaine, la Messe brève en l’honneur de Sainte Anne (1921) de Ropartz – hommage du Costarmoricain à la patronne de la Bretagne – se caractérise par une écriture moins décantée et plus traditionnelle, mais comment résister à un Sanctus aussi paradisiaque ?
Daniel Bargier, qui a présenté tout du long le programme en des termes aussi clairs qu’exacts et précis, a fait preuve de tout son talent pour mener ses choristes au succès mais aussi d’une passion communicative qui, au‑delà des seules chanteuses, a emporté l’adhésion du public.
Le site du Festival de Sylvanès
Simon Corley
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