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Beau plateau pour la reprise de La Cenerentola

Paris
Palais Garnier
11/23/2018 -  et 28 novembre, 1er, 3, 6, 9, 11, 13, 17, 20, 24, 26 décembre 2018
Gioacchino Rossini : La Cenerentola
Lawrence Brownlee (Don Ramiro), Florian Sempey (Dandini), Alessandro Corbelli (Don Magnifico), Chiara Skerath (Clorinda), Isabelle Druet (Tisbe), Marianne Crebassa (Angelina), Adam Plachetka (Alidoro)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, José Luis Basso (chef des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Evelino Pidò (direction musicale)
Guillaume Gallienne (mise en scène), Marie Lambert (collaboration artistique), Eric Ruf (décors), Olivier Bériot (costumes), Bertrand Couderc (lumières), Glyslein Lefever (chorégraphie)


L. Brownlee, M. Crebassa (© Emilie Brouchon/Opéra national de Paris)


Guillaume Gallienne n’avait pas réussi son coup d’essai lyrique (voir ici) et la reprise de sa Cenerentola ne convainc pas davantage. Non que la production soit sans qualités, à commencer par une direction d’acteurs pertinente et au plus près de la partition – le chœur, en revanche, inspire peu le Comédien français et le final du premier acte reste raté, avec cette éruption du Vésuve illustrant le terremoto du livret. L’œuvre n’a-t-elle pas, d’ailleurs, failli être créée à Naples? Et le prénom de l’héroïne n’est-il pas associé à la cendre, fondement de la scénographie d’Eric Ruf, qu’il s’agisse de la maison décrépie de Don Magnifico ou de la cour du Prince, rien moins que brillante, enfoncés dans de la lave de volcan? Mais une fois avalés les effets comiques faciles et leur vulgarité d’usage, la mise en scène révèle vite sa faiblesse, qui ne vient pas de son misérabilisme: Don Magnifico peut bien, après tout, se payer les services d’une prostituée, le Prince avoir la jambe droite paralysée pour souligner la bonté de Cendrillon. Le renoncement aux naïvetés du conte au profit d’une vision moins idéale, plus sombre, plus pessimiste de l’œuvre peut bien se concevoir aussi. Mais malgré certaines apparences, le rythme fait défaut, ressort de la mécanique du buffa, ainsi que les subtilités qu’il dissimule.


Evelino Pidò partage-t-il la conception assez pessimiste du metteur en scène? Il faut le croire: s’y cherchent l’humour et les bulles du champagne rossinien. On aime pourtant beaucoup sa direction, qui nous fait oublier les sécheresses de son Don Pasquale, pour sa finesse, ses couleurs, son énergie toujours canalisée – et l’orchestre ne joue pas toujours aussi bien le jeu dans ce genre de répertoire. Il dirige, de plus, une distribution homogène et de grande qualité. Marianne Crebassa fait en Angelina des débuts remarqués, avec une égale maîtrise du cantabile et du chant orné, privilégiant le côté mélancolique du personnage à travers une très juste et très émouvante incarnation. Est-elle un vrai mezzo rossinien pour autant? Si elle en a le bas médium et le grave – les aigus du Rondò final sont mats et courts, elle ne varie pas assez ses colorations et, quelle que soit la richesse du timbre, offre un chant trop monochrome, qu’on aimerait plus belcantiste. Bref, son mezzo typiquement français est ici moins absolu qu’en Orphée. Heureusement meilleur Don Ramiro qu’Ernesto de Don Pasquale, Lawrence Brownlee a la vocalise virtuose, claironne crânement ses aigus, mais manque de subtilité pour un Prince aussi sensible. Le serviteur n’est pas moins brillant que le maître: malgré un grave trop limité, le Dandini de Florian Sempey virevolte autant que son Figaro, aussi maître du chant syllabique rapide que le vétéran Alessandro Corbelli, qui accommode encore brillamment les restes d’une voix très usée – le duo des deux, au second acte, constitue l’un des meilleurs moments de la soirée. Dernière clé de fa, moins gâté par Rossini, Alidoro parvient pourtant à s’imposer: excellent Adam Plachetka. Les deux sœurs sont chipies à souhait – et quel beau timbre que celui d’Isabelle Druet. Ce n’est qu’une reprise, mais José Luis Basso a bien préparé le chœur.



Didier van Moere

 

 

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