Back
Des femmes et des voix Saint-Céré Théâtre de l’Usine 07/27/2025 - Ralph Blane & Hugh Martin : The Trolley Song – The Boy Next Door
Harold Arlen : The Man That Got Away – If Only I Had a Brain – Get Happy – Over the Rainbow
Roger Edens : Figaro
George Gershwin : I Got Rhythm – Embraceable You
Henry Mancini : Moon River
Irving Berlin : Mister Monotony
Harry Revel : It Never Rains Neïma Naouri (chant)
The Amazing Keystone Big Band : Kenny Jeanney (saxophones soprano et alto, flûte), Pierre Desassis (saxophone ténor, clarinette basse, flûte), David Enhco (trompette, bugle), Vincent Labarre (trompette, bugle), Jules Regard (trombone), Patrick Maradan (contrebasse), Maxime Sanchez (piano), Oscar Georges (batterie)

La programmation de la quarante‑cinquième édition du Festival de Saint‑Céré, du 27 juillet au 9 août, pourra être qualifiée, selon l’humeur, de variée, éclectique ou hétéroclite. Il ne reste plus qu’un seul opéra, Rinaldo, donné à trois reprises en plein air dans le cadre privilégié du château de Castelnau‑Bretenoux, sous la direction de Bertrand Cuiller et dans une production de la co[opéra]tive. Mais la voix n’en continue pas moins de tenir une place prépondérante dans la manifestation lotoise : Eléonore Pancrazi explore sa Corse natale, Agathe Peyrat « chante la nuit », Sarah Lazerges se consacre à Sondheim, Claron McFadden rend hommage à Nina Simone et Marie Oppert joue deux « féeries chantées » regroupées sous le titre « Aladin et La Belle Eveillée », sur des musiques de Jane Vieu et Rita Strohl. La programmation peut donc également être appréhendée sous un prisme féminin, sinon féministe, d’autant qu’un concert est intégralement consacré à la compositrice Jeanne Leleu.
Cela dit, la musique instrumentale n’est pas délaissée, avec l’altiste Arnaud Thorette et la guitariste Gaëlle Solal, le Trio (de percussions) SR9 et la violoncelliste Astrig Siranossian, tandis que le rock symphonique aura même droit de cité avec le Trio RCM. Présent dans de nombreux bourgs aux alentours de Saint‑Céré, le festival s’attache à aller à la rencontre de son (futur) public, que ce soit avec la projection gratuite (en plein air) d’une captation de La Fille du régiment à l’Opéra de Paris ou avec quinze « rendez‑vous curieux » (six « apéros-rencontres » et neuf répétitions publiques) d’une trentaine de minutes, également à entrée libre.
 N. Naouri, J. Regard, D. Enhco, V. Labarre (© Loran Chourrau)
A l’intersection des deux principaux axes – vocal et féminin – de la programmation, la soirée d’ouverture est consacrée à Judy Garland (1922‑1969). Parmi son répertoire constitué de standards et de chansons tirées de plusieurs films (Love Finds Andy Hardy, Le Magicien d’Oz, Babes in Arms, Meet Me in St. Louis, Easter Parade, A Star Is Born, Breakfast at Tiffany’s), Neïma Naouri et The Amazing Keystone Big Band en version light (huit musiciens) ont choisi douze titres. Les plus grands « tubes » – Over the Rainbow (1939), I Got Rhythm (1930), Embraceable You (1928), Moon River (1961) – côtoient des chansons moins connues, joyeuses ou mélancoliques, mais qui ne déçoivent jamais – Get Happy (1930), It Never Rains (1938), Figaro (1939), If Only I Had a Brain (1939), The Trolley Song (1944), The Boy Next Door (1944), Mister Monotony (1948), The Man That Got Away (1954).
Dans un Théâtre de l’Usine où pas un siège n’est resté libre, la sonorisation ne manque pas de décibels, la voix venant parfois chatouiller excessivement les tympans quand elle n’est pas en revanche engloutie par les cuivres. Neïma Naouri fait valoir un anglais tout à fait idiomatique, qui gagnerait néanmoins à être plus soigneusement articulé, et ne semble pas très à l’aise quand elle doit se mouvoir sur scène. Mais on admire tour à tour ses feulement rauques et ses murmures langoureux, son énergie et son indolence, et, bien sûr, son registre suraigu – bon sang ne saurait mentir et elle n’est donc pas pour rien la fille de Natalie Dessay.
Un titre, If Only I Had a Brain, est purement instrumental, mais chacun des onze autres, dans des arrangements très travaillés, est largement entrecoupé de soli mettant successivement en valeur tous les musiciens, qui ont du peps et du swing à revendre. Ce spectacle tonique de près de deux heures est présenté par le trompettiste David Enhco avec beaucoup d’enjouement, qui se teinte d’une forte émotion lorsqu’il dédie à la mémoire de la soprano belge Jodie Devos (1988‑2024) Over the Rainbow, qu’il orne d’un poignant solo de bugle.
La chanteuse et le big band ne repartiront pas sans un bis, It’s a New World (1954) de Harold Arlen, avant une reprise encore plus endiablée de The Trolley Song qui avait ouvert la soirée.
Le site du Festival de Saint-Céré
Le site de The Amazing Keystone Big Band
Simon Corley
|