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06/07/2026
Johann Sebastian Bach : Johannes-Passion, BWV 245
Julien Prégardien (Evangelista), Huw Montague Rendall (Jesus), Ying Fang (soprano, Ancilla), Lucile Richardot (alto), Laurence Kilsby (ténor, Servus), Christian Immler (basse, Pilatus), Etienne Bazola (basse, Petrus), Pygmalion, Raphaël Pichon (direction)
Enregistré à Namur (avril 2025) – 115’28
Album de deux disques Harmonia mundi HMM902775.75


Must de ConcertoNet




De toutes les Passions selon saint Jean de la discographie, le récent enregistrement de Pygmalion avec une superbe distribution sous la direction de Raphaël Pichon présente l’oratorio de Jean‑Sébastien Bach de la façon la plus théâtrale qui soit.


Après la Passion selon saint Matthieu et la Messe en si mineur, voici paraître pour la Semaine Sainte 2026 et à quelques semaines du vingtième anniversaire de cet ensemble sous la baguette énergique de Raphaël Pichon, une Passion selon saint Jean, dans une prise de son remarquable, enregistrement bien rodé par l’ensemble Pygmalion par des concerts préalables.


La notice comporte une note d’intention de Raphaël Pichon, présentant ses impressions générales sur l’œuvre puis, plus précisément, sur ses différentes parties. Elle propose également l’intégralité du livret dans sa version allemande originale, ainsi que sa traduction en français et en anglais. Quelques photos des artistes, stylisées en noir et blanc, accompagnent la lecture.


Pour les louages sur ce magnifique enregistrement, on a l’embarras de la priorité. Pichon bien sûr et son magnifique ensemble Pygmalion, dont le chœur est superlatif de clarté, justesse, précision, diction, bref idéal. Il intègre les chorals à l’action d’une façon tout à fait originale. La direction, avec une urgence imprimée dès le chœur d’ouverture « Herr, unser Herrscher », privilégie la dramatisation de cette Passion qui, si elle est moins détaillée que celle d’après saint Matthieu, n’a rien de statique. Les trois musiciens qui réalisent le continuo – orgue, clavecin et théorbe – méritent des éloges pour leur dynamisme et l’inventivité de l’ornementation.


Les solistes sont dominés par l’Evangéliste de Julian Prégardien, dont les interventions ne sont pas seulement angéliques vocalement, mais émotionnelles et palpitantes de vérité. Le timbre de sa voix, tout en restant d’une grande rigueur, a cette couleur que l’on retrouve chez les Evangélistes qui sont de grand liedersänger comme l’ont été avant lui Erb, Wunderlich, Equiluz, et plus près de nous Haefliger et Christophe Prégardien (père), humanisant terriblement un récit qui est trop souvent délivré de façon rectiligne. Le spectre de son émission va du plus infime chuchotement en voix de tête à l’extrême maîtrise du cri dans la turba où la foule choisit de faire condamner Jésus plutôt que Barrabas.


Le Jésus du baryton Huw Montague Rendall, presque trop solennel dans ses interventions, est remarquable dans ses deux airs. La basse Christian Immler interprète Ponce Pilate avec rigueur et donne à son « Betrachte, meine Seel » son plein d’émotion. Laurence Kilsby interprète les airs de ténor avec une grande pureté de ligne et de diction. Magnifique aussi Ying Fang, avec une maîtrise de la ligne et du souffle dans les interventions de soprano. Lucile Richardot, enfin, dans les airs d’alto, tranche un peu avec la froideur et la réserve des grandes altos du passé. Elle participe davantage à l’action. Son « Es es ist volbracht », avec les prodigieuses intervention du violoncelle solo, ferait pleurer les pierres.


Cette saint Jean, plutôt originale dans une abondante discographie, clôt le cycle des trois grands œuvres religieuses de Bach par Raphaël Pichon. On espère vivement un Oratorio de Noël et encore beaucoup de cantates de l’ensemble Pygmalion.


Olivier Brunel

 

 

 

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