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Iolanta et Casse-Noisette : un opéra ballet

Paris
Palais Garnier
03/11/2016 -  et 14*, 17, 19, 21, 23, 25, 26, 28, 30 mars, 1er avril 2016
Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Iolanta, opus 69 – Casse-Noisette, opus 71
Alexander Tsymbalyuk (René), Sonya Yoncheva (Iolanta), Arnold Rutkowski (Le comte Vaudémont), Andrei Jilihovschi (Robert), Vito Priante (Ibn Hakia), Roman Shulakov (Alméric), Gennady Bezzubenkov (Bertrand), Elena Zaremba (Marta), Anna Patalong (Brigitta), Paola Gardina (Laura)
Marion Barbeau*/Marine Ganio, Stéphane Bullion*/Julien Meyzindi, Nicolas Paul, Aurélien Houette, Yvon Demol, Takeru Coste, Alice Renavand, Sofia Rosolini, Simon Le Borgne, Caroline Bance, Charlotte Ranson, Les Etoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts-de-Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Alain Altinoglu*/Marius Stieghorst (direction)
Dmitri Tcherniakov (mise en scène et décors), Sidi Larbi Cherkaoui, Edouard Lock, Arthur Pita (chorégraphie), Elena Zaitseva (costumes), Gleb Filshtinsky (lumières)


Iolanta (© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)


Le 18 décembre 1892, Iolanta fut créé en même temps que Casse-Noisette, d’après une chorégraphie de Marius Petipa souffrant. C’est cette soirée du Mariinski qu’a voulu ressusciter l’Opéra de Paris, pour en faire un seul spectacle avec pour maître d’œuvre Dmitri Tcherniakov, à charge pour lui d’établir un lien entre deux univers très différents. D’un côté le Moyen Age et l’histoire de la fille aveugle du roi René, qui recouvre la vue par le miracle de l’amour autant que par le traitement d’un médecin maure. De l’autre, le célèbre conte d’Hoffmann et les rêves de la petite Marie dont le casse-noisette reçu à Noël se transforme en Prince charmant.


Chez le metteur en scène russe, la représentation de Iolanta est un cadeau d’anniversaire offert à Marie. Le rideau tombe après le duo entre Iolanta et Vaudémont, se relève pour le dénouement et le premier acte de Casse-Noisette, dont le second tableau inaugure la troisième partie de la soirée. Le monde de l’enfant se confond ainsi avec celui de la jeune fille, toutes deux oscillant, chacune à sa façon, entre l’ombre et la lumière : Iolanta ne voit pas ce qui existe, Marie voit ce qui n’existe pas ; à l’éveil de l’une correspond le réveil de l’autre, termes d’un parcours initiatique. Elles partagent une même souffrance, le corps parfois pris de convulsions hystériques, parce qu’elles étouffent entre les murs grâce auxquels des parents leur dissimulent la vérité du monde. C’est d’ailleurs le médecin qui fait entrer, presque par effraction, Robert et Vaudémont, identifié ensuite à Drosselmeyer, l’oncle magicien.


Exit donc la légende médiévale. Iolanta se situe dans un beau salon blanc cossu, rappelant le décor de cet Eugène Onéguine qui, grâce à Gerard Mortier, révéla Tcherniakov à Paris. Marie y recevra ses cadeaux. Exit aussi la féerie du conte. Le ballet nous présente plutôt la relation que Marie entretient avec ses propres fantasmes : la première partie se clôt sur une sorte de désastre planétaire, la seconde la montre d’abord perdue dans une forêt traversée d’animaux, où reparaît un Vaudémont démultiplié, désormais Prince charmant, comme si l’on revenait, après l’apocalypse, au matin d’un monde rendu à ses éléments originels – le célèbre Divertissement, lui, se mue en danses avec des poupées géantes, non sans de malicieux clins d’œil, aux cosmonautes de la défunte URSS par exemple.



Casse-Noisette (© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)


Trois chorégraphes ont travaillé à Casse-Noisette : à la surprise partie d’anniversaire façon comédie musicale, réglée par un Arthur Pita plein d’esprit, succèdent des atmosphères fantasmatiques, grâce également à de magnifiques éclairages – à Edouard Lock les angoisses de la Nuit ou de la Forêt, mais aussi le second degré du Divertissement, à Sidi Larbi Cherkaoui les ambiances oniriques, celles des Valses des flocons ou des fleurs par exemple. C’est fait de main de maître. Mais la fusion des deux œuvres ne sent-elle pas un peu trop l’artifice ? Et si les chorégraphies, qui parfois revisitent à leur façon le ballet à la Petipa, font souffler un vent d’invention ou de recréation, la mise en scène de Iolanta, alors qu’elle force notre admiration par la direction d’acteurs, toujours formidable chez Tcherniakov, s’enferme un peu dans son concept et n’ouvre pas les mêmes perspectives que le travail d’un Peter Sellars ou d’un Mariusz Trelinski.


Sans doute faudrait-il aussi, côté fosse, une direction plus assurée, plus unitaire et plus inspirée. A la tête d’un orchestre moyen, Alain Altinoglu patine beaucoup, donnant l’impression, malgré quelques moments de théâtre, d’enchaîner des numéros, sans pour autant souligner les raffinements de l’instrumentation de Tchaïkovski. Sonya Yoncheva, pourtant annoncée souffrante, incarne heureusement une Iolanta incandescente et tourmentée, en phase avec la conception de Tcherniakov – on ne peut, du coup, lui reprocher de n’avoir pas un timbre plus frais ; lui fait écho la merveilleuse Marie de Marion Barbeau. On préfère, en revanche, le Prince de Stéphane Bullion au Vaudémont d’Arnold Rutkowski, trop uniformément sonore dans sa solidité, moins racé que son ami Robert, un Andrei Jilihovschi plein de panache. Quel dommage que les notes les plus graves fassent défaut à Alexander Tsymbalyuk : il possède la noblesse et la grandeur du Roi, basse russe de la meilleure école, beaucoup plus présent que l’Ibn Hakia de Vito Priante, qui manque de l’aura mystérieuse du médecin thaumaturge. Chanteurs ou danseurs, les autres ne méritent qu’éloges.


Le spectacle sur le site Culturebox:







Didier van Moere

 

 

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