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Un demi-siècle de découvertes lyriques Napoli Martina Franca (Chiostro di San Domenico) 07/19/2025 - et 21, 24, 28* juillet 2025 Maurice Ravel : L’Enfant et les Sortilèges (arrangement Didier Puntos) Elena Antonini (L’Enfant), Manami Maejima (Maman, La Libellule, L’Ecureuil), Barbora Krsiaková (La Bergère, La Chouette), Chiara Maria Fiorani (Le Feu, Le Rossignol), Claudia Ceraulo/Virginia Genovese* (La Princesse), Ambra Biaggi (La Chatte, La Tasse chinoise, Un Pâtre), Yue He (La Chauve-souris, Une Pastourelle), Nicola Ciancio (Le Fauteuil, Un Arbre), Konstantinos Stafylides (L’Horloge comtoise, Le Chat), Joaquín Cangemi (La Théière, Le Petit Vieillard, La Rainette)
Coro di voci bianche della Fondazione Paolo Grassi, Angela Lacarbonara (préparation), L.A. Chorus, Lucania & Apulia Chorus, Luigi Leo (préparation), Giulio Francesconi (flûte), Federica Del Gaudio (violoncelle), Gabriele Maggi, Michele D’Urso (percussions), Anastasia Gromoglasova, Liubov Gromoglasova (piano à quatre mains), Valerio Dollorenzo (piano préparé), Myriam Farina (direction musicale)
Rita Cosentino (mise en scène), Francesca Cosanti (décors, costumes)

Chaque été depuis maintenant cinquante et un ans, la petite ville de Martina Franca (50 000 habitants), dans les Pouilles, soit le talon de la Botte italienne, vibre aux accords du Festival della Valle d’Itria. La manifestation a été créée en 1975 par un groupe de mélomanes, soutenus par le maire de l’époque ainsi que par Paolo Grassi, alors directeur de la Scala. Dès ses débuts, l’objectif du festival est de faire découvrir au public des opéras oubliés ou peu joués, notamment des ouvrages belcantistes et baroques, le plus souvent dans leur version originale. Martina Franca, qui se veut d’un haut niveau artistique, est le tremplin de nombreuses carrières (Mariella Devia, Patrizia Ciofi, Paolo Coni ou encore Fabio Luisi, pour ne citer que les noms les plus connus). En 1976 déjà, une production de Norma dans sa version originale a très rapidement fait décoller la renommée du festival. De 1980 à 1993, sous la direction artistique du célèbre musicologue italien Rodolfo Celletti, l’identité belcantiste est renforcée, parallèlement à la découverte de l’école de chant napolitaine. De 1994 à 2009, sous la houlette de Sergio Segalini, Martina Franca s’ouvre au grand répertoire européen, avec notamment des œuvres de Cherubini, Meyerbeer et Offenbach. Les ouvrages du XXe siècle font leur entrée dès 2010. Parmi les redécouvertes historiques de ces dernières années, il convient de citer Re Lear de Cagnoni, Marcella de Giordano, Pelagio de Mercadante, Artaserse de Hasse, Medea in Corinto de Mayr, Margherita d’Anjou de Meyerbeer, Il Xerse de Cavalli ainsi que L’Orazio d’Auletta.
En 2024, le cinquantième anniversaire est célébré avec un programme emblématique comprenant Norma (dans la version originale pour deux sopranos de 1831), Ariodante et Aladino e la lampada magica de Nino Rota. Cet été, la cinquante‑et‑unième édition, du 18 juillet au 3 août 2025, propose L’Enfant et les Sortilèges de Ravel, pour le centième anniversaire de la composition de l’ouvrage, Tancredi de Rossini, avec deux finals différents, et Owen Wingrave de Britten, en première italienne, sans parler de nombreux concerts. Depuis cette année, la direction artistique du festival incombe à Silvia Colasanti, laquelle veut orienter la manifestation vers un dialogue entre passé et présent, tout en maintenant la tradition du belcanto et de l’inédit.
 (© Clarissa Lapolla)
L’Enfant et les Sortilèges, fantaisie lyrique en deux parties sur des vers de Colette, a été présenté dans le cloître de l’église San Domenico, à ciel ouvert, dans une réduction pour sept musiciens de Didier Puntos. La distribution, composée de très jeunes chanteurs, s’est distinguée par son excellente diction française, sa remarquable cohésion et sa prestation vocale de très haute tenue. Tous les artistes ont contribué à l’impression de naturel, de fluidité et de simplicité qui a caractérisé le spectacle. On signalera notamment le superbe Enfant d’Elena Antonini, très à l’aise vocalement et confondante d’engagement et de présence scénique. Il convient aussi de mentionner les interventions parfaitement réussies des chœurs de la région, extrêmement bien préparés. Et à aucun moment, la réduction musicale n’a fait regretter l’orchestre initialement prévu par Ravel, tant Myriam Farina a offert une exécution d’un grand raffinement et d’un parfait équilibre. La mise en scène de Rita Cosentino, avec les nombreux objets géants tenus à bout de bras par les chanteurs, a plongé le public dans une atmosphère tout à la fois de poésie, de candeur, de merveilleux, de maléfique et de rêve, traduisant à merveille l’univers imaginé par Colette. A la fin de la représentation, les spectateurs, italiens pour la plupart et peu coutumiers de l’ouvrage, ont quitté les lieux sous le charme de cette fantaisie lyrique.
Le site Internet du Festival della Valle d’Itria
Claudio Poloni
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