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Faut le faire !

Paris
Théâtre du Rond-Point
10/04/2017 -  et 4 (Bonn), 11, 12 (Warszawa) juillet, 19, 20 août (George Town, Malaysie), 5*, 6, 7, 10, 11, 12, 13, 14, 15 octobre (Paris), 21, 22 (Béthune), 25 (Beauvais) novembre, 2, 3 (Pantin), 9 (Saint-Ouen), 15, 16, 17 (Bruxelles), 22, 23 (Bobigny) décembre 2017, 5, 6 (Budapest), 20, 21 (Saitama) janvier 2018
Gala
Jerôme Bel (conception)


Le riche «Portrait» que le Festival d’automne à Paris consacre à Jérôme Bel (huit pièces et un film) commence au Théâtre du Rond-Point avec un spectacle du Théâtre de la Ville délocalisé, emblématique du chorégraphe français, l’étonnant Gala qui, depuis sa création à Bruxelles en 2015, n’a cessé de tourner dans le monde avec un succès mérité. Il est rare dans le paysage de la danse contemporaine, fût-elle «déstructurée» comme le veut celle de Jérôme Bel qui brise les codes du genre, qu’un même spectacle de 90 minutes engendre rires, larmes et questionne autant sur les limites et les rapports d’un être humain avec son corps et le regard des autres.


Un gala de danse, on le rappelle, est un exercice un peu désuet, une soirée dans laquelle, sur une scène vide, des danseurs venus de compagnies éparses viennent présenter le solo, pas de deux, qui est leur spécialité. Il se termine toujours pas un grand happening improvisé, qui réunit fautivement tous les participants. C’est le principe de l’auberge espagnole pour le meilleur et pour le pire. L’équivalent existe aussi au patronage sous une forme totalement amateur. Le Gala de Jérôme Bel convoque professionnels et amateurs de tous âges et tous horizons, une vingtaine de personnes, dont certaines présentent un handicap, réel comme une femme paraplégique dans son fauteuil et une femme trisomique, ou supposé comme des personnes en surpoids, une jeune enfant, bref un panel mixte on ne peut plus hétérogène.


Tous sont d’abord confrontés à des figures imposées: un petit pas de danse classique, un tour de valse, puis les choses se corsent avec le moonwalk de Michael Jackson, de la musique plus rythmée, une improvisation en silence. Le regard du spectateur à ce stade a le choix entre critique, ironie, indulgence, amour – tout est possible et le spectacle peut être reçu formidablement si les spectateurs participent, frappent dans leurs mains, jouent complètement le jeu.


La deuxième partie du spectacle offre un exercice différent et autrement périlleux qui teste les limites de chaque participant, entre culture et exhibitionnisme, et l’apprentissage du mouvement au sein d’un groupe. Un par un, ils viennent sur le devant de la scène et s’exposent avec une démonstration que s’appliquent à imiter tous les autres à l’arrière-plan. Tout y passe, d’abord une femme qui chante vaille que vaille (elle, n’est pas imitée par les autres) un tube de Dalida accompagnée par son seul téléphone portable: chapeau, il faut le faire! Puis démonstrations de danse classique, moderne, yoga, danse créole, danse orientale, danse de salon, chansons niaises, cabaret et même un étonnant numéro de majorette. La troupe formée par tous les participants essaie d’imiter la chorégraphie proposée et de passionnantes différences se révèlent. Bien sûr, le spectateur à l’esprit critique cherche à distinguer, et ce n’est pas toujours évident, le professionnel de l’amateur.


Mais le miracle de ce spectacle – et on mesure l’immense travail de Jérôme Bel pour faire bouillir cette marmite-là – est que très vite cela n’a plus aucune importance. Les tabous physiques sont transcendés, le flux d’émotion l’emporte sur les préjugés et n’importe quelle tentative de critique, jugement, définition de l’amateurisme et du professionnalisme, du handicap même, limites de la danse et ce groupe qui possède a priori un certain potentiel de ridicule comme les costumes kitsch dont on les a affublés et qu’ils s’échangent les y engagent, projette dans la salle une grande dose de bonheur et suscite une admiration inconditionnelle. Encore une fois, la chose agit comme un miroir et chaque public peut réagir différemment. S’il joue le jeu, participe au même titre que les acteurs, on assiste à une grande leçon d’humanité.



Olivier Brunel

 

 

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