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Des Noces très atones

Paris
Palais Garnier
01/21/2022 -  et 23, 25, 27 janvier, 1er, 3, 7, 9, 12, 16, 18 février 2022
Wolfgang Amadeus Mozart : Le nozze di Figaro, K. 492
Peter Mattei*/Christopher Maltman (Il Conte di Almaviva), Maria Bengtsson*/Miah Persson (La Contessa di Almaviva), Luca Pisaroni (Figaro), Anna El‑Khashem*/Ying Fang (Susanna), Lea Desandre*/Chloé Briot/Emil D’Angelo (Cherubino), James Creswell (Bartolo), Dorothea Röschmann (Marcellina), Kseniia Proshina (Barbarina), Michael Colvin*/Gregory Bonfatti (Don Basilio), Christophe Mortagne (Don Curzio), Marc Labonnette*/Matthieu Lécroart (Antonio), Andrea Cueva Molnar, Ilanah Lobel‑Torres (Due donne)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Gustavo Dudamel (direction musicale)
Netia Jones (mise en scène, décors, costumes, vidéo), Lucy Carter (lumières), Sophie Laplane (chorégraphie), Solène Souriau (dramaturgie)


(© Vincent Pontet)


La demeure du comte Almaviva ? Non, une enfilade de loges donnant sur la rue, avec piano de répétition... et cabinet de toilette, alors que le texte de Beaumarchais s’affiche sur un écran – on naviguera ensuite entre magasin de costumes et salles de répétition. Les personnages sont des membres d’une troupe dont Figaro serait le perruquier régisseur, Basile le chef de chant... Mais la mise en abyme relève aujourd’hui, à l’opéra, du lieu commun. Et n’est pas Robert Carsen qui veut : la vidéaste Netia Jones signe une production laborieuse et arythmique, pas toujours très lisible, à la direction d’acteurs peu affûtée, moins classique que banale. Lecture féministe aussi, dans l’air du temps : le chœur du premier acte, brandit des pancartes fustigeant les violences sexuelles incarnées par le Comte, qui violera Barberine au dernier. Et l’on voit, à la fin, toutes ses victimes passées et futures, petits rats du corps de ballet dansant sous les ors de Garnier. Mais serait‑il puni ? Son double paraît à la fin, peut‑être pour le remplacer. Netia Jones nous dirait alors le contraire de Mozart, qui pare son pardon d’accents quasi religieux. Le propos est tellement convenu qu’il laisse froid et ne sert pas la cause : il avait beaucoup plus de force dans la production aixoise de Lotte de Beer, provocante mais inventive et virtuose.


La distribution n’est pas de celles que l’on attend à l’Opéra de Paris, surtout du côté des femmes, dont le médium ne se projette pas et qui n’ont pas d’envergure. Maria Bengtsson, certes plus assurée au deuxième qu’au premier acte, où elle rate son air d’entrée, n’incarne pas la Comtesse malgré sa probité appliquée, sans la moindre aura dans le chant et le port. Anna El‑Khashem interprète une Suzanne très soubrette, charmante au demeurant, avec un timbre un peu citronné et un « Deh, vieni, non tardar » dont la poésie sensuelle lui échappe. Le Chérubin de Lea Desandre n’a pas évolué depuis Aix‑en‑Provence, vocalement très modeste, correctement chantant mais dépourvu du charme frémissant qui fait les grands pages. Remplaçant Adam Palka au pied levé, Luca Pisaroni en quête de ses aigus et assez pâle au début, redevient à partir du troisième acte le Figaro à l’insolence stylée que l’on connaît et que l’on aime. Si bien que le Comte de Peter Mattei, pour le coup tel qu’en lui‑même malgré les années, prédateur plein de morgue, n’a pas de peine à tous les dominer, avec autant de mordant dans le timbre que dans une ligne impeccablement tenue. Les autres tiennent leur rang, à commencer par le Bartholo percutant de James Creswell, apparié à la Marceline de Dorothea Röschmann, hier Suzanne ou Comtesse, et la Barberine délicieuse de Kseniia Proshina – et le jardiner Antonio, pour une fois, a de la voix, celle de Marc Labonnette.


Gustavo Dudamel, de nouveau, laisse sceptique. Fougueux et clair, attentif aux détails, il ne laisse pas assez respirer son orchestre et ne trouve pas le secret de cette théâtralité effervescente qui fait des Noces une folle journée – la pauvreté du continuo ne risque pas de l’y aider. La finesse, la variété des couleurs font parfois aussi défaut, notamment pour l’air de Suzanne au deuxième acte, où tout passe par l’orchestre, et le duo « Sull’aria » au troisième, qui devrait être suspendu, accuse même une certaine raideur alors que cet acte montre le chef vénézuélien beaucoup plus libéré, notamment dans un finale réussi  – parce que l’orchestre domine et que les voix se greffent sur lui ?



Didier van Moere

 

 

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