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Un programme franco-français Montpellier Le Corum (Opéra Berlioz) 07/19/2025 - Charlotte Sohy : Danse mystique
Camille Saint-Saëns : Concerto pour violon n° 3, opus 61
Maurice Ravel : Rapsodie espagnole – Boléro – La Valse Manon Galy (violon)
Orchestre national de France, Cristian Măcelaru (direction)
 C. Măcelaru (© Christophe Abramowitz)
Assister salle Berlioz aux trois derniers concerts de la quarantième édition du Festival de Radio France Occitanie Montpellier, qui s’est tenue du 6 au 19 juillet, permet d’entendre les trois orchestres qui s’y produisent habituellement chaque année : l’Orchestre national de Montpellier (voir ici), le Philharmonique de Radio France (voir ici et ici) et l’Orchestre national de France, ce samedi, avec son directeur musical, Cristian Măcelaru, ce dernier concert, comme les deux autres, diffusé en direct sur les ondes de France Musique et présenté par Arnaud Merlin.
Ne soyons pas injuste : sous la direction actuelle, la programmation du festival ne cherche plus vraiment à faire découvrir des œuvres rares ou oubliées, mais certains concerts comportent des raretés ou des compositeurs méconnus, comme, ce soir, Charlotte Sohy (1887‑1955), une contemporaine de la bien mieux connue Nadia Boulanger, et qui composait sous un autre nom. La Danse mystique (1923), qui relève dans une certaine mesure du poème symphonique, page d’une bonne dizaine de minutes, suscite quelque intérêt par l’écriture, plutôt recherchée, en rien passéiste, et des sonorités assez élaborées, remarquablement mises en valeur par l’orchestre.
Dans le Troisième Concerto pour violon (1880), Manon Galy conserve un jeu clair et léger, offrant ainsi une interprétation sobre et élégante, mais presque neutre. Elle développe une sonorité d’une grande finesse, bien qu’un peu terne, parfois, et même raffinée jusqu’à l’excès, en particulier dans l’Andantino quasi allegretto, où elle parait même trop émaciée. Il manque à cette exécution la fougue et le panache pour réellement convaincre, la violoniste évitant de faire outrancièrement étalage de sa virtuosité. Cristian Măcelaru assure un accompagnement impeccable de clarté et de netteté, la prestation de l’orchestre nous ayant même, et plus d’une fois, davantage intéressé que celle du soliste. La violoniste prend congé avec un bis joué avec les musiciens, Le Déluge du même compositeur.
La seconde partie, consacrée à Ravel, né il y a cent cinquante ans, concentre les meilleurs moments de ce concert. L’orchestre se montre somptueux de sonorité et de précision dans les trois œuvres du compositeur qui ont été retenues. Les timbres séduisent par leur finesse et leur pouvoir d’évocation dans la Rapsodie espagnole (1907), illuminée par des bois impeccables, les cordes, parfaitement unies, n’étant pas en reste d’agilité et de souplesse. Et ce ton et cette allure, toujours justes, évidents, une qualité retrouvée dans une exécution tout aussi impeccable, d’une clarté et d’une régularité parfaite, du Boléro (1928), pris dans un tempo naturel, ni trop rapide, ni trop lent, le tout ramené à quatorze minutes. Quant à La Valse (1920), elle séduit par sa progression inexorable vers la conclusion cataclysmique, remarquablement rendue, et le jeu, tous pupitres confondus – et quel merveilleux timbalier que celui de cet orchestre ! – suscite la plus grande admiration par la pure beauté de la sonorité et l’infaillible précision des musiciens. Les textures sont magnifiques, le phrasé souplement galbé. Il vaut mieux ne pas vouloir comparer trop longuement cette exécution, véritable leçon, avec celle du chef et de l’orchestre du concert de la veille, nettement à l’avantage de l’Orchestre national de France et de son directeur musical. Et cette édition se termine avec un bis, la Bacchanale de Samson et Dalila de Saint‑Saëns, magnifique occasion d’admirer de nouveau le réjouissant niveau de l’orchestre.
Le site de l’Orchestre national de France
Sébastien Foucart
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