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12/26/2023
Johannes Brahms : Magelone Romanzen, opus 33
Stéphane Degout (baryton), Marielou Jacquard (mezzo-soprano), Alain Planès (piano), Roger Germser (récit)
Enregistré en public à Paris (5‑6 mars 2023) – 79’
b·records LBM054 (distribué par Outhere)





Traditionnellement chanté par un baryton – la référence historique absolue étant l’interprétation de Dietrich Fischer-Dieskau accompagné par Sviatoslav Richter (EMI, 1970 studio, plus quelques lives au Festival d’Aldeburgh) –, ce cycle a connu au disque un regain de faveur ces dernières années. Mais aussi, comme pour l’ensemble de la production de lieder enregistrés, qui voit de plus en plus de variantes dans la forme et l’interprétation, un certain nombre d’options qui s’éloignent de la version originale.


La Belle Maguelone, romances sur des poèmes de Ludwig Tieck d’après une légende médiévale provençale du Comte Pierre de Provence, n’est pas le recueil le plus mélodieux de Brahms car hormis un début miraculeux, la veine mélodique s’épuise vite, au contraire de l’intérêt du récit. Donné avec les textes, le cycle peut même être d’une approche assez austère. C’est l’option qu’a choisie le baryton Klaus Mertens (Rondeau Productions, 2020) qui tient lui‑même l’ingrate partie du récitant. On est loin certes de l’inégalée réussite de Fischer-Dieskau et Richter (sans texte) – et non la version antérieure avec Jörg Demus dans laquelle le baryton lit les textes lui‑même (mais Claude Rostand dans la version française, DG) – mais il s’agit d’une très belle interprétation assez libre de style, avec une sûreté vocale, notamment dans les aigus, et une habileté certaine à animer les lieder les moins attrayants. L’accompagnement de Michael Schönheit participe à cette animation que viennent souvent faire retomber les textes intermédiaires.


On n’en dira pas autant de celle du baryton néerlandais Thomas Oliemans (Linn, 2021), dont la ligne de chant est moins sûre, les aigus parfois incertains et dont un désir de surinterprétation parcourt tout ce cycle qui n’a pas besoin d’être théâtralisé pour convaincre. Malcolm Martineau donne de très belles couleurs à sa partie de piano et crée des climats que son partenaire ne sait pas toujours exploiter.


Enregistré live au Théâtre de l’Athénée, le dernier projet en date porté par Stéphane Degout, qui a été produit dans plusieurs lieux en 2023, réunit quatre interprètes autour de ce cycle. Les textes de liaison réalisés par Elisabeth Germser d’après des textes en ancien français, principalement le manuscrit anonyme de Cobourg (1453), parlent un français actuel mais assez culte pour paraître ancien. Roger Germser les lit fort bien mais l’enregistrement ne capte pas aussi bien la voix du comédien que celle des chanteurs, eux aussi déséquilibrés. L’originalité du projet réside en ce que, afin de théâtraliser le cycle, le baryton Stéphane Degout partage les lieder avec le mezzo‑soprano Marielou Jacquard qui assure les parties dévolues aux femmes. On peut être convaincu par cette théâtralisation, elle fonctionne certainement mieux au concert qu’au disque. Si Stéphane Degout, qui maîtrise parfaitement l’art de la mezza voce, est quasiment parfait avec un ton noble et viril, sa partenaire est trop souvent dans une démarche d’opéra, forçant la voix à de nombreuses reprises, et de plus sa prononciation n’est pas exemplaire. Le pianiste Alain Planès apporte à l’ensemble un soutien magnifique et des couleurs romantiques à ce projet original qui s’achève en beauté par le duo « La Nonne et le Chevalier » sur un poème d’Eichendorff, bis qui curieusement n’est ni listé ni plagé sur cet album.


Olivier Brunel

 

 

 

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