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Soirée festive

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
12/21/2021 -  et 22, 23, 26, 27, 28, 29, 30, 31 décembre 2021, 4, 5, 6, 7, 8, 9 janvier 2022
Jacques Offenbach : La Vie parisienne
Jodie Devos*/Florie Valiquette (Gabrielle), Rodolphe Briand*/Flannan Obé (Gardefeu), Laurent Deleuil/Marc Mauillon* (Bobinet), Marc Labonnette/Franck Leguérinel* (Le Baron de Gondremarck), Sandrine Buendia*/Marion Grange (La Baronne Christine de Gondremarck), Aude Extrémo*/Eléonore Pancrazi (Métella), Damien Bigourdan*/Eric Huchet (Le Brésilien, Gontran, Frick), Philippe Estèphe/Laurent Kubla* (Urbain, Alfred), Elena Galitskaya (Pauline), Carl Ghazarossian (Joseph, Alphonse, Prosper), Ingrid Perruche (Madame de Quimper-Karadec, Louise Pingeot (Clara), Marie Kalinine (Bertha), Caroline Meng (Madame de Folle-Verdure)
Chœur de chambre de Namur, Thibaut Lenaerts (chef de chœur), Les Musiciens du Louvre – Académie des Musiciens du Louvre, Romain Dumas (direction musicale)
Christian Lacroix (mise en scène, décors, costumes), Glyslein Lefever (chorégraphie), Bertrand Couderc (lumières)


(© Vincent Pontet)


A Paris, en cette fin d’année, seul le Théâtre des Champs-Elysées joue la carte festive avec La Vie parisienne, dans sa version originelle intégrale de 1866 avec deux actes nouveaux. Offenbach l’avait remaniée pour des raisons de censure et d’adaptation aux moyens de la troupe du Théâtre du Palais-Royal. Intéressante initiative musicologique due à l’équipe du Palazzetto Bru Zane de Venise, dont Christian Lacroix signe les costumes et, pour la première fois, la mise en scène. Grand succès public à sa première représentation !


C’est une Vie parisienne totalement inédite que l’on peut voir sur la scène de l’avenue Montaigne, un spectacle de quasiment trois heures qui a été reconstitué après la découverte des partitions manuscrites de l’orchestre du Palais-Royal et du livret de censure déposé par Meilhac et Halévy. Cela en fait une véritable opérette avec une grande partie de vaudeville avec quelques variantes, quelques airs et ensembles nouveaux mais surtout une fin moins elliptique et abrupte que dans la version de 1873, qui permet aux intrigues d’aller au bout de leurs mécanismes. Les personnages féminins surtout, Métella mais aussi la Baronne de Gondremarck et Madame de Quimper-Karadec y gagnent en épaisseur.


Les deux premiers actes, avec une variante dans le triolet de Gardefeu, suivent le plan de la version de 1873. L’acte III, où l’on découvre un air inédit d’Urbain et un savoureux trio entre le baron, l’Amiral suisse (Prosper) et le Général (Urbain), se termine par un très savoureux chœurs des Marseillais et des Prussiens, dans lequel il est question (en provençal) de bouillabaisse et de choucroute. Les actes IV et V offrent les nouveautés. Tout un quatrième acte, au retour de Madame de Quimper-Karadec après la grande fête dans son hôtel, commence comme un vaudeville et évolue vers des ensembles chantés. On y entend des allusions à Don Giovanni de Mozart et une étonnante cacophonie de pianos tout à fait audacieuse. Le dernier acte, qui se passe au Café anglais, permet la résolution de l’action (le Baron de Gondremarck qu’on a fait passer pour un cocher est finalement confondu par Métella et la gantière épouse le Brésilien).


Se pose également dans cette production l’éternel débat sur la préséance du chant sur la comédie et l’équilibre quasi impossible à réaliser dans ces ouvrages qu’ils soient opéra-bouffe, vaudeville, opéra-comique ou un hybride de tout cela comme l’est cette version reconstituée de La Vie parisienne, qui débouche toujours sur l’évocation du miracle réalisé en 1958 par Jean-Louis Barrault au Théâtre de l’Odéon avec des comédiens sachant chanter. A deux exceptions près (Aude Extrémo en Métella et Laurent Kubla qui chante Urbain et Alfred), aucun chanteur de la distribution n’a le volume vocal ni la projection adaptée au grand Théâtre des Champs-Elysées. Pour la comédie ils s’en sortent plutôt bien, les répliques parlées sonnant juste, on n’est jamais dans l’élocution artificielle. Leur manque sans doute une certaine technique propre au chant offenbachien, souvent proche du chant rossinien, une certaine virtuosité dans la clarté de l’articulation et la scansion du chant bouffe. Pour la prononciation chantée, on dira charitablement que le surtitrage n’était pas inutile... A ce sujet, on reste perplexe devant le travail que l’on demande aux chanteurs pour assimiler des chorégraphies très complexes quand ce travail vocal de base n’est pas acquis. Franck Leguérinel est un cocasse Baron de Gondremarck mais sa voix ne porte pas dans les hauteurs du théâtre comme beaucoup des autres chanteurs. Jodie Devos, Gabrielle la gantière, Aude Extrémo, Métella, et Ingrid Perruche, Madame de Quimper-Karadec, dominent cette distribution plutôt déséquilibrée.


La scénographie, dont le squelette est commun aux cinq actes avec une structure métallique, un escalier, un ascenseur, évoquant Eiffel et l’Exposition universelle, est un peu compliquée et souvent surchargée d’accessoires. Il y a beaucoup de fantaisie dans les costumes de Christian Lacroix mais aussi comme dans le décor beaucoup de couleurs. Souvent trop de couleurs tue la couleur... La mise en scène est souvent surchargée d’intention mais assez claire pour la direction d’acteurs. La chorégraphie de Glyslein Lefever est très réussie et on reste admiratif de la façon dont elle réussit à mobiliser les choristes souvent réfractaires à la danse et à animer les ensembles.


Les Musiciens du Louvre (et leur Académie) qui occupent la fosse ne renoncent jamais à leur habitude quasi génétique de penser qu’ils sont plus importants que les chanteurs et Romain Dumas, malgré une direction énergique mais un peu raide, ne réussit pas à les empêcher de couvrir des chanteurs qui, on l’a dit, gagneraient à ne pas l’être. Le Chœur de chambre de Namur brille autant par ses qualités scéniques que par une parfaite diction faisant de tontes ses interventions un vrai plaisir.


Une longue, instructive et divertissante soirée très franchement acclamée, dont le contenu aura peut-être une influence sur le futur de la carrière de cette œuvre remarquable.



Olivier Brunel

 

 

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