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06/26/2014
Pascal Bouteldja : Un patient nommé Wagner
Symétrie, 314 pages (40 €)


Must de ConcertoNet





L’éditeur lyonnais Symétrie vient d’enrichir son magnifique catalogue consacré à des études très sérieuses de musicologie d’un ouvrage tout à fait original au sujet de Richard Wagner, le musicien qui à ce jour a fait couler le plus d’encre. Pas une biographie de plus mais un travail très singulier et documenté sur le compositeur allemand vu sous l’angle de sa santé. L’auteur, le médecin lyonnais Pascal Bouteldja, vice-président du Cercle Richard Wagner de Lyon, déjà auteur d’une bibliographie wagnérienne de langue française parue en 2008 chez Harmattan, a consacré en 1996 sa thèse de doctorat au «cas médical Wagner» et s’est laissé convaincre de retravailler son sujet sous forme d’un livre accessible à un lectorat non médical. Le résultat est tout à fait remarquable: la présentation avec ses trois parties bien tranchées et de nombreux encadrés permet une lecture très claire, exhaustive comme sélective, et comporte un précieux appareil bibliographique ainsi que des annexes permettant d’aller plus loin dans l’analyse des maladies et traitements qui ont jalonné l’existence de Wagner.


Le moins que l’on peut dire en lisant ce passionnant ouvrage est que Richard Wagner n’était pas un homme en bonne santé! S’il a certes échappé aux deux pathologies qui ont fait le plus de ravages dans sa génération, tuberculose et syphilis, sa vie n’en a pas pour autant été moins empoisonnée par de très nombreux maux notamment par la pathologie «fonctionnelle» qui, sans être vraiment attribuée à une maladie précise, occasionne un cortège de symptômes qui rendent le quotidien difficile. Ses points faibles: la peau, avec un érysipèle quasiment chronique, récurrent tout au long de sa vie de façon bien compréhensible avant la découverte des antibiotiques. Le tube digestif aussi et non sans raisons, la digestion étant le reflet exact de ce que l’on mange et comment on le mange. En cela, Wagner n’était pas un modèle d’hygiène de vie et de table! Les yeux aussi, avec des troubles oculaires bien connus à l’époque mais sans remèdes. Et la maladie coronarienne qui finit par emporter à 70 ans, âge qui paraîtrait aujourd’hui jeune, un organisme usé, à bout de forces.


Mais la plus grande faiblesse de Wagner, la lecture de cet ouvrage le confirme, fut bien le psychisme, très fragile, très inégal, chez cet éternel bohémien fuyant ses dettes et son passé politique sulfureux, prompt à s’exalter et en cela relançant les processus pathologiques: un cercle vicieux dans lequel le compositeur a tourné toute sa vie. Une grande tendance à se complaire dans la maladie et le recours perpétuel à la présence et aux avis médicaux se dessine tout au long de ce récit à une époque où ces avis étaient plus que variés, souvent fantaisistes, sans parler des traitements qui en l’absence d’efficacité ouvraient la porte à tous les charlatanismes. Un trait particulier de Wagner, qui tient à la fois à l’époque et à ses origines germaniques est sa fascination pour l’hydrothérapie alors florissante. Il semble qu’il ait goûté à toutes les eaux possibles et fréquenté toutes les grandes stations thermales de l’époque sans autre vrai bénéfice que le repos (quand les cures, qui paraissent aujourd’hui des traitements bien sadiques, le permettaient), sans parler de celui de l’éloignement.


L’étude de Pascal Bouteldja se divise en trois parties, la première («Le malade») étant une «biographie médicale» qui reprend pas à pas la vie de Wagner vue sous l’angle médical: elle se lit comme une biographie romancée (au bon sens du terme) et est tout à fait conseillée comme première approche à qui n’aurait rien lu sur la vie de Wagner. Les sources utilisées (certaines inédites en langue française) sont, en s’en doute, de première main, son autobiographie (Ma Vie), journal, le sien, celui de Cosima à la fin de sa vie, les correspondances et témoignages de médecins consultés. C’est véritablement la partie la plus passionnante de l’ouvrage. La deuxième partie, intitulée «L’homme», plus spécialisée, aborde de façon détaillée les différentes maladies et traitements. La troisième («Le patient») détaille les rapports entre Wagner et la maladie, la médecine et ses médecins. De nombreux appendices et encadrés sur maladies, traitements, villes de cure, tendances médicales, permettant au lecteur désireux de le faire d’aller plus loin dans l’analyse médicale du «cas Wagner». L’éclairage sur la médecine de l’époque est admirable et en cela l’ouvrage est formidablement documentaire.


Dans sa préface, Christian Merlin met en garde contre la tentation de séparer l’artiste de l’homme, tout particulièrement dans le cas de Richard Wagner «à prendre ou à laisser en bloc». C’est aussi notre conclusion au sortir de cet ouvrage. Il s’avère en effet qu’un homme ne ressort pas grandi, présenté sous l’angle de ses faiblesses.


Olivier Brunel

 

 

 

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