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CD et DVD: l’actualité d’août
08/15/2014



Les chroniques du mois



Must de ConcertoNet


   Belshazzar de Haendel


   Tedi Papavrami interprète Ysaÿe




 Sélectionnés par la rédaction


   Claudio Abbado dirige à Salzbourg (2012)


   Claudio Abbado dirige à Lucerne (2013)


   Edo de Waart dirige Elgar


   Thomas Fey dirige Haydn


   L’incoronazione di Dario de Vivaldi


   Amadis de Gaule de J.-C. Bach


   Orphée aux Enfers à La Monnaie (1997)


   Osmo Vänskä dirige Sibelius




 Oui !

Ophélie Gaillard interprète C.P.E. Bach
Hartmut Haenchen dirige C.P.E. Bach
Herbert von Karajan dirige Beethoven
Le Roi et le Fermier de Monsigny
Madame Butterfly à Hambourg (2012)
Markus Stenz dirige Mahler
Ulisse all’isola di Circa de Zamponi
Lodoïska de Cherubini
Lalla Roukh de F. David
Tassis Christoyannis chante F. David
Anthologie Ferenc Fricsay



Pourquoi pas?

La pianiste Lydie Solomon
L’Ange de feu au Mariinsky (1993)
Yaron Gottfried adapte Moussorgski
«Grandes eaux musicales de Versailles»



Pas la peine

Nikolaus Harnoncourt dirige Haydn
Lorin Maazel dirige Mahler
Kory Katseanes dirige Mahler



Hélas !

Cristiano Holtz interprète C.P.E. Bach
Carl Davis adapte ABBA





En bref


Fricsay dans toute son intégr(al)ité
Du neuf pour Félicien David (1): Lalla Roukh
Du neuf pour Félicien David (2): Mélodies
Une bonne version de Madame Butterfly
Relectures et fortunes diverses: Moussorgski et ABBA
Connaissez-vous Zamponi?
Lydie Solomon relie Cuba à Chopin
Dans le jardin suspendu de la discographie mahlérienne
Musique à Versailles: que d’eau, que d’eau!
L’Ange n’allume pas le feu
Souvenirs de concerts (1): Monsigny à l’honneur
Souvenirs de concerts (2): la réhabilitation de Lodoïska




Fricsay dans toute son intégr(al)ité





Cette année marque le centième anniversaire de la naissance de trois grands de la direction d’orchestre, Carlo Maria Giulini, Rafael Kubelík et Ferenc Fricsay, disparu le 20 février 1963 à l’âge de 48 ans. Pour célébrer sa mémoire, Deutsche Grammophon a vu grand en entreprenant de rééditer l’ensemble des enregistrements que le chef hongrois (devenu autrichien en 1960) a réalisés sous son étiquette: avant un second volume qu’on imagine dédié au répertoire vocal, en particulier à l’opéra, le premier, qui comprend quarante-cinq disques (revenant à moins de 2 euros chacun) dans leurs pochettes d’origine, est consacré aux œuvres orchestrales – on n’entend ici des voix que dans la rare version chorale de l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski. Si la maladie a abrégé sa brillante carrière dès décembre 1961, – la photo de couverture ne cache rien des souffrances des dernières années –, le legs discographique n’en est pas moins considérable, en quantité comme en qualité. En exactement douze ans, d’une étourdissante Cinquième de Tchaïkovski (septembre 1949) jusqu’à une Cinquième de Beethoven poignante de lenteur et d’introspection (septembre 1961), toutes deux avec le Philharmonique de Berlin, ce sont non seulement plus de 51 heures de musique mais l’évolution très rapide de son style que donnent à découvrir ou à redécouvrir ces enregistrements, réalisés pour la plupart en studio, avec «son» Orchestre de la RIAS (radio du secteur américain de Berlin), devenu en 1956 Orchestre radio-symphonique de Berlin, dont il fut le directeur musical de 1948 à 1954 puis, après un bref passage à l’Opéra d’Etat de Bavière (1956-1958), de 1959 à 1963. De ce fait, si le coffret comporte un nombre significatif de doublons, tenant notamment à ce qu’il a gravé à nouveau en stéréo des œuvres qui avaient été précédemment publiées en mono, la comparaison est toujours passionnante: à l’aveugle, serait-il possible de deviner que c’est le même chef qui dirige la Pathétique de Tchaïkovski à seulement six ans de distance, allant droit au but en 1953, d’une mélancolie crépusculaire et infinie en 1959? De même, les pages de la famille Strauss datant de 1949 à 1952, pleines de vie et d’élan, n’ont plus grand-chose à voir avec celles de septembre 1961, plus appuyées et très attentives aux voix secondaires. L’étendue de son répertoire ne laisse pas non plus de fasciner, depuis Haydn – on oubliera un Concerto grosso pour harpe de Haendel assez contestable, seul raté de cette somme considérable (avec un Concerto de Tchaïkovski en raison d’un Menuhin étrangement à la peine) – jusqu’aux contemporains (dont on retiendra avant tout d’inoubliables Variations Paganini de Blacher et Sixième de Hartmann): il faudrait tout citer, depuis les références absolues – à commencer, bien sûr, par ses compatriotes et maîtres Bartók (dont les Concertos avec Géza Anda, Monique Haas et Tibor Varga) et Kodály – jusqu’à des réussites relativement inattendues (Ouvertures de Rossini et Verdi, un Sacre atypique et coloré), au détour desquelles on retrouve des solistes de légende (Annie Fischer, Clara Haskil, Erica Morini, Wolfgang Schneiderhan, János Starker...). En fait, dès qu’il y a une histoire à raconter, Fricsay est formidable (Les Préludes, Une nuit sur le Mont Chauve, Shéhérazade, La Moldau...). Et c’est pourquoi il faut sans doute débuter par le dernier disque: 1 heure de répétition de La Moldau de Smetana (suivie de son exécution intégrale) avec l’Orchestre symphonique de la Süddeutscher Rundfunk (février 1960), qui permet de tout comprendre d’une direction à la fois impitoyablement précise et puissamment narrative, animée par une énergie et un humour infatigables alors même qu’il était déjà affaibli par la maladie. Illustré de nombreuses photos, le livret (en anglais, allemand et français), qui comporte trois témoignages (dont celui de Menuhin) et un index des œuvres, n’est pas exempt de petites erreurs, confondant par exemple les Deuxième et Quatrième de Hartmann (479 2691). SC




Du neuf pour Félicien David (1): Lalla Roukh





Indépendamment de tout anniversaire, la maigre discographie de Félicien David (1810-1876) s’enrichit grâce, mais pas uniquement, au Palazzetto Bru Zane. Opéra Lafayette défend depuis quelques années la musique française, essentiellement du XVIIIe siècle. Sa discographie, chez Naxos, permet ainsi de découvrir des œuvres relativement méconnues comme Le Roi et le Fermier de Monsigny, Le Magnifique de Grétry et Sancho Pança de Philidor. L’enregistrement Lalla Roukh (1862) constitue une initiative bienvenue, puisque l’ouvrage sombra dans l’oubli le plus complet, malgré une création couronnée de succès à l’Opéra-Comique. Il n’y a aucune raison valable à cela. L’intrigue, assez simple, ne peut que plaire au plus grand nombre: une princesse musulmane se rend dans l’actuel Ouzbékistan pour rencontrer l’homme qu’elle doit épouser, le roi de Boukhara, mais, en cours de route, elle s’éprend d’un poète, Noureddine, qui n’est autre que le roi déguisé. La musique se caractérise par une inspiration mélodique constante, 1 heure et 40 minutes durant: les numéros se suivent avec bonheur, l’orchestration, simple et soignée, constitue un délice. Sans être géniale, l’œuvre, de belle facture et de coupe claire, s’écoute agréablement et aurait mérité de figurer dans la prestigieuse collection que le Palazzetto Bru Zane consacre depuis quelques années à l’opéra français – comme Dimitri de Joncières, qui, en comparaison, ne paraît pas aussi essentiel, ou Amadis de Gaule de J.-C. Bach. Marianne Fiset tient remarquablement le rôle-titre, le reste de la distribution forme un ensemble de valeur, l’orchestre, dirigé par Ryan Brown (né en 1958), affiche beaucoup de bonne volonté, même si les cordes scintillent peu et que la précision laisse parfois à désirer. Il s’agit donc d’un enregistrement de repli recommandable en attendant qu’un orchestre et qu’un chef de niveau supérieur, français de préférence, s’attellent à cet ouvrage que l’Opéra-Comique ferait bien de remonter (pour une critique en anglais, lire ici) (album de deux disques 8.660338-39). SF




Du neuf pour Félicien David (2): Mélodies





Tassis Christoyannis (né en 1967) interprète, quant à lui, dix-huit des mélodies de Félicien David. S’appuyant sur une harmonie proche des lieder de Schubert, ces mélodies s’avèrent agréables et de belle facture – certaines témoignent de l’intérêt de leur auteur pour l’Orient (Le Bédouin, Le Tchibouk). Les écouter l’une à la suite de l’autre suscite une certaine lassitude, bien que baryton grec leur confère du caractère et du relief. Soutenu, cette fois, par le Palazzetto Bru Zane, ce disque convainc de l’intérêt de ces mélodies qui gagneraient à être chantées plus souvent, comme Rêverie, Saltarelle, Adieux à Charence, Reviens, reviens! ou Formosa. Remarquablement accompagné par Thanassis Apostolopoulos (né en 1968), pianiste inventif et précis, Christoyannis, qui possède une voix magnifique, peaufine le phrasé, surveille l’articulation, varie l’intonation. Un album intéressant pour découvrir un pan méconnu de l’œuvre d’un compositeur qui mérite de tels égards (Aparté AP086). SF




Une bonne version de Madame Butterfly





Il existe certainement d’autres productions de Madame Butterfly qui méritent d’être enregistrées en DVD mais celle-ci, représentée à Hambourg en 2012, ne démérite pas du tout. Comme cet opéra est relativement rare sur ce support, contrairement à d’autres tout aussi célèbres, on le recommande. La mise en scène de Vincent Boussard, dans un décor épuré et aux couleurs pastel de Vincent Lemaire, ne joue heureusement pas la carte de l’exotisme et de la reconstitution historique: c’est pensé, prenant, moderne. Dans le rôle principal, Alexia Voulgaridou, qui possède un beau timbre, réalise une composition probante, le reste de la distribution (Cristina Damian en Suzuki, Teodor Ilincai en Pinkerton, Lauri Vasar en Sharpless) chante bien tandis qu’Alexander Joel dirige un orchestre affûté, coloré et dynamique (Arthaus Musik 102187). SF




Relectures et fortunes diverses: Moussorgski et ABBA


        


Voici deux adaptations de mélodies devenues, en quelque sorte, des «classiques» du répertoire musical. Yaron Gottfried (né en 1968) a mis au point une adaptation pour piano, guitare basse, batterie et orchestre de jazz des inépuisables Tableaux d’une exposition. Cette version – ou plutôt cette extrapolation de la partition de Moussorgski – démontre le talent du compositeur israélien, qui cherche à briser les barrières qui peuvent séparer la musique classique, contemporaine et le jazz. Le résultat est convaincant, caractérisé par une grande inventivité et une indéniable liberté dans le développement du matériau original – passant du blues à la samba, du flamenco au R&B et au reggae. On sent même l’ombre de Piazzolla dans les digressions du piano – interprété par Yaron Gottfried lui-même, lequel tient également la baguette face à l’Uno Ensemble Beijing (GPR Records GPR50013). On ne peut pas en dire autant de l’adaptation pour orchestre de Carl Davis (né en 1936) sur des tubes d’ABBA. Le compositeur américain se contente de supprimer voix et paroles des mélodies du groupe de pop suédois, au profit d’une orchestration de paquebot sur eau douce, à laquelle le Philharmonia Orchestra prête un concours inutilement luxueux (Carl Davis Collection CDC024). GdH




Connaissez-vous Zamponi?





Avis aux amateurs de musique ancienne: Ricercar publie un enregistrement d’un opéra inédit de Gioseffo Zamponi dont on sait fort peu de choses – même sa date de naissance est inconnue (entre 1600 et 1610). Un des trois textes de présentation de ce livre-disque remarquablement présenté nous apprend qu’Ulisse all’isola di Circa (1650) est le tout premier opéra créé à Bruxelles. Il s’agit d’une commande de l’archiduc d’Autriche Léopold-Guillaume d’Habsbourg pour célébrer les noces du roi d’Espagne Philippe IV et de Marie-Anne d’Autriche. Selon des témoignages et des documents d’époque, la création, grandiose, remporta un grand succès. A la tête de Clematis, du Chœur de chambre de Namur et de la Cappella Mediterranea, Leonardo García Alarcón interprète avec soin et conviction cet opéra composé dans le style vénitien (comme ceux de Cavalli). Les solistes (Céline Scheen, Mariana Flores, Dominique Visse, Furio Zanasi, pour n’en citer que quelques-uns) livrent une excellente prestation. Pour les curieux et les spécialistes de ce répertoire (RIC 342). SF




Lydie Solomon relie Cuba à Chopin





Solomon au piano! Non pas le prénom du grand Cutner, mais le nom d’une artiste française aux multiples talents, puisque non seulement elle chante elle-même, de sa voix enfantine (mais étranglée) et dans ce disque enregistré en octobre 2013 à Paris, une mélodie de Chopin, L’Anneau, mais encore elle interprète – avec une indéniable conviction et une incontestable cohérence – l’une de ses propres compositions: une Invocation qui, se voulant cinématographique, «commence par une mélodie nostalgique, puis passe par différentes scènes: une poupée à la jambe de bois qui se regarde dans le miroir, une lutte dans laquelle se bat son amoureux, un choral exprimant la douceur et l’espérance...». Malgré le choix d’un Pleyel de 1927, les Chopin de Lydie Solomon (née en 1982) déçoivent: un Quatrième Prélude plutôt anonyme, une Huitième Etude (de l’Opus 10) assez scolaire, un Vingtième Nocturne un rien trop tendu. Sèche comme une saucisse à la perche, la Polonaise-Fantaisie manque également de legato et de virtuosité. On goûte, en revanche, au charme désuet des mélodies de Julian Fontana (1810-1869), un compositeur contemporain de Chopin et qui trace le fil directeur de cet album consacré à Cuba et à l’impact du compositeur polonais sur le patrimoine musical de l’île (ainsi que l’explique la pianiste dans une intéressante notice). De Nicolas Ruiz Espadero (1832-1890) – dont l’étonnante Grande Fantaisie cubaine déroule d’enivrantes métamorphoses à un rythme entêtant – à l’élégance nostalgique des pièces d’Ignacio Cervantes (1847-1905) et la grandiloquence de celles d’Ernesto Lecuona (1895-1963), le disque confirme, malgré une frappe parfois brutale, l’impression laissée en concert: celle d’une pianiste généreuse, dévorée par la curiosité (Consultatis Solo Montmartre VOC4885). GdH




Dans le jardin suspendu de la discographie mahlérienne


         


Deux pierres dans le jardin suspendu de la discographie mahlérienne.
Celle posée par Markus Stenz (né en 1965) contribue à l’édifice de son intégrale avec l’Orchestre du Gürzenich de Cologne. On avait salué le geste solaire et virtuose dans les Troisième et Huitième Symphonies, mais déploré l’excès de perfection dans la Première. Ce live de novembre 2013 présente une Sixième Symphonie qui – pendant à peine plus de 80 minutes – confirme toute l’étendue des talents du Gürzenich et le professionnalisme de ses instrumentistes. Le premier mouvement se pare d’un élan dévastateur et d’un brillant conquérant. Le deuxième d’une assurance séductrice. Le troisième de l’ironie grinçante attendue. Le dernier d’une fébrilité grandiose. Un excès de brillant et pas assez de soufre empêchent la furieuse mécanique de se placer aux cotés des versions pour l’île déserte. Mais la route tracée par le chef allemand mérite d’être empruntée (double album Oehms Classics OC 651).
La pierre déposée par Kory Katseanes est nettement moins bien polie. Sa Troisième Symphonie avec l’ Orchestre philharmonique de la Brigham Young University (BYU) constitue une interprétation méritoire par la conception à la fois sobre et saine du chef, par l’excellence de certains pupitres, par la fraîcheur et l’investissement généraux – y compris de la part du Chœur d’enfants de Salt Lake et de la contralto Heather Foutz. Mais la puissance d’ensemble de ce live de novembre 2012 ne se compare pas aux versions de premier plan. Ne serait-ce que par les quelques incidents, sonorités douteuses et décalages dont souffre cet enregistrement, par ailleurs encombrée de bruits parasites (BYU Records YCD0114MS3). GdH




Musique à Versailles: que d’eau, que d’eau!





On avait déjà salué les premiers opus de la nouvelle collection «Château de Versailles» qui étaient consacrés aux «Splendeurs de la musique sacrée sous Louis XIV» et aux «Musiques de cour et d’opéra pour Louis XIV», tout en regrettant que, bien que très bons disques d’initiation, ils ne bénéficient pas d’un livret plus instructif. Ce sont les mêmes qualités et les mêmes reproches que l’on pourra faire à l’encontre de ce volume consacré cette fois-ci aux «Grandes eaux musicales de Versailles». Le choix intéressant des pièces et l’excellence des musiciens requis sont au rendez-vous. Puisant dans le catalogue d’Alpha, le présent disque nous permet de passer de l’entraînant morceau intitulé «La Magnotte, La petite Jeanneton, Les 6 visages» à la belle chaconne tirée de Phaéton de Lully, sans oublier la célébrissime «Marche pour la cérémonie des Turcs» du même Jean-Baptiste ou le très beau Concerto comique de Michel Corrette. Instruments solistes, orchestre au complet, voix aux accents de «vieux françois»: chaque acteur est parfaitement dans son élément qu’il s’agisse par exemple de François Lazarevitch ou Skip Sempé. On soulignera notamment les très beaux extraits du Dardanus de Rameau que Raphaël Pichon vient récemment d’enregistrer pour la même collection et dont le compte rendu sera bientôt publié sur ce site. Néanmoins, quelques mots auraient été intéressants pour expliquer le choix des œuvres retenues ici. Pourquoi Dardanus et non pas, si l’on se réfère au titre «aquatique» de ce volume, Platée qui, hommage aux grenouilles et autres habitants des marigots, aurait peut-être davantage eu sa place ici? De même, pourquoi retenir Moulinié ou Corrette et ne pas convier Le Canal de Versailles de Philidor ou certaines pièces de Michel-Richard de Lalande, destinées à être jouées lors des royales promenades dans les jardins du château de Versailles? Si l’entreprise demeure donc intéressante du strict point de vue musical, nous persistons à réclamer quelques efforts supplémentaires quant à la ligne éditoriale et aux nécessaires connaissances à apporter au public (Alpha 956). SGa




L’Ange n’allume pas le feu





Arthaus Musik réédite la production de L’Ange de feu que le Théâtre Mariinsky a représentée en 1993 dans une mise en scène de David Freeman. Il s’agit du spectacle duquel provient l’enregistrement paru chez Philips, référence incontournable pour découvrir cette œuvre extraordinaire de Prokofiev (Galina Gorchakova en Renata, Sergei Leiferkus en Ruprecht, Valery Gergiev à la direction). Vingt-et-un ans après, la scénographie présente peu d’intérêt, malgré un cinquième acte délirant, les décors paraissent aujourd’hui désuets et tant l’image que le son trahissent leur âge. On se lasse également de ces hommes chauves en slip qui apparaissent sans cesse. Le disque reste préférable, même si aucune autre production de cet opéra n’existe en DVD. Il est donc temps qu’une nouvelle mise en scène soit immortalisée sur ce support. Qu’en feraient un Tcherniakov ou un Warlikowski (100391)? SF




Souvenirs de concerts (1): Monsigny à l’honneur





On avait déjà salué l’admirable travail de Ryan Brown (né en 1958) et de son Opéra Lafayette à l’occasion de la représentation donnée en février 2012 à Versailles de cet opéra en trois actes de Pierre-Alexandre de Monsigny (1729-1817), Le Roi et le Fermier (1762). Aussi, quel plaisir de le retrouver au disque, par la même équipe que celle qui officiait alors! L’orchestre est excellent de la première à la dernière note, alternant le tumulte des scènes de chasse (acte I, scène 10) ou d’orage (à la fin du premier acte) avec la douceur ou la brillance d’une partition qui fait appel à un orchestre extrêmement complet (cordes, bois, cuivres, percussions en tous genres...). Ryan Brown est sans conteste l’un des meilleurs défenseurs actuels de ce répertoire. Les chanteurs sont également très à leur aise et chacun incarne avec une grande justesse le personnage qui lui est dévolu. D’emblée, c’est William Sharp qui s’impose dans la figure du fermier Richard grâce à une voix de baryton idoine, pleine de chaleur et de profondeur (son air «Je ne sais à quoi me résoudre» au début du premier acte). Egalement baryton, l’excellent Thomas Dolié chante le rôle de Rustaut avec presque trop de noblesse par rapport à ce personnage qui affirme avec une vraie verve comique qu’«une pinte de vin vaut mieux qu’une maîtresse» (acte I, scène 4). Même si, une fois encore, Jeffrey Thompson a tendance à souvent crier plus qu’il ne chante, le reste de la distribution masculine est idéal. Côté féminin, Yulia van Doren chante avec beaucoup de finesse le rôle de Betsy, jeune fille un peu naïve mais fort attachante comme en témoigne, par exemple, l’air «Il regardait mon bouquet» à l’acte III. Quant à Dominique Labelle, elle est également à son meilleur dans le rôle de Jenny, l’amoureuse de Richard: aucune déception à attendre donc de ce disque fort bien fait et qui sert au mieux une œuvre musicale certes mineure mais qui ne manque pas d’atouts (Naxos 8.660322). SGa




Souvenirs de concerts (2): la réhabilitation de Lodoïska





ConcertoNet a déjà rendu compte de cette Lodoïska de Cherubini, donnée le 11 octobre 2010 en version de concert sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, dans le cadre d’une tournée qui emmena ensuite l’équipe en Italie où l’œuvre fut enregistrée par les micros d’Ambroisie et de Naïve pour nous livrer ces deux disques. Cette nouvelle parution, qui aura étrangement attendu près de deux ans pour être publiée, est donc désormais la seule concurrente à la version dirigée par Riccardo Muti à la tête de l’Orchestre de la Scala de Milan (Sony, 1991). Les timbres des Eléments sont évidemment moins onctueux que ceux de La Scala, trahissant ici ou là une certaine sécheresse, mais la direction chatoyante et toujours alerte de Jérémie Rhorer fait tout de même merveille dans ce répertoire. Côté chanteurs, les voix sont peut-être moins belles que chez Muti mais, premier avantage, la prononciation du français est parfaite – et pour cause, compte tenu de la nationalité des chanteurs. Second avantage, les voix masculines sont particulièrement remarquables, à commencer par Sébastien Guèze et Philippe Do qui tiennent respectivement les rôles de Floreski et de Titsikan; les héroïnes féminines, notamment Nathalie Manfrino (qui incarne Lodoïska), sont moins intéressantes mais il est vrai que cet opéra met avant tout en avant des voix d’hommes. Superbes en revanche, les ensembles, notamment ceux qui concluent les deuxième et troisième actes, qui militent pour l’achat de ces disques où l’on perd peut-être en somptuosité ce que l’on gagne en authenticité par rapport à la version Muti: à chacun ensuite de faire son choix. Notons enfin l’excellence du livret qui accompagne ce disque et qui nous offre un panorama particulièrement exhaustif de l’œuvre et de son histoire (album de deux disques Ambroisie/Naïve AM 209). SGa



La rédaction de ConcertoNet

 

 

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