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Pétard mouillé

Paris
Palais Garnier
06/10/2017 -  et 14*, 17, 20, 23, 25, 30 juin, 2, 6, 8, 11, 13 juillet 2017
Gioacchino Rossini : La Cenerentola
Juan José De León (Don Ramiro), Alessio Arduini (Dandini), Maurizio Muraro (Don Magnifico), Chiara Skerath (Clorinda), Isabelle Druet (Tisbe), Teresa Iervolino (Angelina), Roberto Tagliavini (Alidoro)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, José Luis Basso (chef des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Ottavio Dantone (direction musicale)
Guillaume Gallienne (mise en scène), Marie Lambert (collaboration artistique), Eric Ruf (décors), Olivier Bériot (costumes), Bertrand Couderc (lumières), Glyslein Lefever (chorégraphie)


R. Tagliavini, T. Iervolino (© Vincent Pontet/Opéra national de Paris)


La Cenerentola mis en scène par Guillaume Gallienne, ça fait une affiche. Et un four. L’Opéra, pourtant, espérait faire un coup en proposant au comédien, qu’on aime beaucoup au demeurant, sa première mise en scène lyrique. Qu’il ait succombé à la facilité de certains effets – la mafia, le père qui se soulage avec une prostituée, quelques vulgarités banales dont on aurait pu se choquer il y a vingt ou trente ans – n’est que peccadille. On peut même lui pardonner d’avoir substitué aux charmes naïfs ou prétendus tels du conte de fées un misérabilisme naturaliste, assez éculé d’ailleurs, dans l’esprit du néoréalisme italien. Que manque-t-il, alors ? La verve, le rythme, les bulles du champagne rossinien. Ca n’avance pas, c’est ennuyeux, terriblement ennuyeux. Gallienne, pourtant, ne néglige pas la direction d’acteurs, tout à fait pertinente. Mais l’irrésistible mécanique du buffa rossinien lui échappe. Et la scénographie d’Eric Ruf installe dès le début une atmosphère de grisaille, à travers un de ces décors lépreux qu’il affectionne – et dont il devra se libérer : un palais napolitain enlisé dans la cendre, sans doute du Vésuve, double allusion à la création avortée de l’opéra au San Carlo et au terromoto évoqué dans le premier final... sans compter l’origine du prénom de Cendrillon... Ici encore, pourquoi pas ? A condition que la production ne soit pas enlisée à l’image du décor. Elle ne pèche pas tant contre la lettre, finalement, que contre l’esprit. C’est ce qui faisait encore le prix, des décennies après, de la production de Jean-Pierre Ponnelle... à laquelle celle-ci donne presque une seconde jeunesse.


Tout passerait sans doute mieux avec une distribution plus flamboyante. Authentique contralto, Teresa Iervolino a la vocalise déliée et une ligne galbée, mais la voix s’amenuise et devient grise dans la quinte aiguë, mal soudée au reste de la tessiture. Cette Angelina résignée et mystérieuse manque aussi d’aura, peu flattée certes par une mise en scène qui la ridiculise au moment du bal par une robe impossible. Elle est mal appariée, de surcroît, au Ramiro nasal et claironnant de Juan José De León, ni très souple ni très stylé, lui-même flanqué du Dandini vocalement bien pourvu mais incapable de la moindre agilité d’Alessio Arduini. Sans briller pour autant, Maurizo Muraro sauve l’honneur des basses bouffes en Magnifico. Les deux chipies sont bien campées – mention spéciale à Isabelle Druet. Mais celui qui domine les autres, c’est l’Alidoro de Roberto Tagliavini, par le timbre, le phrasé, la présence : son air est le clou de la soirée.


Inégal Ottavio Dantone. Il obtient parfois de l’orchestre des sonorités plus vertes, sait créer de jolies atmosphères – comme pour le Sextuor du second acte. Mais sa direction, pas toujours impeccable, peine à faire pétiller la musique et plombe, comme la mise en scène, l’ébouriffant dramma giocoso rossinien. Quant à accompagner les récitatifs à la harpe... De toute façon, quand, à la sortie, on ne se souvient que d’Alidoro, c’est que rien ne va plus. Pétard mouillé pour la fin de saison.



Didier van Moere

 

 

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