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Les cordes de la vie Paris Parc floral 07/20/2025 - et 18 juillet (Val de Bagnes), 22 août (Bremen) 2025 Francesco Tristano : Electric Mirror – Pastoral – Ciacona seconda
Johann Sebastian Bach : Suites anglaises n° 3, BWV 808, et n° 5, BWV 810 – Partita pour clavier n° 2, BWV 826 – Suite française n° 1, BWV 812
Friedrich Gulda : Prélude et Fugue
Derrick May & Michael James : Strings of Life (arrangement Francesco Tristano) Francesco Tristano (piano)

Depuis 1993, le Parc floral est l’un des rares lieux où l’on peut trouver de la musique au cœur de l’été parisien. Il fut un temps où la programmation était plus généreuse, mais il reste quand même, du 28 juin au 6 septembre, huit concerts, le samedi ou le dimanche après‑midi, dont la variété permettra à chacun de s’y retrouver, d’autant que pour en profiter, il suffit d’acquitter le modique droit d’entrée au parc (2,70 euros au tarif normal).
La musique de chambre (Raphaëlle Moreau et Célia Oneto Bensaid, Guillaume Bellom, Anna Agafia et Stéphanie Huang, le Quatuor Agate, le quintette Smoking Joséphine de Geneviève Laurenceau) s’y taille une belle place au soleil – ou, plus exactement, à l’ombre de la grande toile blanche – mais le festival accueille également Isabelle Druet avec Le Poème harmonique de Vincent Dumestre, un récital de Thibault Cauvin et l’Orchestre de chambre de Paris, qui créera une pièce de Manoury, Scales pour ensemble à cordes.
Comme toujours avec le plein air, il faut compter avec des aléas plus ou moins agréables, le beau temps et le vent dans les arbres, d’un côté, les enfants qui crient, les canards qui cancanent et l’averse qui peut vite arriver, de l’autre. Mais à tout le moins, la qualité d’écoute des spectateurs mérite d’être saluée et le son se révèle tout à fait satisfaisant.
 Francesco Tristano (© Ryuya Amao)
Francesco Tristano (né en 1981) propose un programme intitulé « Bach & Beyond ». Rien de plus normal, car, ainsi que le pianiste luxembourgeois le raconte au public, il avait très tôt affirmé à sa première professeure de piano qu’il ne souhaitait jouer que ses compositions et celles de Bach. « Bach, c’est le soleil », proclame‑t‑il au micro : de fait, la météo, pluvieuse le matin, puis incertaine, évolue vers le ciel bleu et la chaleur en fin de récital.
Pour ce qui est justement de Bach, Francesco Tristano s’est lancé dans une intégrale auto‑éditée, dont les Suites anglaises viennent de paraître. A en juger par les trois suites et la partita qu’il a choisies, toutes en mineur, son Bach est bien rythmé mais pas mécanique, bien détaché mais ni sec, ni surarticulé, les différentes voix clairement distinctes. D’humeur égale, il ne s’autorise pas d’effusions dans les sarabandes mais quelque humour de‑ci de‑là, sans oublier que toutes ces pièces trouvent leur raison d’être dans la danse. Et la dextérité digitale n’est pas en reste, comme le montrent par exemple le Capriccio de la Deuxième Partita ou le Prélude de la Cinquième Suite anglaise, ce qui ne surprend pas de la part de celui qui, alors qu’il n’avait pas encore oblitéré son patronyme (Schlimé), a remporté en 2004 le Concours international de piano d’Orléans.
Quant à sa propre musique, elle touche à d’autres univers que celui de la musique dite « classique », sans solliciter excessivement les neurones, mais sans les agresser non plus : pour ouvrir le concert, Electric Mirror (2019) est diablement entraînant tandis que Pastoral (2017) agace par son côté Leçon de piano (Nyman), avec un tropisme répétitif qui, sans surprise, se retrouve dans la plus jazzy Ciacona seconda (2021).
Le programme aurait tout aussi bien pu s’appeler « Bach, Francesco Tristano & Beyond », car le pianiste conclut en saluant d’abord un iconoclaste qui fut également un grand interprète de Bach, Friedrich Gulda (1930‑2000), dont le Prélude et Fugue (1965) marie les formes classiques et le jazz avec un brio et un humour revigorants. Enfin, même si sa prestation demeure exclusivement acoustique, il donne un aperçu de son univers électro avec un arrangement de Strings of Life (1987) de Derrick May (né en 1963), titre de référence de la house et de la techno : introduction moelleuse comme dans un bar aux lumières tamisées, puis rythme s’imposant crescendo et conclusion en frappant la table d’harmonie et en pinçant les cordes – les « cordes de la vie », forcément.
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Simon Corley
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