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Mitteleuropa

Paris
Philharmonie
04/08/2017 -  et 5 (Treviso), 6 (Bologna), 10 (Köln), 11 (Heidelberg), 13 (Aix-en-Provence) avril 2017
Johann Sebastian Bach: Das musikalische Opfer, BWW 1079: Ricercar a 3 & Ricercar a 6
Béla Bartók : Musique pour cordes, percussion et célesta, sz. 106
Johannes Brahms : Concerto pour piano n° 2 en si bémol majeur, opus 83

Chamber Orchestra of Europe, Sir András Schiff (piano et direction)


A. Schiff (© Jennifer Taylor)


Après deux passages remarqués en février 2016 et 2017 avec Yannick Nézet-Séguin, l’Orchestre de chambre d’Europe était de nouveau à Paris mais cette fois avec András Schiff, le pianiste et chef hongrois. Intelligent programme que cette autre association de «B» qui place Jean-Sébastien Bach à côté de Bartók (à la place de Beethoven) tout en gardant Brahms.


András Schiff joue d’abord un piano Bösendorfer placé au milieu de l’orchestre pour le Ricercar à 3 de L’Offrande musicale, puis six musiciens à cordes de l’orchestre jouent le Ricercar à 6. Le contraste saisissant et judicieux entre ces deux façons aide à mieux percevoir le sens de la construction, et de la déconstruction, du cantor de Leipzig. A la demande du chef, la Musique pour cordes, percussion et célesta est enchaînée de suite et sans applaudissements. Pour cela, András Schiff rejoint le pupitre, cédant au centre de la scène le piano à Dénes Várjon aux côtés d’Izabella Simon au célesta et de Charlotte Sprenkels à la harpe, tous trois entourés des cordes et de la timbale. Dans le mouvement initial, le chef hongrois parvient, grâce à de magnifiques pianissimi, à créer une vraie ambiance seulement troublée par un public toussant sans aucune retenue. Le deuxième mouvement plein de contrastes virevolte, explose, dramatise le propos et montre un orchestre précis et réactif. Dans le troisième mouvement, le travail sur les sons et textures, allant des glissandi de la timbale au martellato très stravinskien des cordes, est impressionnant et l’ensemble se consume en un alliage qui semble par moment se décomposer comme dans le Ricercar de Bach. Quant au dernier mouvement, il n’a sans doute jamais autant évoqué une danse hongroise que ce soir.


En seconde partie, l’effectif, augmenté de bois et de cuivres, prend place autour du piano, placé non le clavier dos au public comme le fait par exemple Daniel Barenboim, mais incliné transversalement et ainsi juste au contact de Lorenza Borrani, premier violon, et en face des seconds violons. La lecture est clairement chambriste, laissant toute sa place au piano dont on se prend à redécouvrir l’incroyable partie, à peine troublée par quelques imperfections de doigté se raréfiant au cours de la progression de l’exécution et marginales tellement toute cette interprétation est riche et passionnante. András Schiff ne dirige pas au sens traditionnel – ici aussi l’opposition avec Barenboim est flagrante: il impulse depuis son clavier une énergie et une ligne de chaque instant. Mais cette position un peu en rentrait à aussi ses limites, notamment dans le deuxième mouvement, durant lequel, malgré l’énergie de Lorenza Borrani, de minimes décalages s’installent. Il n’empêche: l’Orchestre de chambre d’Europe est fidèle à sa réputation de meilleur orchestre de chambre du monde – le son est rond, riche, élégant, les phrasés précis et la sonorité toujours belle. L’entrée du cor solo au tout début du concerto, les interventions des bois, notamment de Pascal Moraguès, qui a rejoint la formation pour ce concert, dans le sublime troisième mouvement magnifiquement chanté par le violoncelle précis de William Conway, mais aussi du flûtiste Adam Walker, du hautboïste Kai Frömbgen, du bassonniste Matthew Wilkie comme du vétéran John Chimes, qui réussit depuis les timbales à passionner sans jamais outrepasser sa place, sont des moments d’une grande beauté. Mais il y a aussi, et l’on aurait envie de dire surtout, ce sens de l’écoute et du jeu collectif que possède au plus haut niveau cette formation, une constante dans les meilleurs ensembles.


En bis, András Schiff comble son public avec les Menuets I et II de la Première Partita de Bach, où sa dextérité digitale retrouvée fait merveille. Et à la surprise générale il offre ensuite la neuvième des Liebeslieder Walzer de Brahms, «Am Donaustrande» («Sur les bords du Danube»), pour laquelle s’installe au piano Dénes Várjon rejoint par Izabella Simon tandis que les musiciens de l’orchestre se mettent à chanter, et fort bien, cet extrait si dansant du recueil pour quatre voix et piano à quatre mains de Brahms. Une façon très Mitteleuropa de terminer ce magnifique concert.



Gilles Lesur

 

 

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