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Tempora mutantur Cahors Auditorium du Grand Cahors 07/28/2025 - Jean-Féry Rebel : Les Caractères de la danse
Jean-François Tapray : Symphonie concertante pour le clavecin, le piano et un violon obligé avec orchestre, opus 9 – Sonate pour piano à quatre mains, opus 29 : 2. Adagio
Hyacinthe Jadin : Duo à quatre mains pour le forte‑piano : 2. Andante
William Herschel : Symphonie n° 8
Carl Philipp Emanuel Bach : Concerto pour clavecin et pianoforte, Wq. 47, H. 479 Jérome Granjon (pianoforte), Emmanuel Pélaprat (clavecin, pianoforte), Aurélie Fauthous (violon)
Orchestre de chambre de Toulouse

En ces temps où il n’est pas facile de faire vivre un festival, ClassiCahors atteint fièrement le cap de sa dixième édition, du 18 juillet au 8 août. On doit cette longévité à l’investissement de ses fondateurs, Emmanuel Pélaprat, directeur artistique, et son épouse Sonia Sempéré, directrice générale, qui présentent de nouveau une programmation variée, dans la préfecture lotoise et aux alentours. Les treize soirées incluent des musiques latino-américaines (en plein air) et un conte médiéval, « Jaume sur le chemin », en même temps que des propositions plus habituelles (Orchestre de la Garde républicaine, ensemble Les Surprises) et le retour d’artistes fidèles, tels Lucienne Renaudin Vary, Ophélie Gaillard, l’Orchestre du Capitole de Toulouse, l’Orchestre de l’Opéra royal de Versailles et, bien sûr, le Chœur de l’Académie du festival.
L’Orchestre de chambre de Toulouse fait également partie de ces fidèles et se produira même à trois reprises durant le festival. Opportunément agrémenté de propos explicatifs improvisés par Emmanuel Pélaprat, son premier concert a tracé un itinéraire passionnant dans le paysage musical du XVIIIe siècle, où baroque, classicisme et (pré)romantisme se succèdent, où le piano(forte) supplante le clavecin : tempora mutantur, pour reprendre le mystérieux sous‑titre d’une symphonie de Haydn. Le public cadurcien a positivement répondu à cette invitation à la découverte, à en juger par l’affluence à l’Auditorium du Grand Cahors.
 J. Granjon, E. Pélaprat (© Thibaud Galvan)
Dans Les Caractères de la danse (1715) de Rebel, les dix cordes, avec continuo de clavecin assuré par Emmanuel Pélaprat (né en 1974), se tirent bien d’affaire, y compris les solistes, dans une acoustique assez sèche qui ne pardonne aucune incartade et ne contribue pas à la fusion des timbres. Mais cet étonnant inventaire de quatorze danses a tout pour séduire.
Organiste mais également très tôt promoteur du pianoforte, Jean-François Tapray (1738‑1822) a composé plusieurs symphonies concertantes associant de façon inattendue cet instrument au clavecin. Celle en mi bémol (1778) y ajoute même un violon solo, avec accompagnement des cordes augmentées de deux cors. Exactement contemporaine du désastreux voyage de Mozart à Paris, l’œuvre, vaillamment défendue par Emmanuel Pélaprat et Jérome Granjon (né en 1966), mérite d’être connue avant tout pour son intérêt documentaire, car elle ne brille ni par son originalité stylistique, ni par son génie mélodique, et paraît même parfois maladroite. Aux formules très convenues de l’Allegro moderato succèdent toutefois un Andante où passent quelques petits nuages et un Allegro assai dansant (avec cadence finale) qui pourrait évoquer quelque sérénade mozartienne.
La dernière partition publiée de Tapray est une Sonate pour piano à quatre mains (1800), dont Pélaprat et Granjon, bien serrés autour du petit clavier du pianoforte, ne donnent qu’un Adagio délicatement chantant. La frustration de n’en entendre qu’une partie est encore plus aiguë avec le Duo à quatre mains pour le forte‑piano en fa majeur (1796) de Hiacynthe Jadin (1769‑1800), dédié à son frère Louis. Comme toute la production de ce compositeur remarquable si tôt disparu, cet Andante en ré mineur, douce sicilienne aux modulations très soignées, dont les pianistes font opportunément la reprise con sordino, évoque déjà Beethoven, voire Schubert.
Né (à Hanovre) sept mois après Tapray et mort quatre mois avant lui en Angleterre, où il s’était réfugié à l’âge de 19 ans, William Herschel (1738‑1822) fut un brillant scientifique, notamment dans le domaine de l’astronomie – on lui doit notamment la découverte d’Uranus. S’il s’y entendait donc en musique des sphères, il était également doué pour la musique instrumentale, écrivant notamment une vingtaine de Symphonies pour cordes. Obéissant au traditionnel schéma vif/lent/vif, la Huitième (1761) surprend par son atmosphère déjà Sturm und Drang, avec ses trois mouvements en mineur, ses effets de crescendo et ses affects préromantiques.
On se situe donc dans un moment de transition, ce qu’illustre encore mieux le Concerto pour clavecin et pianoforte (1788) de Carl Philipp Emanuel Bach, qui associe l’ancien (clavecin) et le moderne (pianoforte), comme si le premier passait ainsi le relais au second. Jusqu’au présent concert, qui aura sans doute appris à beaucoup que Tapray, une dizaine d’années plus tôt, avait déjà pensé à cette association, il y avait tout lieu de croire que le concerto du plus doué des fils de Bach était unique en son genre. Cela étant, sa renommée n’est pas près d’être menacée, car il se situe à un tout autre niveau que son prédécesseur – comme de juste, on a gardé le meilleur pour la fin : subtils passages de relais de l’Allegro di molto, formidables ruptures de ton du Larghetto, aptitude à faire beaucoup avec des cellules très brèves dans le Presto, comme le montre l’exemple judicieusement choisi par Pélaprat de canon par augmentation et double augmentation, fondé sur seulement quelques notes.
Le site de ClassiCahors
Le site de Jérome Granjon
Le site de l’Orchestre de chambre de Toulouse
Simon Corley
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