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Une baguette d’avenir

Toulouse
Halle aux grains
11/06/2021 -  
Maurice Ravel : Ma mère l’Oye (Suite)
Gustav Mahler : Das Lied von der Erde

Tanja Ariane Baumgartner (mezzo), Attilio Glaser (ténor)
Orchestre national du Capitole de Toulouse, Thomas Guggeis (direction)


T. Guggeis (© Simon Pauly)


Quel talent ! A tout juste 28 ans, le chef allemand Thomas Guggeis vient d’être nommé directeur musical de l’Opéra de Francfort, où il succédera à Sebastian Weigle à partir de la saison 2023-2024. Mais il entretient aussi une relation privilégiée avec l’Orchestre national du Capitole de Toulouse (ONCT), qu’il a déjà dirigé en mars et juillet dernier ici-même à la célèbre Halle aux grains de la «ville rose» (où il reviendra en février prochain). Pour célébrer leurs retrouvailles, c’est un programme franco-germanique qu’ils proposent, ensemble, ce soir.


En première partie, Ma mère l’Oye de Ravel trouve en l’ONCT une phalange particulièrement malléable et habile, commencée avec la volupté d’une «Pavane de la Belle au bois dormant» prise très lentement aux cordes (la Suite aura été ici préférée au Ballet intégral), n’excluant pas une certaine emphase qui ne s’éteindra que dans les derniers instants du «Jardin féérique». La proposition musicale du chef se démarque par la lenteur du tempo ainsi que par les couleurs de l’orchestre (du célesta parfaitement équilibré aux superbes soli de tous les bois et du premier violon), et il parvient à instaurer un réel climat propre à chacun des cinq morceaux.


Elaboré à partir de sept poèmes chinois du VIIe au IXe siècles de notre ère découverts dans le recueil La Flûte chinoise de Hans Bethge, Le Chant de la terre est une véritable symphonie de lieder pour alto, ténor et orchestre où Mahler évoque la condition humaine oscillant entre héroïsme et intimité: l’extase et le désespoir, la solitude et la nature, la jeunesse et la beauté, le printemps et enfin l’adieu à l’ami qui s’achève dans un murmure sur le mot «Ewig» («Pour l’éternité») répété sept fois...


Entouré de ses compatriotes Tanja Ariane Baumgartner et Attilio Glaser, Thomas Guggeis nous donne à entendre une interprétation chargée d’émotion et, en mahlérien convaincu, conduit ses troupes avec toute l’énergie, le dynamisme et l’élan que requiert la partition, avec également le sentiment d’accéder à l’inexprimable. Les solistes ne sont pas en reste dans cette réussite qui joue avec les sens: Glaser possède une santé vocale éblouissante, avec une voix claire mais puissamment projetée, et Baumgartner se montre capable d’apprivoiser un chant luxuriant et généreux accoutumé à Wagner, Verdi et Strauss, pour atteindre une mezza voce qu’elle conduit peu à peu aux limites du silence pour atteindre cette dimension d’éternité dans «L’Adieu» conclusif que Mahler, pourtant chef d’orchestre hors pair, pensait impossible à diriger.


Les longues secondes de silence qui suivent les derniers accords en disent long sur l’émotion qui étreint alors la gorge des auditeurs, mais c’est pour mieux laisser éclater la joie ensuite, et les rappels s’enchaînent les uns après les autres. Et il se murmure déjà que le jeune chef serait un successeur aussi crédible que potentiel à Tugan Sokhiev, qui quittera ses fonctions de directeur musical en fin de saison après treize années de règne...


Le site de Thomas Guggeis



Emmanuel Andrieu

 

 

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