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Messe en pattes d’eph

Paris
Philharmonie
03/21/2018 -  et 22 mars 2018
Leonard Bernstein : Mass
Jubilant Sykes (baryton)
Ensemble Aedes, Mathieu Romano (chef de chœur), Chœur de l’Orchestre de Paris, Chœur d’enfants de l’Orchestre de Paris, Lionel Sow (chef de chœur), Orchestre de Paris, Wayne Marshall (direction)


W. Marshall (© Edgar Brambis)


Paris fête dignement Leonard Bernstein, qui aurait eu cette année cent ans. Un week-end entier lui sera consacré en mai porte de Pantin: concerts, projections, conférences, ateliers permettront à un large public de découvrir qu’il n’était pas que le compositeur de West Side Story, même si la postérité semble affirmer qu’il s’agit là de son œuvre la mieux composée. En attendant, l’Orchestre de Paris contribuait par deux concerts à la célébration de ce centenaire en faisant découvrir au public parisien Mass, œuvre composite, véritable oratorio scénique créé à Washington en 1971 sur la commande de la veuve du Président John F. Kennedy pour l’inauguration du Performing Arts Center baptisé à sa mémoire.


Quelques faits sont importants à préciser en préambule pour l’appréhension de cette messe. Le fait que Leonard Bernstein, élevé dans une stricte tradition religieuse juive, l’ait composée (après des recherches sérieuses) sur un rituel catholique s’explique par le fait que le Président Kennedy était le premier président catholique des Etats-Unis d’Amérique. La création eut lieu alors que le Président Richard Nixon lui avait succédé (ce dernier, prévenu par le FBI du «brûlot» qui se préparait, s’est éclipsé à la première, laissant diplomatiquement sa loge à Jacqueline Kennedy Onassis) en pleine guerre du Vietnam et invasion du Cambodge, et l’on ne doute pas que le compositeur était du côté des pacifistes. La colère grondant aussi dans les ghettos et les campus, l’atmosphère sociale était particulièrement tendue. En Europe, l’URSS avait envahi Prague et la liberté des artistes était un autre sujet pesant sur le moral du compositeur.


L’œuvre commence comme si elle allait suivre le plan de l’office catholique traditionnel, servi par un double chœur d’adultes et d’enfants et un orchestre très étoffé d’instruments de musique populaire (guitares électriques, claviers électroniques et autres instruments de rock), un baryton (le Célébrant) faisant office de maître de la cérémonie. Bien vite, la messe est interrompue par une foule de jeunes gens (Chœur de rue), qui interrompt le Célébrant et conteste le dogme qu’il prêche par des propos violents, voire blasphématoires. Le Célébrant est bientôt pris de doute, brise son calice et abandonne ses fidèles. L’espérance revient progressivement et l’office se termine avec un impressionnant message de paix et d’amour bien dans l’esprit de l’époque.


Cette œuvre «en pattes d’eph», selon l’expression de Renaud Machart dans son analyse de l’œuvre (Leonard Bernstein, Actes Sud, 2007), est certes datée, non exempte d’un message œcuménique démagogique et plein de naïveté. Impossible de l’extraire de son contexte pour en savourer la force et la profonde originalité même si à son époque, elle pouvait paraître s’inscrire dans la tradition de musicals de Broadway tels Jesus Christ Superstar, Hair ou Godspell. La critique américaine fut féroce à sa création mais force est de reconnaître une fois de plus l’énorme talent du compositeur pour créer des ambiances de musical et pour récupérer le grand héritage de la musique européenne. Pour l’aspect purement spirituel, même si les parties dévolues aux chœurs sont admirables (le chœur d’enfants final est à l’égal de ce que Britten et Poulenc ont composé de meilleur dans le genre), Bernstein a été mieux inspiré dans les œuvres composées dans le rituel de la religion israélite, comme dans sa Première Symphonie «Jérémie» ou sa Troisième Symphonie «Kaddish».


L’Orchestre de Paris, qui fête cette saison, moitié moins que Bernstein, son cinquantième anniversaire, avait fait les choses en grand. Peut-être un peu trop? Les éclairages et un effet de fumée dans la salle donnaient le ton. La sonorisation des solistes et des musiciens en général n’était pas une grande réussite. Grand effectif, près de deux cents participants, avec trois chœurs. Le Chœur de l’Orchestre de Paris était admirable de concentration et de préparation et son Chœur d’enfants encore plus étonnant. Son soliste, un garçon de douze ans, a chanté à deux reprises avec une assurance et un sang-froid impressionnants le «Lauda, laude» qui ouvre et ferme la messe.


Le chœur invité pour le Street Choir, l’Ensemble Aedes, impressionnait aussi par la fraîcheur de ses participants, tous prompt à entrer dans l’action dans des tenues colorées et à en faire évoluer le cours. Les deux piliers, chef (Wayne Marshall) et Célébrant (Jubilant Sykes), sont des familiers de l’œuvre. Ils ont assuré deux heures durant la continuité de cette partition hybride, grand patchwork stylistique et réalisé un magnifique compromis entre ce que l’œuvre avait été à la création avec ses chanteurs costumés, ses danseurs, sa mise en scène colorée et une version de concert classique sans être le moins du monde fermés au grand potentiel de fantaisie de l’œuvre et tout en gardant la gravité de son propos.


Le succès remporté a été à l’égal de ce magnifique travail: standing ovation d’un public comblé. Ce passionnant concert a bien heureusement été enregistré.


Le concert en intégralité sur le site de la Philharmonie de Paris:






Olivier Brunel

 

 

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