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Un concours de haut niveau

Beauvais
Senlis (Chapelle Saint-Frambourg)
11/17/2018 -  


C. Belin, N. Colmez-Collard


La finale publique du Concours international Cziffra s’intègre au Festival SenLiszt en une grande soirée très suivie. Pour cette quarante-huitième édition, pianistes et équipes de musique de chambre se succèdent dans un programme varié montrant la richesse et la diversité des tempéraments musicaux.


Isabelle Oehmichen, présidente du jury, organisatrice du Festival SenLiszt et pianiste concertiste (dont on se demande d’ailleurs quelle organisation et quel talent il lui faut pour assurer si magnifiquement toutes ces fonctions...) s’était entourée de musiciens lauréats de la Fondation. Les pianistes János Balász, Cyril Huvé, Eric Astoul, Gérard-Marie Fallour, Bruno Peltre, Herbert du Plessis, la violoniste Andrea Schuster, le violoncelliste Ladislav Szathmary, la soprano lyrique Lina Castellanza et Gérard Bekerman, Président de la Fondation, constituaient un jury soucieux d’une juste récompense des talents.


C’est le Duo Neria (Natacha Colmez-Collard, violoncelle et Camille Belin, piano) qui obtient le Premier Prix avec un magnifique programme. Le premier mouvement de la Sonate de Richard Strauss, flamboyant, intense et lyrique donne le ton. On est immédiatement happé par la personnalité de Natacha Colmez-Collard, rayonnante, lumineuse et engagée. Camille Belin, remarquable pianiste et chambriste accomplie, soutient le discours avec une sonorité magnifique, dose la complexe partie de piano dans un souci d’équilibre constant avec sa partenaire. Le mouvement se déploie dans le caractère fantasque et conquérant voulu par l’auteur; Natacha Colmez-Collard chante héroïquement, sa superbe technique permet d’exprimer toute la fierté et la passion de cette noble page. Les deux derniers mouvements de la Sonate de Rachmaninov nous emmènent plus loin encore dans la complicité des deux partenaires. Généreuses dans leurs émotions, émouvantes dans leur expression, les deux musiciennes expriment le calme éloquent de l’Andante avec un violoncelle au si beau timbre et un piano d’une stable sérénité, très soucieux des harmonies. Impétueuses, elles livrent le Finale avec toute la vivacité qu’il convient. Camille Belin maîtrise à merveille la foisonnante partie de piano qui ne prend jamais l’allure d’un concerto, mais qui nourrit le chant du violoncelle de son océan de passion.


Le Deuxième Prix est attribué à la violoniste Camille Théveneau. Artiste sensible, Camille Théveneau nous séduit dès les premières notes par la beauté de sa sonorité. Elle se joue de toutes les effrayantes difficultés de Tzigane de Ravel, en soutient l’humeur parodique, grinçante ou charmeuse, avec une très belle technique et une vaillance virtuose qui n’exclut pas la profondeur du discours. Choix inhabituel, la violoniste nous propose le premier mouvement du Concerto de Tchaïkovski pour la poursuite de son programme. L’on oublie la dimension concertante de l’œuvre pour se concentrer sur cette partie de soliste qui, d’un bout à l’autre nous a tenus en haleine, notamment avec une magnifique cadence. Sonorités chaudes, chant éperdu, luminosité des aigus, pianissimi sublimes et intensité constante de l’expression nous ont profondément séduits. Il convient d’associer à ce commentaire l’excellence de l’accompagnement des parties pianistiques (surtout le Tchaïkovski…) que Florent Ling assura, alors qu’il concourait lui-même comme soliste.


Les pianistes Florent Ling et Kim Bernard se partagent un Troisième Prix ex æquo. Avec «Epilogo: Serenata del Espectro», extrait des Goyescas de Granados, Florent Ling nous ravit par de belles couleurs, dans une interprétation imagée. Pour autant, le jeune pianiste aurait pu accentuer l’aspect inquiétant, sarcastique, presque caractériel de cette œuvre qui préfigure l’Alborada de Ravel. L’Etude opus 25 n° 6 de Chopin, sous les doigts de Florent Ling, se déroule telle une brise avec une technique de tierces irréprochable, une souplesse d’une grande musicalité. Transmise avec beaucoup d’élévation spirituelle, entre ciel et enfer, entre tension et apaisement, la Seconde Ballade de Liszt permet au pianiste de déployer sa belle technique et son sens narratif. Cependant, une conception un peu trop détendue des récitatifs sereins et méditatifs qui émaillent l’œuvre ont fait perdre parfois, par des tempos un peu trop relâchés, l’envergure et l’architecture de ce grand poème pianistique. Très apprécié, à juste titre, par l’assistance, Florent Ling, obtient en outre le Prix du public. En tenue très décontractée pour un concours de ce niveau, alors que les concurrents apparaissaient tous en tenue de concert, Kim Bernard distille le premier mouvement de la Sonate en la majeur D. 664 de Schubert dans un style un peu maniéré, nous confortant que le compositeur écrit parfois de «divines longueurs»... Dans un tempo très rapide, le premier mouvement de la Sonate de Bartók ne permettait pas toujours de goûter la rythmique singulière de cette page motorique qui demande une parfaite stabilité, une pulsation chevillée au corps. Pour autant, on salue l’endurance et la technique du pianiste. Une très belle «Etude pour les arpèges composés» de Debussy avec de réelles couleurs et une attention aux résonnances montre la sensibilité de l’interprète. Trop vite, trop fort, bousculé hélas, Méphisto-Valse de Liszt ne doit pas être le prétexte à une virtuosité irréfléchie. On attendait une narration, nous avons eu une interprétation de concours. Kim Bernard, pianiste très doué et détenteur d’une technique solide et saine, représente une certaine partie de cette génération de jeunes pianistes qui doivent approfondir leur jeu et leurs interprétations, ne pas se laisser griser par des récompenses ou les succès obtenus mais réfléchir à se confronter à des masterclasses de grands pianistes.


Deux diplômes de finaliste sont décernés aux pianistes Axel Trolese et Kuan-Che Huang. Dans un programme très exigeant, voire austère, Kuan-Che Huang nous apparaît comme un pianiste très professionnel, très soucieux des styles et d’une grande authenticité. Dépouillées, les Fantasiestücke de Schumann se livrent dans un climat très intériorisé et expressif. La folie schumannienne s’exprime peu, mais l’ensemble séduit par une interprétation d’une grande classe. Œuvre complexe, la Première Sonate de Prokofiev, empreinte encore d’un Rachmaninov ou d’un Scriabine, est difficile à défendre. Cependant, le jeune pianiste imprime une interprétation stylée, racée, très maîtrisée. Le «Regard de l’Esprit de joie» de Messiaen se déploie dans toute sa flamboyance sonore, toujours sobre et maîtrisée. Si la Fantaisie de Chopin nous apparut, dans l’interprétation d’Axel Trolese, avec toute son intensité dramatique, il nous manqua çà et là un son plus profond, un timbrage des parties supérieures plus riche et peut-être des pédalisations plus précises autant qu’une dynamique plus ample. Très vivante, imagée et énergique avec de belles couleurs, la Fantasía Bética de Falla réussit pleinement à Kuan-Che Huang, qui maîtrise magnifiquement cette écriture puissante et incisive.



Christian Lorandin

 

 

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