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Etrange et poétique

Liège
Opéra royal de Wallonie
04/14/2024 -  et 16, 18, 20, 23 avril 2024
Claude Debussy : Pelléas et Mélisande
Lionel Lhote (Pelléas), Nina Minasyan (Mélisande), Simon Keenlyside (Golaud), Inho Jeong (Arkel), Marion Lebègue (Geneviève), Judith Fa (Yniold), Roger Joakim (Un médecin, Un berger)
Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, Pierre Dumoussaud (direction musicale)
André Barbe, Renaud Doucet (mise en scène, décors, costumes), Guy Simard (lumières)


(© ORW-Liège/Jonathan Berger)


La saison à l’Opéra royal de Wallonie se poursuit avec une production de Pelléas et Mélisande (1902) créée au Teatro Regio de Parme il y a quelques années. La mise en scène d’André Barbe et de Renaud Doucet traduit de façon assez juste la teneur mystérieuse et insaisissable de cet opéra peuplé d’âmes en dérive. La scénographie, d’une grande beauté, attire l’attention par sa légère touche fantastique et par la présence subtile de la nature, l’eau en particulier, sous forme liquide ou brumeuse. Dans les notes d’intention, le duo indique que le décor constitue une interprétation de L’Ile des morts de Böcklin. Effectivement, a posteriori, nous comprenons le rapprochement avec cette toile, notamment grâce aux jeux de lumières, mais sans cette précision, nous n’y aurions pas pensé. Les metteurs en scène tenaient, en tout cas, à conférer un sentiment d’isolement, comme sur une île, idée modérément bien concrétisée. Il aurait fallu, scéniquement, rendre ce confinement à ciel ouvert encore plus marqué.


Dans l’univers étrange et poétique de ce spectacle, outre l’effet de perspective produit par le château de taille réduite, la plus grande originalité réside dans ces portions de terre surélevées, avec les racines apparentes, lesquelles se mêlent, à un moment, à la chevelure d’une représentation géante du visage de Mélisande. L’utilisation ponctuelle d’une toile de tulle permet de créer d’assez beaux effets, mais la scénographie aurait gagné en simplicité et en légèreté sans ce dispositif, d’autant plus que les lumières suffisent à instaurer une atmosphère évocatrice. En revanche, les six servantes recouvertes, même le visage, d’une tenue semi‑transparente, semblable à une robe de mariée, ajoutent une touche irréelle et inquiétante du plus bel effet. Dans cette mise en scène lisible et totalement respectueuse de l’esprit de l’œuvre, la direction d’acteur confère suffisamment d’épaisseur théâtrale aux personnages, mais toujours dans la retenue, avec ce qu’il faut de tension, notamment dans les troisième et quatrième actes.


Nina Minasyan incarne Mélisande avec justesse et sensibilité. La soprano souligne bien la nature insaisissable et diaphane de ce personnage à qui elle prête sa silhouette délicate. Sa diction se signale toutefois par des consonnes un peu trop floues, contrairement à celle de ses partenaires. L’excellent Lionel Lhote répond aux attentes en Pelléas, interprété avec probité et chanté avec classe. Sa tessiture convient bien pour ce rôle mais il aurait été intéressant de le voir et de l’entendre en Golaud, distribué à Simon Keenlyside. Physiquement méconnaissable, grâce au maquillage, le baryton britannique, qui apparaît pour la première fois sur cette scène, signe une performance admirable d’intensité, fort, aussi, d’une prononciation remarquable. Marion Lebègue paraît un peu trop effacée en Geneviève. Il faudrait dès lors retrouver la mezzo‑soprano dans un emploi plus important afin de mieux apprécier son potentiel. L’Arkel d’Inho Jeong se démarque davantage, par la présence, aidé par les costumes et le maquillage, mais aussi par la voix, la diction ne posant aucune difficulté particulière. Le chant perd toutefois en netteté, et même en projection, vers la fin. Pour une question de crédibilité, nous préférons qu’Yniold soit confié à un jeune garçon, mais Judith Fa, vocalement très satisfaisante, se montre assez convaincante. L’inaltérable et inamovible Roger Joakim, enfin, complète la distribution en Médecin et Berger, en promenant son immense silhouette.


La production profite de la direction compétente et inspirée de Pierre Dumoussaud, qui semble privilégier la fermeté, les contrastes, la continuité, sans, pour autant, négliger les nuances. Le chef attire ainsi l’attention sur le degré d’élaboration et la puissance, tant émotionnelle qu’évocatrice, de cette musique. L’orchestre joue à son niveau habituel, mais sa prestation n’atteint pas toujours toute la précision, la transparence, et même la fluidité, attendues. Malgré les mérites incontestables du chef, la direction superlative de François-Xavier Roth, il y a un an à Lille, allait plus loin.



Sébastien Foucart

 

 

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