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Opéra
05/16/2018 -  et 19, 22, 26, 28, 31 mai, 3*, 6 juin 2018
Giuseppe Verdi: Nabucco
Nikoloz Lagvilava (Nabucco), Mary Elizabeth Williams (Abigaille), Simon Lim (Zaccaria), Robert Watson (Ismaele), Victoria Yarovaya (Fenena), François Rougier (Abdallo), Jennifer Courcier (Anna), Alessandro Guerzoni (Gran Sacerdote)
Chœurs de l’Opéra de Lille et de l’Opéra de Dijon, Yves Parmentier (chef des chœurs), Orchestre national de Lille, Roberto Rizzi Brignoli (direction)
Marie-Eve Signeyrole (mise en scène, vidéo), Fabien Teigné (décors), Yashi (costumes), Philippe Berthomé (lumières), Baptise Klein (vidéo)


(©Frédéric Iovino)


En situant Nabucco (1842) dans le Proche-Orient contemporain, Marie-Eve Signeyrole n’innove pas particulièrement pour sa mise en scène, malgré la profondeur et la richesse de son intention. Des caméras de télévision retransmettent le conflit en direct, procédé éculé, tout comme ces caméras de surveillance qui diffusent les images en temps réels de la population meurtrie et ce fil d’actualité qui défilent comme sur les chaînes d’information en continu. Le public n’échappe évidemment pas non plus à la problématique des migrants. Fouillée et puissante, la direction d’acteurs confère heureusement du relief aux personnages. Modulaire et abstrait, parasité par la vidéo, le décor, moderne de conception, ne réserve aucune surprise et ne présente guère d’intérêt esthétique, bien qu’il se révèle cohérent compte tenu de l’interprétation de la metteuse en scène, qui préserve la dimension religieuse de cet opéra. Cette dernière invite aussi à réfléchir sur le rapport à l’image aujourd’hui, ce qui explique l’emploi de la vidéo.


Ni envahissante ni systématique, la chorégraphie semble parfois incongrue, tandis que les bruitages, les citations, notamment de l’Apocalypse, et plus encore la voix préenregistrée citant des textes d’Elias Sanbar, ambassadeur de Palestine à l’UNESCO, provoquent à force de la lassitude et même de l’exaspération. A la fin, Fenena porte une ceinture d’explosifs. A elle seule, cette idée témoigne du caractère bien ordinaire d’une mise en scène conceptuellement peu stimulante, car trop intellectualisée, mais maîtrisée, en particulier dans les ensembles. L’intérêt principal réside plutôt dans la direction intense et précise de Roberto Rizzi Brignoli, véritable chef de fosse gérant le temps théâtral à la perfection. Sous sa direction enflammée, l’orchestre lillois délivre une sonorité constamment belle et joue avec clarté. D’une constance et d’un engagement sans faille, les choristes se tiennent superbement dans les illustres pages que Verdi leur a consacrées.


Quant à la distribution, elle relève le défi avec brio. La prestation fortement engagée de Nikoloz Lagvilava révèle le potentiel dramatique insoupçonné du rôle-titre. Baryton typiquement verdien, il se montre à la fois acteur crédible et chanteur de haut niveau, attentif à la netteté de l’intonation et à la beauté du phrasé. Mary Elizabeth Williams séduit davantage dans cette production qu’à Anvers il y a cinq ans. Cette soprano au fort tempérament dramatique parcourt avec virtuosité la tessiture large et difficile d’Abigaille, en dépit d’aigus abrasifs et d’une rigueur stylistique moindre que celle de son partenaire géorgien. Voix et présence magnétiques, Simon Lim compose un Zaccaria de stature patricienne et vocalement somptueux, malgré un déficit de grave dans le medium. Robert Watson a tout juste le temps de dévoiler la beauté de son timbre en Ismaele, une appréciation qui s’applique aussi à Victoria Yarovaya en Fenena, personnage sommaire que la soprano parvient toutefois à valoriser. Notons enfin, pour mémoire, la contribution d’Alessandro Guerzoni en Prêtre, belle basse et seul chanteur italianophone de la distribution.



Sébastien Foucart

 

 

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