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Interrègne

Baden-Baden
Festspielhaus
04/15/2019 -  et 19*, 20* avril 2019

13 avril - et 16, 19*, 22 avril
Giuseppe Verdi : Otello
Stuart Skelton*/Marc Heller (Otello), Sonya Yoncheva (Desdemona), Vladimir Stoyanov (Iago), Francesco Demuro (Cassio), Anna Malavasi (Emilia), Gregory Bonfatti (Roderigo), Federico Sacchi (Lodovico), Giovanni Furlanetto (Montano), Mathias Tönges (Un héraut)
Philharmonia Chor Wien, Kinderchor des Pädagogiums Baden-Baden, Wlater Zeh (chef de chœur), Berliner Philharmoniker, Zubin Mehta (direction)
Robert Wilson (mise en scène, décors et lumières), Jacques Reynaud et Davide Boni (costumes)


(© Lucie Jansch)


Année charnière pour ce Festival de Pâques 2019 des Berliner Philharmoniker à Baden-Baden, transition difficile entre un Sir Simon Rattle déjà parti et un Kirill Petrenko pas encore tout à fait arrivé. Programmation un rien plus restreinte que d’habitude aussi, du moins en nombre de grands concerts symphoniques, l’Otello de Verdi dirigé par Zubin Mehta et mis en scène par Robert Wilson étant en revanche donné quatre fois en tout devant des salles très correctement remplies : une production d’opéra qui n’est cependant plus, ne serait-ce qu’au vu de l’âge de ses maîtres d’œuvre, 77 ans pour Robert Wilson et 82 ans pour Zubin Mehta, en mesure de s’extirper d’une certaine routine. Ces deux vétérans ont de merveilleux moments à nous faire partager mais et l’un et l’autre manquent aujourd’hui de souffle et laissent parfois tourner à vide leurs machines respectives : un Orchestre philharmonique de Berlin très sonore d’un côté et un système d’éclairages bleuâtres et d’acteurs figés toujours esthétique de l’autre, mais sans que l’Otello de Verdi en bénéficie vraiment, paraissant davantage contraint et stylisé à outrance que bouleversant.


Distribution adéquate mais qui ne passionne pas, et où paradoxalement c’est le Cassio de Francesco Demuro qui paraît le chanteur le plus intéressant. Sonya Yoncheva aborde Desdémone avec une voix très ample mais qui vibre trop dans l’aigu, ce qui déstabilise sa ligne de chant, Stuart Skelton investit Otello en ténor wagnérien doté de moyens généreux mais insuffisamment souples, avec des aigus souvent difficiles (indisposition passagère ? la dernière représentation sera assurée au pied levé par Marc Heller...), et Vladimir Stoyanov est un Iago de bon niveau, mais sans noirceur véritablement mémorable.


14 avril - et 20* avril
Giuseppe Verdi : Messa da Requiem
Vittoria Yeo (soprano), Elīna Garanca (mezzo-soprano), Francesco Meli (ténor), Ildar Abdrazakov (basse)
Chor des Bayerischen Rundfunks, Berliner Philharmoniker, Riccardo Muti



(© Monika Rittershaus)


Bien davantage de fastes dans le Requiem de verdi dirigé par Riccardo Muti, avec les merveilleux Chœurs de la Radio bavaroise et quatre solistes exceptionnels (Vittoria Yeo, Elīna Garanca, Francesco Meli, Ildar Abdrazakov). Le tempérament de ces quatre voix très différentes en timbres et en gabarit ne s’accorde pas toujours (Garanca reste un peu à la traîne, davantage opulente qu’engagée dramatiquement), mais que de grands moments verdiens, sous la baguette d’un chef qui ne connaît actuellement aucun vrai rival dans ce répertoire ! Avec l’appui des Berliner Philharmoniker dans une forme des grands soirs, ce Requiem devient une véritable superproduction, alternant moments d’un raffinement qui fait rêver et passages grandioses, où l’assise tellurique de la formation berlinoise donne à l‘ensemble une stature vraiment monumentale. Muti maîtrise décidément à la perfection le Requiem de Verdi aujourd’hui, et à défaut des productions d’opéra qu’il renonce désormais à diriger au théâtre, ce drame sacré lui sert de cheval de bataille : on l’a entendu à Munich l’an dernier, avec le même chœur et l’Orchestre de la Radio bavaroise, autre inoubliable concert. Et cet été à Salzbourg, ce Requiem, avec les Wiener Philharmoniker et les Chœurs de l’Opéra de Vienne, s’annonce comme l’un des grands moments du festival (mais attention, les trois concerts sont déjà sold out).


15* avril - et 7, 8, 9 mars (Berlin)
Arnold Schoenberg : Concerto pour violon, opus 36

Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Symphonie n° 5 en mi mineur, opus 64
Patricia Kopatchinskaja (violon)
Berliner Philharmoniker, Kirill Petrenko (direction)



(© Monika Rittershaus)


A Baden-Baden, Kirill Petrenko n’est apparu cette année que pour deux concerts, au programme se recoupant d’ailleurs partiellement, avec la même Cinquième Symphonie de Tchaïkovski en seconde partie. En revanche deux solistes différents : Patricia Kopatchinskaja pour le Concerto pour violon de Schoenberg et Lang Lang pour le Troisième Concerto pour piano de Beethoven. Inutile de préciser que le succès de billetterie du premier concert a été bien moindre que la véritable ruée déclenchée par le second (à des prix de location pourtant nettement plus élevés !). La salle est cependant assez bien remplie pour Patricia Kopatchinskaja, soliste gracieuse aux pieds nus dont le Concerto pour violon de Schoenberg paraît une proposition très personnelle, en tout cas intéressante. La partition est, on le sait, ingrate, prise au piège d’un carcan sériel qui tourne vite au gris sur gris, mais une telle lecture, toute en accidents de parcours, la soliste paraissant découvrir chaque trait à vue, comme une série de surprises qu’elle vit chaque fois avec une intensité et une humeur différentes, est plutôt efficace. Kopatchinskaja n’accroît pas outre mesure notre passion pour ce concerto difficile, mais elle le scénarise bien, un peu à la façon d’un drame aux forts relents expressionnistes. Et même s’il s’agit dans la carrière de Schoenberg d’une partition bien postérieure à Erwartung, on peut concevoir l’univers de ce concerto comme assez similaire d’esprit. En tout cas, le système fonctionne, avec une soliste érigée en vedette absolue, derrière laquelle Kirill Petrenko et ses Philharmoniker semblent se ranger, à l’écoute, ne prenant le pouvoir qu’avec une extrême parcimonie mais avec toujours une richesse et une subtilité dans la gestion des timbres absolument stupéfiantes.


En bis : «Jeu», troisième mouvement de la Suite pour violon, clarinette et piano de Darius Milhaud, encore que, comme l’annonce malicieusement la soliste, « sans piano! ». Mais avec quand même la participation du clarinettiste solo Andreas Ottensamer, pour un moment vif et plein d’humour, où la violoniste en rajoute même parfois un peu à sa partition pour pallier l’absence du clavier.


Ce concert a déjà été donné trois fois à Berlin en mars dernier, et comme il est d’usage au Festival de Pâques de Baden-Baden, il n’a pas pu bénéficier de beaucoup de nouvelles et attentives répétitions. Kirill Petrenko se doit donc de retrouver dans l’instant les fruits d’un travail approfondi mais déjà un peu oublié par les musiciens. La Cinquième Symphonie de Tchaïkovski qui en découle est absolument fascinante, de bout en bout d’ailleurs, mais peut-être moins par son accomplissement, qui reste discrètement perfectible, que par tout ce qu’elle révèle de l’art actuel de Kirill Petrenko : une gestique extraordinaire, où tout semble absolument lisible et motivé par la nécessité d’obtenir à chaque fois un résultat bien ciblé et précis. On ressent immédiatement ce qui devrait se produire, tel ou tel détail tantôt souligné, tantôt estompé, tantôt pris dans une ligne dramatique tout à coup un rien plus tendue, bref une véritable dramaturgie visuelle qui resterait encore passionnante même sans orchestre du tout, par ce qu’elle révèle d’une pensée musicale supérieure, en pleine effervescence.


Seulement voilà, les musiciens berlinois ont aussi leurs humeurs voire leur brin de routine, et ils traînent un peu. En particulier les premiers violons, ce soir dans une formation pas vraiment homogène, où on repère d’ailleurs quelques anciens franchement placides, et qui sont souvent en retard voire paraissent jouer leur propre symphonie, alors que le chef dépense une énergie énorme à essayer de les stimuler, des les emporter dans un flux plus nerveux. Manifestement, et contrairement à ce qui se passe à Munich où Petrenko et ses musiciens du Bayerisches Staatsorchester se connaissent comme leur poche, le couple Petrenko-Berlin paraît encore en rodage, et il faudra manifestement à ces prestigieux musiciens une certaine dose d’humilité pour se laisser davantage convaincre et stimuler. En attendant, en écoutant déjà la splendeur de nombreux passages (Stefan Dohr paraît un peu moins impérial que d’habitude dans son solo de cor du deuxième mouvement, mais que les dosages autour de lui sont subtils et beaux !), on peut s’attendre au meilleur pour les années à venir, même si beaucoup de concessions et de compréhension mutuelles seront sans doute nécessaires.



Laurent Barthel

 

 

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