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03/12/2026
Johann Sebastian Bach : Variations Goldberg, BWV 988
Yunchan Lim (piano)
Enregistré en public à Carnegie Hall, New York (25 avril 2025) – 77’22
Decca 487 1517


Sélectionné par la rédaction





Quelques semaines après avoir joué les Variations Goldberg à la Philharmonie de Paris il a presque un an, le pianiste sud‑coréen Yunchan Lim, 21 ans, consacré en juin 2022 par la médaille d’or du Concours international de piano Van Cliburn à l’âge de 18 ans, faisant de lui le plus jeune lauréat de l’histoire de cette compétition, les a, au cours d’une tournée mondiale, reprises au Carnegie Hall pour ses débuts new‑yorkais, enregistrés en direct par Decca.


La discographie des Variations Goldberg, au piano comme au clavecin et désormais sujette à toutes sortes d’adaptations (pour deux guitares, pour orchestre de chambre, orgue, etc.), semble aujourd’hui d’une incroyable richesse au mélomane qui n’avait au siècle dernier que le choix entre Glenn Gould, Wanda Landowska et les grands clavecinistes historiquement informés comme Gustav Leonhardt. Sont venus l’enrichir des interprètes géniaux tel Murray Perahia, András Schiff au piano, Scott Ross, Pierre Hantaï, Blandine Verlet, Andreas Staier au clavecin, et plus récemment au piano Igor Levit et même Lang Lang dans une intéressante confrontation entre le direct en l’église Saint‑Thomas, fief du compositeur, et un enregistrement dans un studio berlinois quelques jours plus tard.


Une fois que l’on a dit que pour jouer ces variations, dynamique, articulation, phrasés, accentuation, tempi, ornements et usage de la pédale sont à la discrétion de l’interprète, on voit que la liberté d’interprétation de cet Everest du clavier composée pour un clavecin à deux claviers est immense, presque infinie.


A la première audition de l’enregistrement de Yunchan Lim, réalisé sur un Steinway D, on est frappé par l’incroyable virtuosité que l’on connaissait mais davantage par la concentration, la grande maturité et le sang‑froid d’un tout jeune pianiste faisant ses débuts dans une des plus prestigieuses salles de concert du monde. Les premières variations sont jouées avec un style très classique, presque sage. Ce n’est qu’à partir des Variations 19 et 20 à un puis deux claviers que le pianiste adopte des tempi plus rapides avant d’aborder le Canon à la septième (Variation 21) de façon plus sentimentale, avec une ornementation très romantique. La Variation 25 (Adagio) impressionne par une liberté quasi gouldienne dans le phrasé et la richesse des nuances dans la reprise. C’est aussi (ironiquement car elle fut surnommée par Wanda Landowska « la perle noire ») celle à qui il donne le plus de couleurs, une certaine monochromie étant un des reproches que l’on peut faire à l’ensemble. Les variations suivantes sont comme un feu d’artifice de virtuosité avec d’ébouriffantes prises de risques dans les tempi (Variations 26 et 28) et comme une explosion de joie jusqu’au Quodlibet, la trentième et dernière variation comme chantée à pleine voix.


On peut relever – mais une fois encore, c’est affaire de goût – quelques libertés prises dans un excès d’ornementation, certains passages transposés à l’octave supérieure (Variations 7 et 19) et un usage très important de la pédale. Mais ces réserves étant faites, l’ensemble s’écoute avec un intérêt constant si on le prend pour ce qu’il est : la première version par un très jeune pianiste d’une œuvre, véritable rite de passage, qui l’a fasciné dès l’enfance et à laquelle il reviendra certainement avec des éclairages différents et, pourquoi pas comme Glenn Gould qui en a été pour lui le révélateur, avec une version plus mature en toute fin de carrière. Un très fascinant voyage plus romantique que leçon de contrepoint, dans une œuvre qui prête tant à un investissement personnel – Lim écrit dans la notice : « Ainsi avec le cœur plein de sincérité juvénile je me suis permis de faire tout ce que je voulais dans ce concert » – et dont la reprise finale da capo presque désincarnée de l’Aria conclut comme une sarabande mélancolique un parcours magnifique, laissant l’auditeur dans la sensation de réveil après un rêve heureux.


Olivier Brunel

 

 

 

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