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01/10/2007
Richard Strauss : Elektra
Marjana Lipovšek (Clytemnestre), Eva Johansson (Elektra), Melanie Diener (Chrysothémis), Rudolf Schasching (Egisthe), Alfred Muff (Oreste), Reinhard Mayr (le Précepteur d’Oreste), Cassandra McConnell (la Confidente), Christine Zoller (la Porteuse de traîne), Andreas Winkler (Un jeune serviteur), Morgan Moody (Un vieux serviteur), Margaret Chalker (la Surveillante), Kismara Pessatti, Katharina Peetz, Irène Friedli, Liuba Chuchrova, Sen Guo (les Servantes). Choeur et Orchestre de l’Opéra de Zurich, Christoph von Dohnanyi, direction. Mise en scène : Martin Kušej.
Enregistré à Zurich les 30 novembre et 4 décembre 2005 – 102’.
TDK DWWW-OPELEK. Region code : 0 (worldwide). Format 16:9 (distribué par Intégral)


On dirait un corridor percé de portes, capitonnées à l’extérieur. Car il y a l’endroit et l’envers du décor. Le corridor, qui pourrait tenir du hangar, c’est l’envers, le monde d’Electre, garçon manqué, en pantalon et sweater à capuchon, aux cheveux raides. Quand les portes s’ouvrent, l’endroit se devine, luxueux : le monde d’Egisthe, gros poupon grimé à l’air mafieux avec son pistolet à la main, plus que celui de Clytemnestre, qui vieillit mal et que l’on sent totalement délaissée. On passe visiblement son temps à partouzer, non sans goûter aux délices perverses du sado-masochisme, d’où ces corps fort dévêtus qui traversent la scène ou viennent s’y vautrer, épuisés. Pourquoi pas ? Après tout, Electre reproche assez à Egisthe de ne montrer sa virilité que sous la couette. La patte de Martin Kušej, qui a fait souvent scandale à Salzbourg dans Mozart, se reconnaît bien ici – on avait les mêmes portes dans sa production de Don Giovanni. Mais il en faut plus pour faire une mise en scène forte, qu’il ne nous offre pas vraiment. Son parti pris d’expressionnisme, de violence haineuse – Elektra gifle sa sœur – est trop monotone, ne met pas assez à nu l’ambiguïté des relations avec les personnages. La scène où Elektra enterre vivante une petite fille, comme si elle enterrait sa propre enfance, paraît lourdement didactique. Mais cela serait au moins cohérent s’il n’y avait, au moment de la danse d’Elektra, des danseurs et des danseuses emplumés venus tout droit du Lido et se livrant à des contorsions grotesques, qui vont à l’encontre de tout ce qui a été vu jusque là.
Musicalement, la production confirme le danger qu’il y a à distribuer en Elektra, même sur une scène aux dimensions modestes comme celle de Zurich, une chanteuse dépassée par son rôle, fût-elle excellente comédienne. Eva Johansson est peut-être une Chrysothémis, certainement pas une Elektra. On le sent bien dans les passages lyriques, où la voix trouve son assise, ses nuances, sa courbe. Ailleurs, elle devient stridente, ses registres se distendent, le Sprechgesang se substitue trop souvent au chant, on frise constamment la rupture – c’est le personnage, dira-t-on, mais Strauss aimait trop les voix, surtout féminines, pour concevoir les choses ainsi. Melanie Diener s’épuise moins à incarner Chrysothémis, même si on sent qu’elle y atteint ses limites, manquant seulement de cette lumière consubstantielle au personnage. Marjana Lipovšek, en revanche, prend place aux côtés des chanteuses déclinantes mettant leur crépuscule au service de la reine solitaire et névrosée : une voix aigrie, percée de trous, mais encore maîtrisée, phrasant toujours son texte, n’égarant jamais la déclamation hors des limites du chant. Elle n’égale pas, malgré tout, les formidables Mödl ou Varnay – inoubliable dans la production filmée de Götz Friedrich. Si Rudolf Schasching n’est qu’un Egisthe de plus, Alfred Muff impressionne par sa présence scénique et vocale dans un rôle où il est difficile de ne pas être étouffé par sa sœur ; on croit d’ailleurs moins voir le frère que le père ressuscité – ce qui finalement n’est pas hors de propos. On sait que Christoph von Dohnanyi a la fibre straussienne : il ne noie jamais l’orchestre sous une surcharge sonore, préserve la clarté des plans sonores, la lisibilité des lignes, tout en assumant cette générosité, cette luxuriance que certains préfèrent gommer pour radicaliser la modernité de l’écriture. Quitte à se montrer un peu trop sage – il l’était moins à Paris il y a deux ans – dans une partition marquée du sceau de la folie, qui devrait nous prendre à la gorge. Son Strauss, c’est plutôt celui du Chevalier ou d’Ariane, voire de Salomé, où les limites ne sont pas repoussées aussi loin que dans Elektra.


Didier van Moere

 

 

 

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