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CD, DVD et livres: l’actualité de novembre
11/15/2019


Au sommaire :

Les chroniques du mois
En bref
ConcertoNet a également reçu





Les chroniques du mois





Must de ConcertoNet


    Sina Kloke interprète Enesco


    L’Ensemble Zefiro


    Jason Vieaux et le Quatuor Escher



 Sélectionnés par la rédaction


    Le violoncelliste Aurélien Pascal


    Igor Levit interprète Beethoven


    Christophe Rousset dirige Faust


    Le Duo Controversia





 Oui !

Sonya Yoncheva chante Haendel
Giuseppina Bridelli chante Haendel et Porpora
Laurence Cummings dirige Haendel
Le contre-ténor Xavier Sabata
La Redoutable veuve Mozart d’Isabelle Duquesnoy
Opéra. Passion(s) et controverse(s) de Peter de Caluwe
Œuvres de Félicien David
Le pianiste Rudolf Firkusný
La pianiste Judith Jáuregui
Musique bretonne aux confins du XVIIIe
Martin Helmchen interprète Messiaen
John Eliot Gardiner dirige Beethoven



Pourquoi pas ?

Anna Kasyan chante Haendel
Julia Böhme chante Haendel et Vivaldi
Nura Rial et Dima Orsho
Leonardo da Vinci, la musique secrète
Œuvres de Durosoir et Hersant
Daniil Trifonov interprète Rachmaninov
Regards sur Carl Nielsen de Jean-Luc Caron
Matteo Fossi interprète Debussy
Jonas Vitaud interprète Debussy
Simon Rattle dirige Bruckner
Jean-Luc Ayroles interprète Messiaen
Patrick Beuckels interprète Bach
L’organiste Pascal Vigneron
Le Duo Chilemme-Gouin interprète Schubert



Pas la peine

Andris Nelsons dirige Beethoven
Raphaël Pidoux interprète Haydn
Improvisations de Karol Beffa
George Li interprète Tchaïkovski et Liszt




En bref


Pour mieux connaître Carl Nielsen
Pour mieux connaître Félicien David
Gardiner: un Beethoven révolutionnaire et romantique
Bach et Beuckels, une histoire de B
Trifonov au terme de son itinéraire Rachmaninov
Debussy, du berceau jusqu’au tombeau
La solution offensive de Peter de Caluwe
Rudolf Firkusný, musicien tchèque
Le Haydn tout confort de Raphaël Pidoux
Nelsons n’innove pas dans Beethoven
Rattle n’innove pas dans Bruckner
Deux regards sur les Vingt Regards
Bretagne 1800



Pour mieux connaître Carl Nielsen





Dans Regards sur Carl Nielsen et son temps. Trait d’union entre tradition et modernité, Jean-Luc Caron aborde différents aspects de la vie et de l’œuvre du compositeur danois. L’ouvrage compile, en trente-six chapitres, des textes précédemment publiés, pour la plupart, sur le site ResMusica. La lecture peut donc s’effectuer dans l’ordre voulu, en fonction de ses besoins ou de ses centres d’intérêt, ce qui vaut mieux compte tenu des redites. Fort bien documenté, l’auteur examine de façon détaillée l’homme – sa famille, sa personnalité, sa jeunesse, sa passion imprudente de l’automobile – autant que le compositeur – les influences, les débuts, les genres abordés, le langage, l’orchestration, l’interprétation de sa musique. Certains chapitres abordent des considérations générales, d’autres se concentrent sur un corpus entier, comme les Quatuors à cordes, ou un interprète (Furtwängler, Karajan, Svendsen, également compositeur), mais bon nombre d’entre eux se révèlent assez pointus. L’auteur n’hésite pas à consacrer, par exemple, un texte entier sur une œuvre hors des sentiers battus, telle que les Fantaisies pour hautbois et piano. Aussi, si le premier chapitre consiste classiquement en une biographie synthétique, le suivant aborde la figure méconnue de Balduin Dahl qui favorisa la carrière du jeune Nielsen. La manière d’approcher les œuvres présente, en outre, un certain intérêt, tel chapitre analysant les mouvements lents ou les allegros des Symphonies, par exemple, tel autre l’utilisation des percussions. Ces quatre cents pages forment donc une source d’informations considérable, complétée par plusieurs bibliographies, placées après la plupart des textes, et non regroupées à la fin. Malheureusement, cet ouvrage suscite une impression mitigée et nous procure peu de plaisir. Bien qu’abordable, il souffre d’un style banal, voire relâché, de coquilles typographiques, qu’une relecture attentive aurait pu éliminer, d’une répartition en paragraphes déséquilibrée et peu judicieuse, d’un emploi trop souvent déficient de la ponctuation. L’absence d’illustrations et d’exemples musicaux renforce notre frustration de ne pas posséder sur ce compositeur majeur et fascinant une référence plus réjouissante et à laquelle nous aimons revenir. Mais il faut reconnaître que ce livre représente un travail de longue haleine, sans nul doute (L’Harmattan, 400 pages, 39 euros). SF




Pour mieux connaître Félicien David





Après Gouvy, Dubois et Jaëll, la collection «Portraits» du Palazzetto Bru Zane s’enrichit d’un quatrième volume, consacré à Félicien David (1810-1876). La fondation vénitienne avait déjà contribué à la redécouverte de son opéra Herculanum et de dix-huit de ses mélodies, améliorant ainsi la (re)connaissance d’une œuvre à laquelle ont également contribué d’autres éditeurs ces dernières années (Les Quatre Saisons, Lalla-Roukh, Le Désert, Quatuors, musique de chambre). Fidèle au format des précédentes publications de cette série (trois disques copieusement remplis sertis dans un livre richement documenté), ce volume offre un très large panorama de genres et de formes, permettant d’abord de retrouver l’«ode-symphonie» Christophe Colomb (1847) telle que donnée en décembre 2014 sous la direction de François-Xavier Roth, qui anime avec de bons chanteurs (Josef Wagner, Chantal Santon, Julien Behr) et l’excellent Chœur de la Radio flamande cette sorte d’oratorio avec récitant à la naïveté touchante, évoquant parfois un sage Berlioz (auquel il succéda à l’Institut) mais plus souvent le jeune Bizet. Hervé Niquet et le Philharmonique de Bruxelles témoignent de l’intérêt de David tant pour l’opéra-comique, avec l’Ouverture de La Perle du Brésil (1851), que pour le grand opéra, avec Le Jugement dernier (1859), impressionnante scène berliozienne qui devait originellement conclure Herculanum. Même si elle reste fidèle aux grandes références germaniques, de Haydn à Mendelssohn, la Troisième Symphonie (1841) tient moins de l’exercice de style que, quelques années plus tard, les symphonies de Gounod et les premières symphonies de Saint-Saëns. Le chef français et le chœur flamand donnent également les 6 Motets religieux (1830), qui témoignent du métier du jeune compositeur provençal s’apprêtant à monter à Paris. Sept mélodies, confiées à Cyrille Dubois et Tristan Raës, montrent un talent certains dans le genre bien français de la romance (Le Ramier, Eoline), mais aussi un attachement aux références orientales (L’Egyptienne, Tristesse de l’odalisque) ou une inspiration politique (Cri de charité, Le Rhin allemand) tandis que Le Jour des morts (près de 10 minutes) ressortit davantage au style du lied. David Violi, Pascal Monlong et Pauline Buet rendent justice au charmant caractère de Hausmusik du Premier (1857) des trois Trios avec piano (déjà enregistré autour de Christophe Coin chez Laborie). Enfin, Jonas Vitaud propose trois pièces du recueil Les Brises d’Orient (1836) et trois courtes pages isolées, la quatrième «mélodie-valse» Doux souvenir (1856), la rêverie Le Soir (1864) et un Allegro agitato (1864) conçus pour le plus grand plaisir des salons (Ediciones singulares ES 1028). SC




Gardiner: un Beethoven révolutionnaire et romantique





Les nouveautés de cette «année Beethoven» qui se prépare comporteront certainement leur lot de succès – les Sonates par Igor Levit – et de déconvenues – les Symphonies par Andris Nelsons. Pour ce qui est des rééditions, celle des enregistrements de John Eliot Gardiner est assurément à marquer d’une pierre blanche. En 1989, il avait fondé l’Orchestre Révolutionnaire et Romantique pour se lancer dans cette vaste entreprise beethovénienne, entamée avec les deux messes – belle Solemnis, à la fois intense, dramatique et recueillie – et conclue treize ans plus tard avec le Concerto pour violon (avec Viktoria Mullova). Entre-temps, c’est surtout une intégrale des Symphonies, réalisée (pour partie en public) entre novembre 1991 et mars 1994, qui avait étonné et divisé au moment de sa parution, mais qui, avec le recul des ans, va bien au-delà des effets de mode ou de l’irritation qu’elle avait alors pu susciter. Malgré une approche résolument originale et volontariste, on n’y trouvera en effet ni les limites techniques de certaines autres interprétations sur instruments «anciens» – même si les bois apparaissent un peu verts dans les tutti et les cors parfois à la peine, la sonorité ne semble jamais étriquée – ni le radicalisme de certains autres sur instruments «modernes», à commencer par Harnoncourt: certes, l’énergie et l’élan y sont, et plutôt deux fois qu’une, mais sans brutalité ni sécheresse. Dans cet esprit, la réussite est particulièrement éclatante dans les Troisième «Héroïque» et Cinquième – on a l’impression de percevoir le choc que les auditeurs du XIXe, à commencer par Berlioz, ont pu ressentir en découvrant cette musique. La véhémence astringente de la Neuvième (en moins d’une heure!) va sans doute un peu loin, mais la démarche est toujours cohérente, souvent passionnante, rarement décevante. Gravée entre janvier 1995 et novembre 1997, la musique concertante avec piano a pour elle une vision particulièrement exhaustive – incluant la Fantaisie chorale (avec deux variantes pour l’introduction en solo) et le Rondo en si bémol – mais souffre du pianoforte de Robert Levin, grêle et, surtout, trop envahissant dans ses cadences et ornementations cabotines. Le Léonore de septembre 1996 traduit aussi une conception très personnelle, tant dans le fait de confier les dialogues parlés à un récitant que dans la réalisation de la partition (un compromis entre les versions de 1805 et 1806), mais l’emporte sans peine sur l’enregistrement récent de Jacobs (voir ici). La réédition est exhaustive au point d’inclure un disque... sans Gardiner, mais avec quelques-uns de ses musiciens dans des versions chambristes de la Deuxième Symphonie et du Quatrième Concerto, et un autre disque où, durant une vingtaine de minutes, le chef justifie, en anglais, en allemand et en français, sa démarche, exemples musicaux à l’appui (coffret de quinze disques Archiv Produktion 483 7269). SC




Bach et Beuckels, une histoire de B





«Il n’y a pas que la badinerie dans la vie!» pourrait être le «slogan» de cet excellent disque. Car lorsqu’on pense au traverso chez Bach, c’est immédiatement au célèbre mouvement concluant la Deuxième Suite pour orchestre que l’on songe, éventuellement au Concerto pour flûte, violon et clavecin ou à certains airs tirés de telle ou telle cantate ou de l’Oratorio de Pâques. Sous le titre «Flauto accompagnato», l’excellent Patrick Beuckels – le flûtiste du Collegium Vocale de Gand! – et l’Ensemble Café Miry nous offrent ici un panorama de la flûte traversière chambriste chez Bach avec un disque ô combien séduisant. On chemine ainsi de la Sonate BWV 1034 (qui a sans doute été composée à l’époque où Bach était à Köthen, donc entre 1717 et 1723) à la Sonate en trio BWV 1039, qui existe également dans sa version pour viole de gambe et clavecin, en passant par la plus aboutie Sonate BWV 1030 sans oublier (car, comme les trois mousquetaires, il y en a quatre...) la Sonate BWV 1038 à la facture et aux proportions plus confidentielles. Nous ne parlerons pas de «technique» ici dans la mesure où, à aucun moment, celle-ci ne se fait sentir, les cinq musiciens requis jouant avec une aisance et un naturel qui font la première qualité de ce disque. La Sonate BWV 1034 met en exergue toutes les potentialités de ces œuvres grâce à un premier mouvement tout en rebonds (la viole de gambe de Romina Lischka prenant le relais du clavecin avec une fluidité admirable), la viole dominant l’Andante dans une atmosphère doucement rêveuse avant que le clavecin virtuose d’Elisabeth Joyé ne se taille la part du lion aux côtés de la flûte, véritable primus inter pares. Sans jamais tirer la couverture à soi, Patrick Beuckels dirige l’ensemble dans une symbiose qui trouve son aboutissement dans le magnifique duo des flûtes (Beuckels étant rejoint par le flûtiste japonais Toshiyuki Shibata) au début de la Sonate BWV 1039, le dialogue tenant aussi bien sur des sons filés que sur des appogiatures qui permettent de sans cesse susciter l’intérêt (l’Allegro ma non presto) et de faire entendre des timbres nouveaux. On ne l’avait pas entendu jusque-là mais tirons notre chapeau au violon de Dirk Vandaele qui domine, plus encore que la flûte, la Sonate en trio BWV 1038; les instruments prennent leur temps pour chanter, s’appuyant pour ce faire sur de longues sonorités (l’Adagio), avant que le Presto ne conclue la sonate sur un style beaucoup plus concertant. Nous avions conservé un très bon souvenir de la Sonate BWV 1030 par Hugo Reyne, Emmanuelle Guigues et Pierre Hantaï (Mirare), Reyne recourant pour ce faire à une flûte ténor dont le timbre chaleureux s’avérait particulièrement adéquat. Registre plus aigu de fait ici mais pas sans intérêt, bien évidemment; le Presto gagne peut-être en modernité dans les sons et l’articulation, mais nous préférons l’Andante chez Reyne qui s’avère plus enjôleur. Signalons enfin que le disque est complété par la Toccata de la Sixième Partita dans laquelle brille de nouveau le clavecin d’Elisabeth Joyé. Bref, aucun doute à avoir: Bach par Beuckels et sans badinerie – que du bon (Hortus 168)! SGa




Trifonov au terme de son itinéraire Rachmaninov





Après «Départ» (Deuxième et Quatrième Concertos), la série «Destination Rachmaninov» que Daniil Trifonov, après avoir auparavant publié la Rhapsodie sur un thème de Paganini mais aussi les Trios, consacre aux concertos parvient à son terme, fort logiquement, avec ce second album, même si, du coup, «Arrivée» se situe au début (Premier) et au milieu (Troisième) de la carrière du compositeur russe... Inutile de dire que le pianiste ne fait qu’une bouchée des redoutables difficultés du Premier et, plus encore, du Troisième (enregistré en public), tant, avec une apparente facilité, il semble littéralement survoler la partition: les traits fusent en souplesse, la sonorité ne pèse jamais, les attaques sont dépourvues de brutalité, mais cette médaille apollinienne, qui a en outre pour mérite de ne pas exagérer l’expression dans cette musique trop souvent défigurée par des excès, n’est pas sans revers: en fin de compte, tout cela présente assez peu d’aspérités et peine parfois à soutenir l’intérêt. Le programme est complété par les deux bis que Trifonov avait interprétés au cours de récent récital parisien, à savoir ses propres arrangements du premier mouvement des Cloches et de la fameuse Vocalise. Tout au long de ce «voyage», Rachmaninov était resté un peu chez lui, puisque c’est avec l’Orchestre de Philadelphie qu’il avait enregistré ces œuvres dans les années 1930 (sous la direction de Stokowski et Ormandy): aujourd’hui, on sent que l’orchestre piaffe sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, comme s’il aurait préféré être associé à un pianiste plus expansif (Deutsche Grammophon 483 6617). SC




Debussy, du berceau jusqu’au tombeau


          
                    


Le centenaire de la mort de Debussy, en 2018, a fourni l’occasion de revisiter son œuvre sous des angles parfois originaux. Ainsi de ces trois parutions, dont les deux premières s’intéressent au début de sa carrière tandis que la troisième trouve son inspiration dans l’hommage que lui rendit Falla un an après sa mort.
Dans «Le Jeune Debussy», Matteo Fossi (né en 1978) couvre essentiellement les années 1890 mais va jusqu’à 1904, donc après Pelléas – le compositeur est alors âgé de 42 ans. Trois importants recueils – Suite bergamasque, Pour le piano, Estampes – alternent avec de courtes pages souvent délaissées (Rêverie, Danse, Ballade, Valse romantique, Mazurka, D’un cahier d’esquisses, Masques), le tout dans un minutage très généreux. Le démarrage inquiète – un Prélude bien empesé et maniéré pour la Suite bergamasque – mais on ne tarde pas à être rassuré, le Fazioli moelleux distillant des notes capiteuses, manquant peut-être d’aspérités, sans doute plus fin de siècle que préfigurant la maturité et la modernité visionnaire, mais en tout cas dans une approche qui bénéficie d’atours riches et séduisants (Editions Hortus 152).
Dans «Debussy. Jeunes années», Jonas Vitaud (né en 1980) choisit un spectre chronologique moins large (de 1885-1887 pour les Ariettes oubliées à 1898 pour les Chansons de Bilitis) mais une plus grande variété de genres: piano solo (Suite bergamasque, Mazurka, Seconde Arabesque, Images oubliées, arrangement du Prélude à l’après-midi d’un faune), à quatre mains (Petite suite avec Roustem Saïtkoulov) ou avec orchestre (Fantaisie, accompagnée par l’Orchestre Sécession dirigé par Clément Mao-Takacs), mais aussi mélodies (Ariettes oubliées avec Sébastien Droy, Chansons de Bilitis avec Karine Deshayes). Si le Debussy du pianiste français est plus idiomatique et familier que celui de son confrère italien, il n’en offre pas moins de satisfactions, davantage de grâce et de clarté, quelque chose sans doute de l’air du temps, entre Fauré et Chabrier. Pour autant, on a l’impression qu’il s’épanouit davantage dans la Fantaisie, brillante et juvénile, comme accompagnateur très investi d’excellents chanteurs ou dans son arrangement du Prélude à l’après-midi d’un faune dont la profusion écarte toute tentation de n’y voir qu’une réduction (album de deux disques Mirare MIR 392).
Enregistrée en public dans les salons d’un hôtel viennois, Judith Jáuregui (né en 1985) intitule son récital «Pour le tombeau de Claude Debussy», titre de la pièce que Falla écrivit en 1920, deux ans après la mort du compositeur, pour contribuer à un recueil collectif d’hommages auquel collaborèrent par ailleurs Bartók, Dukas, Goossens, Malipiero, Ravel, Roussel, Satie, Schmitt et Stravinski. Autour de Falla et, bien sûr, Debussy (Estampes, L’Isle joyeuse), la pianiste espagnole a bâti un programme où la présence de Chopin (Andante spianato et Grande polonaise brillante), qu’il admirait, et celle de Liszt (Seconde ballade), qu’il rencontra à Rome, ne doivent pas surprendre, tandis que le trop rare Mompou conclut comme un bis, écrit l’année même de la mort de Debussy («Jeunes filles au jardin», dernière des cinq Scènes d’enfants). Non seulement, malgré une prise de son un peu sourde, elle confère un relief admirable à un Bösendorfer plein de caractère mais, surtout, elle se montre en parfaite empathie avec les œuvres, par son sens infaillible du discours et de la narration. Et si elle cède, dans la notice, au poncif, qui plus est erroné, d’un Debussy «impressionniste», nul flou dans son jeu, mais, au contraire, une entière lisibilité des différents plans, préservée de tout excès analytique par un toucher d’un raffinement souverain. Assurément une artiste dont il faudra suivre attentivement les prochaines publications (Ars Produktion ARS 38 558). SC




La solution offensive de Peter de Caluwe





Dans Faire vivre l’opéra, paru l’an dernier chez Actes Sud, Bernard Foccroulle livrait ses réflexions sur l’opéra aujourd’hui, le genre, sa représentation, son rôle dans la société. Son successeur à la Monnaie, Peter de Caluwe, procède de même dans Opéra. Passion(s) et controverse(s), un autre livre d’entretiens, avec, cette fois, Stéphane Renard. Livrant sa pensée avec franchise et honnêteté, le directeur expose son approche, qu’il qualifie lui-même d’offensive, de l’opéra, pour lui un art politique et non un simple divertissement, le scandale ne devant toutefois pas demeurer gratuit ou stérile. Chaque production doit refléter quelque chose de notre époque, au risque de déplaire, ce qu’il assume. Peter de Caluwe revient ainsi sur des spectacles qui marquèrent les esprits, comme cette Flûte enchantée qui fâcha beaucoup en 2018 et cette Traviata qui choqua bien des spectateurs six ans plus tôt. L’intendant privilégie le travail d’équipe, malgré les difficultés de concilier les égos, et n’hésite pas à se tourner vers des artistes plasticiens pour mêler les disciplines et ouvrir les perspectives. Il ne cache pas certains traits de sa personnalité qui peuvent paraître déplaisants. Le livre possède ainsi un ton plus direct, moins intellectuel, plus engagé, moins policé, en somme, que celui de l’ancien directeur du festival d’Aix-en-Provence. Toutefois, le fond de leur pensée se rejoint, tous deux s’accordant au moins sur un point: la culture doit rester un des fondements de la société. Les habitués de la Monnaie opineront donc de la tête à la lecture de ce bref ouvrage, mais il ne semble pas certain que les détracteurs de Peter de Caluwe ou ceux privilégiant une approche plus traditionnelle de l’opéra soient totalement convaincus. Il ne faut pas s’attendre à un témoignage de premier ordre sur le fonctionnement complexe d’une maison d’opéra, qui regroupe un nombre élevé de corps de métier différents, ce qui aurait été intéressant, mais cette publication permet de mieux comprendre cette personnalité et de mieux saisir sa vision. Le livre contient également trois textes du directeur sur des productions emblématiques, cette Flûte, cette Traviata et aussi Foxie!, ainsi qu’un cahier central d’illustrations de seize spectacles parmi les plus marquants de son mandat, Le Grand Macabre, Les Huguenots , Lulu , Le Coq d’or, entre autres (Racine, 128 pages, 19,95 euros). SF




Rudolf Firkusný, musicien tchèque





Tempus fugit: voici exactement un quart de siècle, déjà, que Rudolf Firkusný (1912-1994) nous a quittés. C’est l’occasion de se souvenir du pianiste, professeur (notamment à la Juilliard) et compositeur morave (naturalisé américain), élève de Janácek, Suk et Kurz, qui s’installa à New York après avoir fui l’Europe (nazie) puis la Tchécoslovaquie (communiste), où il ne revint qu’après la «Révolution de velours». En près de cinquante ans, il a beaucoup enregistré pour de très nombreux éditeurs (Decca, Deutsche Grammophon, EMI, Supraphon, Vox...) mais c’est sans doute aux Etats-Unis avec Columbia/CBS (1949-1954 et 1975-1976) puis RCA (1965 et 1988-1993) que sa collaboration fut la plus régulière et la plus abondante: son dernier disque, publié quatre mois après sa mort, fut intitulé «Hommage» – il regroupait les Deuxième, Troisième et Quatrième Concertos de Martinů qu’il avait créés en son temps (étant en outre commanditaire et dédicataire du Troisième) – mais l’ultime témoignage date de décembre 1993, dans trois courtes pages de Dvorák données salle Smetana pour le concert du centenaire de la Symphonie du nouveau monde. Sony réédite l’intégralité de ce legs des éditeurs américains en un coffret de plus de 17 heures de musique qui, suivant la pratique désormais courante et bienvenue, s’attache à reproduire les pochettes d’origine des 33 tours puis des CD. Le principe va toutefois encore plus loin ici, puisque le parti pris a été poussé jusqu’à conserver l’intégralité des programmes, y compris les œuvres dans lesquelles Firkusný ne joue pas, comme Knovxille: Summer of 1915 de Barber (par sa commanditaire et créatrice, Eleanor Steber) ou bien la Symphonie en ré mineur de Franck (dirigée par Claus Peter Flor).
Ces rééditions confirment que l’association du pianiste tchèque à la musique de son pays n’est pas un cliché ou une vue de l’esprit: onze des dix-huit disques y consacrés, au prix d’un nombre assez important de doublons... entre lesquels, fort heureusement, il est généralement assez difficile de choisir: ainsi d’un Szell survolté en 1954 ou d’un Neumann impérial en 1990 pour l’accompagner dans le Concerto pour piano de Dvorák, deux des quatre (!) enregistrements en studio de Firkusný dans cette œuvre, ou bien des versions 1953-1954 ou 1989/1991 pour les cycles et les concertos de Janácek (qui s’ajoutent à la version de 1971 pour Deutsche Grammophon!). Même le Quatuor Ridge ne démérite pas en 1990 dans le remake du Second Quintette avec piano de Dvorák réalisé en 1975 avec le Quatuor Juilliard. Quelques doublons, mais une lacune: pas de Smetana, hélas, gravé sous d’autres étiquettes. Mais il y a de quoi se consoler amplement avec des références aussi émouvantes qu’absolues, tels ce récital de mélodies avec Gabriela Benacková et ces albums miraculeux consacrés à Martinů, dont il fut si proche: les trois Sonates pour violoncelle et piano avec Janós Starker (il avait créé la Première avec Pierre Fournier en 1939), les concertos susmentionnés et différentes pièces en solo, à commencer par le diptyque Fantaisie et Toccata que le compositeur lui destina aux pires heures de 1940; mais quelle frustration qu’il n’ait laissé qu’une grosse moitié des Etudes et polkas!
Hors du domaine tchèque, les Mozart, Schubert (il n’a pas rencontré Schnabel pour rien), Schumann et Chopin du début paraissent moyennement aimables, un peu secs et carrés, sans chichis, au point d’être presque dépourvus d’affects, et desservis, malgré la remastérisation, par une prise de son ancienne. En outre, le choix des partenaires ne se révèle pas toujours heureux, qu’il s’agisse du style et de la technique improbables du violoniste Tossy Spivakovsky (1906-1998), pourtant ancien Konzertmeister du Philharmonique de Berlin et de l’Orchestre de Cleveland, voire de la prestation du grand Gregor Piatigorsky (1903-1976), peut-être un peu tard dans sa carrière (1965) pour les sonates de Chopin et Prokofiev. En revanche, on ne l’attendait sans doute pas dans les Excursions de Barber ou, sous la baguette du compositeur, dans le Concerto de Hanson (en sol, comme celui de Dvorák...) qu’il avait créé avec Koussevitzky, mais ces pièces américaines de la seconde moitié des années 1940 lui réussissent fort bien (19075922812). SC




Le Haydn tout confort de Raphaël Pidoux





Les deux Concertos pour violoncelle de Haydn figurent depuis longtemps parmi les chevaux de bataille des violoncellistes du monde entier, le côté chantant de l’ut majeur ouvrant la voie au plus brillant majeur. C’est là au tour de Raphaël Pidoux de s’y frotter dans cet enregistrement réalisé au mois de septembre 2018, dans l’excellente salle qu’est le TAP (Théâtre Auditorium de Poitiers). S’y frotter? En fin de compte, on devrait plutôt dire s’y lover voire s’y complaire tant cette interprétation manque d’aspérité, de relief, de plaisanterie, en un mot d’imagination. Le violoncelliste français aborde le Premier Concerto avec une prudence qui ne permet même pas à son violoncelle (un instrument du facteur Goffredo Cappa, comme en possède également Jean-Guihen Queyras) de bénéficier de cette tranquillité technique pour chanter pleinement. Si le deuxième mouvement est bien fait, avouons tout de même un ennui rapide alors que là aussi, il y aurait tant à dire! Heureusement que le Finale. Allegro molto trouve enfin une verve attendue, grâce principalement à un excellent ensemble, le Jeune Orchestre de l’Abbaye (aux Dames de Saintes), où les deux cors sont particulièrement bien mis en valeur (comme à la fin du premier mouvement d’ailleurs). Le Second Concerto offre une atmosphère plus chambriste que le Premier: l’introduction orchestrale de l’Allegro moderato initial frappe immédiatement l’auditeur par sa délicatesse. Si le violoncelle ne démérite pas, l’esprit fait tout de même trop souvent défaut chez le soliste alors que, paradoxalement, Pidoux sait en insuffler à l’orchestre! L’Adagio manque là aussi d’une petite dose de lyrisme, l’acidité des timbres du violoncelle prenant trop souvent le dessus, ce qui remise quelque peu les efforts d’interprétation qui sont pourtant ici bien réels. Le troisième mouvement (un Rondo. Allegro) est le plus réussi, légèrement dansant, presque sur un rythme de sicilienne. Pour autant c’est trop peu pour recommander un disque de facture moyenne et dont le principal mérite est de nous faire entendre un orchestre qui, en l’espèce, suscite un véritable intérêt. Compte tenu du minutage on ne peut plus chiche de ce disque (47’07), que ne l’a-t-on pas sollicité pour le compléter avec une symphonie de Haydn? Une prochaine fois peut-être (NoMadMusic NMM064)... SGa




Nelsons n’innove pas dans Beethoven





On pouvait bien se douter que toutes les nouveautés destinées à marquer la prochaine «année Beethoven» ne seraient pas toutes du niveau de l’intégrale des Sonates par Igor Levit, tant il paraît difficile, sinon de faire mieux que les nombreuses références existantes, du moins déjà d’essayer de proposer quelque chose d’un tant soit peu différent. On ne sait dès lors ce qu’on attendait de cette intégrale des Symphonies confiée à Andris Nelsons (né en 1978) mais en tout cas certainement pas une telle déconvenue. Dans un emballage aux couleurs aussi laides que criantes, ces enregistrements effectués entre mars 2017 et avril 2019 – apparemment (pour partie au moins) en public, même si la notice ne le précise pas – consternent quasiment de bout en bout. Dès les Première et Deuxième, le ton est donné: une allure pour le moins modérée – comment peut-on encore jouer de nos jours l’Andante de la Première aussi lentement alors que l’indication de tempo précise pourtant cantabile con moto? – et un Philharmonique de Vienne dont la pâte orchestrale évoque bien davantage l’épaisseur du Philharmonique de Berlin d’il y a quarante ans. Après une Troisième grandiose (près de 53 minutes), la Quatrième souffre d’un excès de puissance (et de choix vraiment contestables – les trois accords conclusifs du Scherzo!). Il ne se passe rien dans la Cinquième – un comble! – et la Sixième «Pastorale» reste placide, au mieux d’une pesante générosité. Certes toujours très solidement assise et malgré un Allegretto à 60-63 environ, la Septième réserve la seule bonne surprise de cet ensemble, notamment les deux derniers mouvements, qui trouvent enfin un certain enthousiasme et, surtout, cette énergie motrice si indispensable à Beethoven. La Huitième, bien musclée, conserve de l’intérêt, mais la Neuvième conclut de manière fort triste et ordinaire, atone et dépourvue d’enjeux, avec, en la personne de Klaus Florian Vogt, l’une des plus étranges incarnations de la partie de ténor. Du Beethoven «à l’ancienne», dans le plus mauvais sens – routinier, poussiéreux, vieillot, ringard – de l’expression, car dans les temps anciens, la puissance voire l’épaisseur de l’orchestre étaient portées par une toute autre flamme. Qu’un Barenboim ou un Thielemann, de nos jours, cultivent (sans doute mieux) une telle esthétique, pourquoi pas, mais on n’attendait vraiment pas cela de Nelsons (coffret de cinq disques ou édition «de luxe» sous forme de livre comprenant en outre un Blu-ray audio Deutsche Grammophon 483 7071). SC




Rattle n’innove pas dans Bruckner





Voilà un disque a priori paradoxal! Car si son intérêt musical, comme on va le voir, est assez limité, son importance musicologique ne doit en revanche pas être mésestimée. Il s’agit en effet là, nous dit la notice, du premier enregistrement de la Sixième Symphonie de Bruckner dans la toute nouvelle édition établie par le musicologue Benjamin-Gunnar Cohrs, publiée à Vienne en 2016. Première? Voilà une affirmation bien... fausse puisque, sauf erreur, c’est également cette édition qu’a choisie Rémy Ballot pour son propre enregistrement de la Sixième chez Gramola, issu d’un concert donné en la basilique Saint-Florian à l’été 2016 (voir ici). Sir Simon n’est donc pas pionnier en la matière! Côté musical, avouons que nous n’avons jamais été convaincu par le Bruckner de Sir Simon Rattle, y compris à la tête du Philharmonique de Berlin, dont la tradition brucknérienne n’est pourtant plus à démontrer (voir ici); cette Sixième ne changera guère la donne dans ce disque, témoignant de deux concerts donnés au Barbican les 13 et 20 janvier 2019. D’emblée, le tempo rapide et la légèreté de l’approche (un cor solo presque timide...) nous présentent un Bruckner plutôt inhabituel où l’absence de régularité métronomique (l’emballement de la flûte à 5’56) et le manque de tension dans la pulsation initiale privent de toute grandeur le Majestoso initial. En dépit d’une excellente petite harmonie, on regrette surtout la faible densité des cordes et le manque tout aussi patent de grandeur à la fin de la coda (au surplus extrêmement pesante dans ses derniers instants). Le deuxième mouvement est très réussi grâce à de beaux pupitres de cordes, notamment les violoncelles, et, nouveau paradoxe, à l’approche souhaitée par Rattle où l’on retrouve peut-être là ses affinités avec l’œuvre de Mahler. Car le manque de cohérence que nous regrettions dans le mouvement initial permet au contraire de faire vivre l’Adagio. Sehr feierlich en lui conférant des couleurs extrêmement variées qui lui ôtent toute uniformité lassante, la sortie du mouvement vers davantage de clarté (à rebours de l’option plus dramatique voulue par exemple par un Mariss Jansons) étant particulièrement bien conduite. Le troisième mouvement manque singulièrement de vigueur, Rattle ayant pris l’indication nicht schnell un peu trop au pied de la lettre, le beau Trio ne rachetant pas pour autant l’ensemble qui s’essouffle bien vite. Le Finale: Bewegt, doch nicht zu schnell retrouve la diversité appréciée dans le deuxième mouvement, l’orchestre sa parant de ses plus beaux atours (quels pupitres de cuivres qui, enfin, osent se lâcher un peu!) pour conclure une symphonie dont la discographie demeure à nos yeux inchangée (SACD LSO Live LSO 0842). SGa




Bretagne 1800





Même si elle évoque le travail d’un François Lazarevitch, voilà une publication qui ne laisse pas de surprendre. Cet album «Musique bretonne aux confins du 18e siècle» a été entièrement conçu par Roland Becker (né en 1957), un sonneur, ethnomusicologue et compositeur morbihannais, comme son nom ne l’indique pas, qui se dévoue depuis de longues années à la musique de son pays. On voit ici à l’œuvre le travail multidisciplinaire – musicologique, instrumental, historique, sociologique, artistique – d’un passionné en vue d’une réalisation «totale», embrassant l’ensemble des dimensions de son sujet. Le point de départ réside dans la collecte par un prêtre, Joseph Mahé (1760-1831), de 285 airs populaires du Morbihan, partiellement publiés en 1825 et dont le manuscrit intégral n’a été découvert qu’en 1945. Entouré de très nombreux musiciens, chanteurs et comédiens, Becker en propose une réalisation à l’instrumentarium particulièrement soigné, de la bombarde à deux clefs en si bémol à la veuze (sorte de cornemuse) en la en passant par la «pierre sonnante dite de saint Gildas». Il aurait pu se contenter d’en rester à cette reconstitution musicale mais celui qui se définit comme un «brocanteur et sculpteur de sons» a choisi de la mettre en scène afin d’évoquer, en onze tableaux regroupant parfois jusqu’à onze de ces airs, la vie quotidienne de l’époque («Danse sur une nouvelle aire», «La Course de chevaux», «La Fête du moulin», «A l’issue de la messe», «La Place du marché», etc.), à l’aide de différents effets sonores et bruits d’ambiance. Et pour parachever cette entreprise exemplaire, le livret, richement documenté, est illustré principalement par les tableaux et gravures d’Olivier Perrin (1761-1832), peintre du monde paysan breton (Coop Breizh/Oyoun Muzik CD 1167/DB 15). SC




Deux regards sur les Vingt Regards


          


Peu nombreux sont ceux qui relèvent le défi des Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus (1944) au concert et même au disque, où dominent les témoignages des proches et spécialistes de Messiaen – Yvonne Loriod, Michel Béroff, Roger Muraro. Deux versions récemment parues ne remettent pas en cause cette hiérarchie mais, opposant schématiquement l’apollinien, pour la première, et le dionysiaque, pour la seconde, apportent chacune... un regard bien différent sur ces deux heures un quart de musique hors du commun.
On n’attendait pas forcément Martin Helmchen (né en 1982) dans ce répertoire, lui qui s’était essentiellement illustré à ce jour (essentiellement chez Pentatone puis Alpha) dans la musique germanique (Mozart, Schumann), hormis une incursion dans les Cévennes d’Indy (ici). On ne l’attendait pas non plus, à vrai dire, car ses prestations, aussi bien en public qu’en studio, n’avaient jamais paru se départir d’une réserve prudente dont on voyait mal comment elle pouvait résister à ce gigantesque cycle. Or le pianiste allemand, enregistré en mai 2014, étonne. Certes, il y a chez lui une distance et un hédonisme qui sont assez peu idiomatiques, mais il est difficile de ne pas se laisser séduire par un son aussi spacieux et travaillé, faisant tour à tour gronder et miroiter le clavier qui, même dans les traits les plus délirants de «Par Lui tout a été fait», n’est jamais percussif. Helmchen n’esquive pas pour autant le combat avec la partition: les carillons de «Noël» ne manquent pas de puissance et le «Regard de l’Onction terrible» sait se faire grandiose. Du grand piano lisztien, en somme, somptueux et élégant à la fois (album de deux disques Alpha 423).
Enregistré plus tard (mars 2016) mais publié avant Helmchen, Jean-Luc Ayroles (né en 1969), élève de Loriod et Béroff, a donc de qui tenir. Souffrant d’une prise de son plus cotonneuse et moins flatteuse, il apparaît néanmoins à la fois plus incarné, plus mystique et plus carré, sans compromission, même dans «Le Baiser de l’Enfant-Jésus»: on pense plus souvent ici à Bartók ou Jolivet, comme s’il y avait une volonté d’ancrer l’œuvre dans la modernité de son époque, tout en travaillant une interprétation qui laisse s’épanouir les climats, n’est jamais en mal de souffle et de mordant, et peut s’assouplir au besoin, comme dans le «Regard du silence» (album de deux disques Calliope CAL1633). SC




ConcertoNet a également reçu




Beffa: «De l’autre côté du miroir»
Du baroque jusqu’à Ligeti et au jazz, Karol Beffa crée une brume assez mélancolique d’improvisations sur des thèmes «suggérés par le public» (mais enregistrées en studio) qui tiennent davantage de la citation, de la réminiscence, du pastiche ou du «à la manière de» et dont les titres souvent énigmatiques ou décalés finissent de brouiller les repères de l’auditeur (Indésens INDE119). SC


George Li: Tchaïkovski et Liszt
Cet album permet de savoir que le pianiste américain (né en 1995), deuxième prix du Concours Tchaïkovski (2015), accompagné par Vasily Petrenko et le Philharmonique de Londres, joue bien (en public) le Premier Concerto de Tchaïkovski mais n’éclaire guère en revanche quant à sa conception de l’œuvre. En complément, trois pages de Liszt («Les jeux d’eaux à la Villa d’Este», «Sonnet CIV de Pétrarque», Réminiscences de «Don Juan») sont toutefois nettement plus impliquées (Warner Classics 0190295379575). SC


Les orgues de la cathédrale de Toul
Pascal Vigneron s’attache à démontrer que l’instrument de la cathédrale Saint-Etienne, conçu par Curt Schwenkedel (1963) et restauré par Yves Koenig (2016), est adapté à tous les répertoires, de Couperin à Messiaen en passant par Bach, Haendel, Haydn, Mendelssohn, Gigout, Tournemire et Giroud. Une fort belle prise de son contribue au succès de la démonstration, particulièrement probante dans le répertoire français du XXe siècle (Quantum QM 7083). SC


Le Duo Chilemme-Gouin: Schubert
A 30 ans à peine, le violoniste et le pianiste jouent depuis déjà plus de dix ans ensemble, et ce n’est pas de trop pour aborder la piégeuse Fantaisie en ut, qu’ils abordent sans rondeur excessive mais avec subtilité et finesse. Rejoints par Marie Chilemme, Astrig Siranossian et Emilie Legrand, ils donnent un Quintette «La Truite» encore un peu vert mais toujours serein, léger, lyrique et dansant (Evidence EVCD046). SC

La rédaction de ConcertoNet

 

 

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