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Un Guillaume Tell bien en voix

Monaco
Opéra
01/22/2015 -  et 25, 28* (Monaco), 31 (Paris [version de concert] janvier 2015
Gioacchino Rossini : Guillaume Tell
Nicola Alaimo (Guillaume Tell), Elodie Méchain (Hedwige), Julia Novikhova (Jemmy), Celso Abelo (Arnold), Patrick Bolleire (Melcthal), Nicolas Cavallier (Walter Furst), Nicolas Courjal (Gesler), Annick Massis (Mathilde), Alain Gabriel (Rodolphe), Eric Martin-Bonnet/Philippe Ermelier* (Leuthold), Mikedi Atxalandabaso (Ruodi)
Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo, Stefano Visconti (chef de chœur), Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Gianluigi Gelmetti (direction musicale)
Jean-Louis Grinda (mise en scène), Eric Chevalier (décors), Françoise Raybaud (costumes), Laurent Castaingt (lumières), Eugénie Andrin (chorégraphie)


(© Opéra de Monte-Carlo)


Composé pour l’Opéra de Paris, l’ultime chef-d’œuvre de Rossini connaît aujourd’hui un substantiel regain d’intérêt significatif, après avoir été longtemps boudé, en particulier par la capitale française – qui l’a redonné en 2003 dans une production sans lendemain à la Bastille. A la pointe de cette résurrection, l’Opéra de Monte-Carlo présente une production réglée par le directeur des lieux, Jean-Louis Grinda, avant une escale en version de concert le 31 janvier au Théâtre des Champs-Elysées. La lecture proposée se veut essentiellement ergonomique, dans un décor dessiné par Eric Chevalier. Des panneaux délimitent le plateau et s’emplissent de projections vidéographiques plutôt sobres qui rappellent le cadre géographique de la légende par des paysages helvétiques idéalisés, tandis que le dispositif s’ouvre en portes pour l’entrée des chœurs armés quand l’action exige une certaine animation théâtrale. Les éclairs zèbrent convenablement le ciel en fond de scène pour la tempête. Les baisers en portés de la chorégraphie d’Eugénie Andrin se souviennent du Parc de Preljocaj, confinant à la pâle copie imitative dont la redondance diminue d’autant une intention expressive passablement hors de propos.


Mais ces considérations visuelles s’inclinent sans peine face un plateau vocal d’excellente facture. Bien évidemment la palme de l’excellence revient à Annick Massis, qui avait flatté nos oreilles en novembre dernier à Marseille dans Moïse et Pharaon, et se confirme comme l’une des plus admirables rossiniennes d’aujourd’hui. Dans la romance de Mathilde («Sombre forêt, désert triste et sauvage»), page parmi les plus justement célèbres de l’ouvrage, la soprano française distille un abandon mélancolique parfaitement calibré. Tout au long de la soirée, elle illumine sa composition, qui ne connaît point de faiblesse, avec une maîtrise et un sens du style remarquables, sans parler d’un français limpide, d’une évidence sans reproche. S’il fait des efforts indubitables dans l’articulation, Celso Abelo semble résolument fâché avec les valeurs vocaliques de la langue de Molière. Son Arnold démontre cependant un éclat et une vaillance aux dimensions du rôle, qui minorent cette regrettable réserve. D’une précision linguistique non exempte de menues perfectibilités, le Guillaume Tell de Nicola Alaimo dégage avant tout une incontestable présence, magnifiée par une voix onctueuse et un legato généreux, et se confirme comme l’un des plus notables interprètes actuels du personnage.


L’Hedwige d’Elodie Méchain compense par le caractère un matériau qui a besoin de temps pour récupérer une rondeur qu’elle semble avoir un peu perdue. Julia Novikhova fait frémir avec fraîcheur et franchise la juvénilité de Jemmy. Patrick Bolleire affiche une autorité paternelle autant que de circonstance en Melcthal. Nicolas Courjal déchaîne la cruauté de Gesler, quand le Furst de Nicolas Cavallier se fait tout de pondération. Signalons encore le Rodolphe d’Alain Gabriel et le Leuthold de Philippe Ermelier, remplaçant Eric Martin-Bonnet, souffrant, ainsi que l’agréablement chantant Ruodi de Mikedi Atxalandabaso. On n’oubliera pas les chœurs, soignés et puissants, préparés par Stefano Visconti, ni, il va sans dire, la direction de Gianluigi Gelmetti, à la tête d’un Orchestre philharmonique de Monte-Carlo en grande forme. Fin connaisseur de ce répertoire, le chef italien révèle combien l’ouvrage annonce le grand opéra à la française, et éclaire, ici dans les solos de bois, là dans les textures, l’admiration que Berlioz vouait à Guillaume Tell. A n’en pas douter, les représentations monégasques font triompher les voix et la musique.



Gilles Charlassier

 

 

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