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A la Salpêtrière

Paris
Opéra Bastille
10/14/2016 -  et 17*, 23, 26, 29 octobre, 4, 8, 11, 14, 16 novembre 2016
Gaetano Donizetti : Lucia di Lammermoor
Artur Rucinski (Enrico Ashton), Pretty Yende*/Nina Minasyan (Lucia), Piero Pretti*/Rame Lahaj (Edgardo di Ravenswood), Oleksiy Palchykov (Arturo Bucklaw), Rafal Siwek (Raimondo Bidebent), Gemma Ní Bhriain (Alisa), Yu Shao (Normanno)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, José Luis Basso (chef des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Riccardo Frizza (direction musicale)
Andrei Serban (mise en scène), William Dudley (décors, costumes), Guido Levi (lumières)


(© Sébastien Mathé/Opéra national de Paris)


La production d’Andrei Serban, qui avait fait quelque bruit en 1994, allait-elle tenir le coup, surtout après avoir été revue maintes fois ? Oui. On la trouvait iconoclaste, en rupture avec un certain romantisme : la voici aujourd’hui d’un classicisme consensuel. Retrouvons donc la Salpêtrière, où une société bien-pensante vient jeter un regard voyeur sur ses fous – à vrai dire sur ceux qui, telle Lucia, refusent de plier. Le décor unique tient de l’arène ou du cirque, où, malgré eux, s’exhibent les marginaux, de la salle d’armes et de la chambrée. C’est que l’ordre, maintenu par l’alliance du prêtre et du militaire, est ici fondé sur la violence, celle qu’exercent le frère sur la sœur, le mari sur la femme – pour répondre au viol de la nuit de noces exécrée, Lucia n’a pas d’autre issue que de poignarder Arturo. Certes, cela sent parfois aujourd’hui le déjà-vu – la mise en abyme comme le décor de cordes et de passerelles. Mais le spectacle convainc toujours par sa tenue d’ensemble, sa direction d’acteurs. L’opposition entre un monde d’hommes aux gros bras et une jeune fille, presque une enfant, interdite de rêve et d’amour, axe de la production, reste une grande réussite.


Vocalement, cette Lucia tient aussi le coup, à condition de ne pas trop voir dans l’opéra de Donizetti les survivances de l’esthétique belcantiste. Un récital vient de consacrer la notoriété de Pretty Yende, que l’Opéra avait malencontreusement distribuée en Rosine. La voix est légère, sans grâce particulière, mais se projette parfaitement, même dans le médium : malgré la solidité de l’aigu – passons sur quelques notes d’une justesse approximative – et du suraigu, nous n’entendons pas une Lucia rossignol, mais une créature de chair et d’os, faisant évoluer son personnage. Cela dit, elle devra mûrir, affiner le legato et les colorations, approfondir l’interprétation pour restituer tout le romantisme lunaire de l’héroïne. Et si elle maîtrise parfaitement la scène de folie, dont la cadence pourrait seulement être plus expressive, l’air d’entrée semble souvent assez incertain.


Piero Pretti n’a pas la plus belle voix du monde, mais la hauteur et la maîtrise de l’émission, l’homogénéité des registres, la tenue de la ligne en font un Edgardo solide et nuancé, sans excès dans l’émotion au dernier tableau. Artur Rucinski chante-t-il dans son répertoire ? Si le timbre est superbe et l’aigu triomphant, le style paraît un peu fruste, même pour le méchant Enrico. Rafal Siwek peut lui aussi impressionner par ses moyens, mais on entend plus Philippe II que le chapelain de Donizetti. Riccardo Frizza, lui, se contente d’être efficace, quitte à confondre parfois l’énergie et la brutalité. Il n’aurait pas dû couper, comme on l’a fait trop longtemps, l’Ouragan, la scène et le duo entre Edgardo et Enrico du début du troisième acte : cela le déséquilibre. Appelons cela une soirée de répertoire.



Didier van Moere

 

 

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