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Miraculeux Falvetti

Versailles
Chapelle royale
01/31/2015 -  Miraculeux Falvetti
Michelangelo Falvetti : Nabucco
Fernando Guimarães (Nabucco), Alejandro Meerapfel (Daniele), Raffaele Pe (Arioco), Caroline Weynants (Anania), Mariana Flores (Azaria, Idolatria), Lucia Martín Cartón (Misaele), Matteo Bellotto (Eufrate), Capucine Keller (Superbia)
Chœur de chambre de Namur, Cappella Mediterranea, Leonardo García Alarcón (direction)


F. Guimarães


Coup de tonnerre au festival d’Ambronay 2012: les festivités s’ouvrent le 14 septembre sur une résurrection, celle de l’oratorio d’un certain Michelangelo Falvetti (1652-1692). L’enthousiasme de l’auditoire est immédiat, un disque suivra plus tard et, ce soir, c’est au tour du public de la Chapelle royale de Versailles de profiter et, pour beaucoup, de découvrir in vivo cette œuvre à nulle autre pareille. Car, alors qu’une pluie fine et glacée s’abat sur Versailles et que les spectateurs doivent conserver anoraks et écharpes pendant le concert, les sonorités de Nabucco (1683) nous emmènent immédiatement non pas au sud de l’Italie (Falvetti ayant fait l’essentiel de sa carrière en Sicile) mais bien davantage en Afrique du Nord, voire sur les contrées de la Terre Sainte, cette musique faisant immédiatement naître à notre esprit des images d’épices, de danseuses aux voiles vaporeux, d’encens et de tendre volupté.


Michelangelo Falvetti est né à Melicuccà, en Calabre, le 29 décembre 1642. Entré tôt dans la prêtrise, il suit également des études musicales, notamment, si l’on en croit les rares sources disponibles, auprès de Vincenzo Tozzi, maître de chapelle à Messine de 1648 à sa mort en 1675, poste qu’occupa Falvetti de 1682 à la fin de sa vie. Entre-temps, il fut maître de chapelle à Palerme et joua un rôle décisif dans la constitution d’une sorte de guilde des musiciens de la ville sicilienne, l’Union des musiciens de Sainte Cécile, officiellement créée en décembre 1679. Auteur de plusieurs ouvrages d’importance (La spada di Gedeone en 1678, Il diluvio universale en 1682), Falvetti compose donc Nabucco en 1683 sur un livret de Vincenzo Giattini, qui s’inspire lui-même du Livre de Daniel. Sans entrer dans les détails de l’histoire, il suffit de dire que l’action met en scène le roi Nabuchodonosor, le prophète Daniel ainsi que trois jeunes gens, Ananias, Azarias et Misaël, qui, jetés dans une fournaise pour n’avoir pas voulu adorer des idoles, en ressortirent sains et saufs.


Dès les premiers sons de l’orchestre, les courants de l’Euphrate s’ouvrent devant nous: on entend et on visualise même une superbe vague musicale lancée par la harpe et les deux théorbes, dont l’ampleur ne cesse de progresser, que rien ne semble pouvoir arrêter, inquiétante de prime abord jusqu’à ce qu’interviennent les sonorités surnaturelles des flûte et cornet, et plus encore les voix étincelantes de Mariana Flores et Capucine Keller (auxquelles répond l’excellente basse Matteo Bellotto). Le résultat est tout simplement merveilleux, la générosité et la chaleur qui s’en dégagent nous plongeant dans un rêve éveillé, la musique moyen-orientale envahissant la Chapelle royale aux ors baroques: qui a dit que la musique devait connaître des frontières? La souplesse de la direction de Leonardo García Alarcón sublime cette introduction, qui s’achève dans un diminuendo de toute beauté, précédant des récitatifs puis des airs où interviennent des instruments aussi étranges que le ney (grande flûte droite) et le duduk (instrument d’origine arménienne semble-t-il à anche double et aux sonorités sourdes), sans compter les percussions, admirablement tenues tout au long du concert par Keyvan Chemirani.


Dans le rôle-titre de Nabucco qu’il tenait déjà lors de la recréation de l’œuvre en septembre 2012, Fernando Guimarães est très bon et chante son rôle avec conviction, de même que Raffaele Pe, idéal en Arioco (l’air «Regi pupile»!). Mais l’impression la plus forte est certainement celle laissé par Alejandro Meerapfel, auquel est dévolu le personnage du prophète Daniel. Servi par une puissante et chaleureuse voix de basse, il incarne un personnage empli de sagesse: le passage où, du haut de la Chapelle, il répond en écho à Ananias, Azarias et Misaël (lancé par le tambourin et les flûtes, l’air «Offransi Inni di laudeal somme Dio» se muant en une sorte de danse d’une extraordinaire sensualité, nous entraînant presque dans une transe sonore digne des derviches tourneurs) fut un moment des plus intenses.


Côté voix féminines, Capucine Keller campe une très belle Superbia (le duo bondissant avec Idolatria intitulé «Di Nabucco in su le chiome», tout droit sorti de quelque souk arabe) mais ce sont sans aucun doute les «trois Grâces» que sont Caroline Weynants, Mariana Flores et Lucia Martín Cartón qui conférèrent à cette soirée tout son lustre et une grande partie de sa beauté. Qu’il s’agisse du mélancolique «S’al Dio d’Israelle» (lancé par l’envoûtant duduk puis repris par le chœur) ou du crépusculaire «Risolvo morire», leurs interventions groupées furent superbes, rehaussées par leur envie communicative de danser sur scène. Quant aux airs dévolus spécifiquement aux unes ou aux autres, l’air «La mia fede dal fuoco nasce» d’Azaria fut un véritable sommet; il en fut de même pour «Le facelle, che qui s’accendono», déclamé avec finesse par la jeune Lucia Martín Cartón.


Participant pleinement à la réussite de l’interprétation, le Chœur de chambre de Namur, qui interprétait le chœur des Chaldéens, fut irréprochable. Enfin, saluons la direction attentive de Leonardo García Alarcón, qui chanta du début à la fin avec ses solistes, et qui conduisit un orchestre où les timbres les plus divers (les cornets coexistant par exemple avec le galoubet, sorte de petite flûte à bec qui ne se joue que d’une main) nous projetèrent dans un monde que nous avons bien eu du mal à quitter! D’ailleurs, sitôt les dernières notes tombées, c’est un public enthousiaste comme rarement qui se leva pour saluer un concert en tous points exceptionnel.


Après deux bis – un extrait de l’oratorio de Falvetti Le Déluge universel et la reprise d’un air de Nabucco –, les solistes durent prendre congé d’un public qui, avouons-le, aurait bien souhaité que l’œuvre fût répétée in extenso. Un moment de grâce de ce genre ne se vivant que rarement, chacun aura pu mesurer la chance d’être présent ce soir!


Le site de Fernando Guimarães
Le site d’Alejandro Meerapfel
Le site de Raffaele Pe
Le site de Capucine Keller
Le site du Chœur de chambre de Namur
Le site de la Cappella Mediterranea



Sébastien Gauthier

 

 

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