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03/10/2014




Du début du XIXe à nos jours, l’actualité discographique offre largement de quoi satisfaire l’amateur de raretés pianistiques, même des fortunes diverses accompagnent la découverte de ces neuf compositeurs.


Friedrich Kalkbrenner : Sonates, opus 1, n° 1, n° 2 et n° 3
Luigi Gerola (piano)
Enregistré à Sacile (20 juillet 2012) – 65’25
Dynamic CDS 7661





Né en Allemagne, Friedrich Kalkbrenner (1785-1849) fut l’élève de Louis Adam et de Charles-Simon Catel à Paris (où il s’installa définitivement en 1823) puis de Salieri et d’Albrechtsberger à Vienne. Menant une carrière d’interprète – rival de Hummel pour la suprématie du piano européen jusqu’à l’apparition de Liszt et Thalberg, il fut l’une des premières figures modernes du virtuose – et d’enseignant, il s’associa à Pleyel et fut le dédicataire du Premier Concerto de Chopin. Si Howard Shelley a enregistré ses quatre Concertos pour piano chez Hyperion, force est de constater que ses œuvres, quasi exclusivement dédiées à son instrument, demeurent largement méconnues. Premières inscrites à un catalogue qui en compte plus d’une dizaine, les trois Sonates de l’Opus 1, publiées en 1807 chez Sieber père, successivement en fa mineur, ut majeur et sol majeur, comptent chacune trois mouvements. On pense parfois à Czerny, voire à Weber ou Mendelssohn, mais jamais à Beethoven ou Schubert: sans imagination, les traits alternent sommairement aux deux mains, l’harmonie demeure rudimentaire et la vacuité des thèmes, digne des Concertos de Paganini, trahit une préoccupation avant tout digitale. S’il faut saluer la curiosité d’esprit de Luigi Gerosa, qui a déjà gravé des Sonates de Johann Samuel Schröter chez le même éditeur, il ne contribue pas, sur un Fazioli assez dur, à rehausser l’intérêt de ce disque.


Heino Eller : Dix Pièces lyriques [1] – Etudes en la bémol, en sol bémol et en sol bémol [1] – Cinq Préludes [1] – Sonates n° 1 [2] et n° 4 [1] – Intiimne hetk [2] – Pastorale [2] – Nocturne [2] – Vivace [2] – Liblikas [2] – Six Pièces [2] – Ballade [2]
Sten Lassmann (piano)
Enregistré à Beccles (9-11 décembre 2010 [1] et 12-14 mars 2012 [2]) – 70’49 + 66’12
Deux disques Toccata Classics TOCC 0161 [1] et TOCC 0209 [2]


    


Formé à Saint-Pétersbourg, Heino Eller (1887-1970) fondé l’école estonienne, comptant parmi ses élèves rien moins que Tubin, Pärt et Sumera. Même si son appétit paraît insatiable, Toccata Classics s’est lancé dans une entreprise particulièrement ambitieuse en proposant une intégrale des près de deux cents pièces pianistiques que compte son catalogue, dont beaucoup n’avaient pas été enregistrées jusqu’alors voire n’ont pas encore été publiées. Eclairés par une notice très complète (en anglais) Sten Lassmann (né en 1982), qui interprète cette musique avec une sobriété et une matité rigoureuses, les troisième et quatrième volumes – sept, au total, sont prévus – offrent un aperçu assez diversifié de cette production. Trois des six Etudes composées au temps de son apprentissage (1913-1919), ludiques et volubiles, évoquent Chopin et Rachmaninov mais aussi le premier Scriabine ou le premier Szymanowski. Ces ascendances sont encore perceptibles dans l’ampleur (près de 40 minutes) et les grands élans postromantiques de la Première Sonate (1920), œuvre de fin d’études qui, après sa création par le compositeur Artur Lemba devant un jury et un public comprenant notamment Glazounov, Steinberg, Liapounov et N. Tchérepnine, ne fut plus jamais jouée du vivant d’Eller – oubli regrettable, car elle ne manque pas de souffle. Une agréable et aphoristique Pastorale (1919) aurait pu être l’un de ces trente-deux Préludes écrits entre 1914 et 1934: dix-huit sont répartis en trois recueils et quatorze sont isolés, parmi lesquels le volume 3 de l’intégrale en présente cinq, datant des environs de 1930, hors des courants musicaux européens dominants, privilégiant une expression subtilement poétique et teintée de lointaines réminiscences populaires. Dans le même esprit, le Nocturne en mi bémol mineur (1934) est la dernière des deux pièces auxquelles Eller a donné ce titre. Trois brèves pages se rattachent aussi à cette période: un Vivace en la bémol (vers 1930), léger, presque comme un pastiche XIXe, et Papillon (1935), dont les jeux rythmiques et les harmonies poivrées sont apparentés au néoclassicisme d’un Martinů, tandis que le Moment intime (1938) possède surtout une valeur symbolique, en ce qu’il a été écrit pour le soixantième anniversaire d’Artur Kapp, autre figure importante de l’école estonienne. Simples et mélancoliques, à l’image des recueils pianistiques de Janácek, les Dix Pièces lyriques (1943) – quatre autres suivront quatre ans plus tard – furent composées suite à l’arrestation par les SS et à la disparition de son épouse Anna, pianiste d’origine juive; la dernière prend la forme d’un thème suivi de huit variations et ouvre sur des horizons plus résolus et optimistes. Les Six Pièces (1953) – moins de 10 minutes au total – révèlent une inspiration ouvertement populaire, mais si Eller demeure indéfectiblement attaché à la tonalité, le relatif dégel poststalinien se ressent dans la liberté, l’improvisation et la flamme de la Ballade en ut dièse mineur (1955) et, davantage encore, dans l’ultime Quatrième Sonate (1958), concentrée et presque froide à la manière de Hindemith, de carrure néoclassique mais au langage harmonique plus audacieux.


Egon Kornauth : Phantasie, opus 10 – Trois Klavierstücke, opus 23 – Petite Suite, opus 29 – Präludium und Passacaglia, opus 43 – Cinq Klavierstücke (Suite n° 2), opus 44
Jonathan Powell (piano)
Enregistré à Durham (15 et 16 août 2008) – 68’58
Toccata Classics TOCC 0159





Le même éditeur entame une intégrale de l’œuvre pour piano seul d’Egon Kornauth (1891-1959). Après avoir étudié dans sa ville natale d’Olomouc, il complète sa formation à Vienne avec Robert Fuchs, Guido Adler, Franz Schreker et, surtout, Franz Schmidt. Bénéficiaire de différents honneurs et postes officiels tout au long de sa vie, malgré les vicissitudes de l’histoire de l’Autriche, de la Première République à l’après-1945, il ne s’est pas compromis outre mesure avec le Troisième Reich. Il laisse une œuvre essentiellement chambriste et instrumentale, dont environ 3 heures de musique – si l’on en croit la notice – pour l’instrument qu’il pratiquait notamment au sein du Trio de Vienne. Le premier volume propose, par ordre chronologique, quatre œuvres qui n’avaient encore jamais eu l’honneur du disque. La chaleureuse Fantaisie (1915) trahit son époque, celle d’un postromantisme germanique conquérant, jusqu’aux limites de la tonalité, comme chez Korngold ou Strauss. Dans les Trois Pièces (1920), cette exubérance se teinte d’harmonies plus complexes et d’un chromatisme plus trouble, notamment dans la pièce centrale, «Improvisation», mais sans les sortilèges vénéneux d’un Zemlinsky ou la modernité d’un Berg. La dernière des sept pièces de la Petite Suite (1923) est une Valse, comme la dernière des Cinq Pièces exactement contemporaines de Schönberg; mais si celui-ci avait écrit à cette occasion la première pièce dodécaphonique de l’histoire de la musique, Kornauth affiche bien moins d’ambition que son compatriote, préférant le brio, l’agrément et l’amabilité. Le titre du diptyque Prélude et Passacaille (1939) fait référence aux formes baroques mais langage reste opulent, comme un lointain prolongement de César Franck. Avec la nostalgie des Cinq Pièces (1940), parfois appelées «Seconde Suite», on ne peut que penser à Korngold, le compositeur autrichien demeurant fidèle à une époque et à un style qui seront impitoyablement relégués au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Jonathan Powell (né en 1969), qui signe la notice (en anglais) de l’album et s’est fait une spécialité de Sorabji, se montre tout à fait à son aise dans ce répertoire mais est desservi par une prise de son lointaine et un instrument médiocre.


Le site de Jonathan Powell


Manuel Rosenthal : Huit Bagatelles – Six Caprices – Sérénade – Valse des pêcheurs à la ligne – Les Petits Métiers
Stéphane Lemelin (piano)
Enregistré à Saint-Irénée (octobre 2007) – 61’48
Atma Classique ACD2 2587





De Manuel Rosenthal (1904-2003), la postérité a avant tout retenu le chef et, à la marge, le spectaculaire orchestrateur et arrangeur d’Offenbach (Gaîté parisienne, Offenbachiana). Il y a près de vingt ans, Naxos avait édité quelques pages symphoniques et mélodies, certaines de ses délicieuses comédies (Rayon des soieries, La Poule noire) réapparaissent parfois à l’affiche, mais force est de reconnaître qu’il reste à découvrir l’essentiel de l’œuvre de celui qui fut l’un des très rares élèves de Ravel. C’est le cas de sa musique pour piano, écrite sur une période de dix années seulement et dont l’intégrale – sans compter La Belle Zélie (1948), «suite romantique», qui requiert deux pianos – dure à peine plus d’heure. Les Huit Bagatelles (1924) sont d’un jeune homme bien dans l’air de son temps, celui de Poulenc et de Milhaud (dédicataire de la première, «Pastorale»), alternant grâce («Le joli jeu», première «Romance») et grincements («Remember»). Un tantinet plus développés, les Six Caprices (1926) restent cependant dans l’orbite de Satie, de Sauguet et des Six, l’humour ne perdant ses droits que pour un «Hommage à Debussy». La Sérénade (1927) constitue une mini-sonate en quatre mouvements, où c’est le Scherzo, et non le Nocturne, qui est dédié «A la mémoire de F. Chopin». Après la Valse des pêcheurs à la ligne (1929), brève contribution à un album collectif de «Treize Danses» publiées chez Eschig, les deux recueils intitulés Les Petits Métiers (1934), dédiés à Magda Tagliaferro, ont été orchestrés en 1936: colorées et brillantes, les dix pièces appellent en effet cette mise en valeur. Auteur de la notice (en français et en anglais), le Québécois Stéphane Lemelin (né en 1960), que sa curiosité a déjà poussé à s’intéresser précédemment à Georges Migot et à Gabriel Dupont, défend avec intelligence et empathie cette musique peu essentielle – qui ne prétend pas à l’être – mais fort plaisante.


Le site de Stéphane Lemelin


Camillo Togni : Trois Caprices, opus 38 – Per Maila – Aforisma – Trois Préludes, opus 28 – Ricercare, opus 28b – Fantasia, opus 25
Gustav Mahler : Symphonie n° 5: Adagietto (arrangement Togni)
Johann Sebastian Bach : Das alte Jahr vergangen ist, BWV 614 – Alle Menschen müssen sterben, BWV 643 – Christ lag in Todesbanden, BWV 625 – Fughetta super «Gelobt seist du, Jesu Christ», BWV 697 – Der Tag, der ist so freudenreich, BWV 605 (transcriptions Togni)

Aldo Orvieto (piano)
Enregistré à Venise (16-18 juillet 2012) – 62’18
Naxos 8.572990





Changement radical avec Camillo Togni (1922-1993), dont Naxos, après avoir publié un disque de musique de chambre, débute une intégrale de l’œuvre pianistique. Né dans la province de Brescia, il étudie avec Franco Margola, puis à Rome avec Casella et à Milan avec le pianiste Giovanni Anfossi et le musicologue Luigi Rognoni, l’un des premiers à faire connaître la musique sérielle en Italie. Dès 1938, Togni découvre la musique de Schönberg sous les doigts de son professeur et ami Arturo Benedetti Michelangeli, natif de Brescia. Rejoignent également son panthéon artistique Bach, Mahler, Busoni mais aussi Trakl, qu’il a souvent mis en musique. Lui-même pianiste, il a beaucoup écrit pour son instrument, puisque quatre volumes sont annoncés, le programme du premier, éclairé par une bonne notice (en anglais et en italien) de Gian Paolo Minardi, permettant d’apprécier de façon évidente l’évolution rapide de son style. De belle facture, la Fantaisie (1944) et les Trois Préludes (1947) poussent encore le chromatisme dans ses derniers retranchements, mais comme ses aînés Dallapiccola et Maderna et son cadet Nono, il devient l’un des premiers adeptes du sérialisme en Italie. Parallèlement à ses séjours estivaux à Darmstadt de 1951 à 1957, l’influence de Webern est manifeste avec netteté dans les trois Caprices (1954-1957) – trois autres suivront entre 1969 et 1991 – et encore bien plus tard dans un Aphorisme (1985) de moins de 30 secondes. Quatre fois plus longue, la pièce Pour Maila (1982), originellement pour flûte et piano et dédiée à la fille du flûtiste Roberto Fabbriciani, demeure en revanche d’esprit postromantique. Exprimée dans un Ricercare (1947) encore très tonal, la passion pour Bach (et pour Busoni, quoique sans le même souci de brio digital) s’exprime également dans la transcription de cinq de ses Préludes de choral sous le nom de Deuxième Partita chorale (1976), dédiée à Benedetti Michelangeli. A l’image de l’instrumentation du Ricercare de L’Offrande musicale par Webern, ces arrangements se révèlent très libres et personnels, de même que celui de l’Adagietto de la Cinquième Symphonie de Mahler. Malgré un instrument peu séduisant et des raccords de montage un peu brutaux, Aldo Orvieto (né en 1961), après un album consacré à Maderna, poursuit avec conviction sa défense de la modernité italienne de l’après-1945.


Ned Rorem : Piano Album I – Six Friends
Carolyn Enger (piano)
Enregistré à New York (16 mars et 17 avril 2009) – 51’11
Naxos 8.559761





Prix Pulitzer en 1976, Ned Rorem (né en 1923), principalement connu pour ses mélodies, cultive également la petite forme dans ses pièces pour piano: les trente-trois plages du disque associant vingt-sept pièces – la vingt-huitième est écrite pour orgue – du Premier (1978-2001) de ses deux Albums pour piano et le recueil Six Amis (2006-2007), lui-même extrait de l’Album pour piano II, dépassent à peine 50 minutes. Composées pour l’essentiel dans la dernière décennie du siècle passé, les pièces de l’Album pour piano I sont dédiées à des proches, bon nombre à Jim Holmes (1939-1999), qui fut son compagnon durant trente-deux ans. Sous les doigts de Carolyn Enger (née en 1958), dans un style d’une modernité raisonnable et économe, moins sec que Satie mais moins chatoyant que Mompou, notations et croquis (réutilisés pour la plupart dans des œuvres de plus vastes dimensions) se succèdent comme dans un journal intime – le compositeur a par ailleurs publié celui de son séjour parisien dans les années 1950 (Editions du Rocher) – entre méditation et mélancolie, lassitude et dépouillement.


Le site de Ned Rorem
Le site de Carolyn Enger


André Tchaikowsky : Concerto pour piano, opus 4 [1] – Inventions, opus 2 [2] – Sonate [3]
Jakob Fichert [2], Maciej Grzybowski [1], Nico de Villiers [3] (piano), Wiener Symphoniker, Paul Daniel (direction)
Enregistré en public à Bregenz (22 juillet 2013) et en studio à Leeds (5 et 6 octobre 2013) – 70’52
Toccata Classics TOCC 0204





Toccata Classics débute sous des auspices éditoriaux mitigés – erreurs dans la description des plages, montage à la serpe – une série consacrée à André Tchaikowsky (1935-1982) par un premier volume consacré à sa musique pour piano et confié à trois musiciens venus s’installer, comme lui, en Angleterre: le Polonais Maciej Grzybowski (né en 1968), l’Allemand Jakob Fichert (né en 1973) et le Sud-Africain Nico de Villiers (né en 1982) interprètent respectivement son (Second) Concerto (1971), ses Inventions (1962) et sa Sonate (1958) – autant de premières au disque (sauf pour les Inventions). Né à Varsovie, Robert Andrzej Krauthammer devient, en 1942, Andrzej Robert Jan Czajkowski pour mieux échapper aux persécutions antisémites – sa mère est assassinée à Treblinka. Après des études à Paris avec Lazare Lévy, il retourne en Pologne, remporte le huitième prix du concours Chopin (1955) puis le troisième prix du concours Reine Elisabeth à Bruxelles (1956), où Rubinstein le prend sous son aile. Ayant définitivement quitté son pays, il prend des leçons de composition avec Nadia Boulanger et, à la demande de son imprésario, se fait connaître comme pianiste sous le nom de Tchaikowsky, qu’il conserve tout en subissant, lui qui se sent avant tout compositeur, le poids écrasant de son illustre homophone. Il se produit notamment sous la direction de Mitropoulos et Reiner, mais la personnalité complexe et tourmentée de cet écorché vif volontiers provocateur, jouant par exemple en bis les Variations Goldberg pour se venger d’un public qui ne l’avait pas applaudi autant qu’il le souhaitait, a constitué le principal obstacle à une carrière de concertiste, d’autant qu’il préférait se consacrer à l’écriture, au bridge et à Shakespeare (qui inspira son ultime et unique opéra, Le Marchand de Venise).


Les trois œuvres au programme de ce premier volume, présentées de façon exhaustive dans la notice (en anglais) d’Anastasia Belina-Johnson, biographe de Tchaikowsky, et Nico de Villiers, donnent une image assez homogène du compositeur. Suivant au moins trois tentatives de jeunesse (perdues), la Sonate, qu’il créa lui-même à Chicago en la faisant passer pour l’œuvre d’un mystérieux compatriote, Uyu Dal (prononcer «Oooo-you doll», bien sûr) – sans abuser pour autant la plupart des critiques – se situe aux confins de l’atonalité et du dodécaphonisme: entre sérieux contrapuntique, flambées intenses et lyrisme, la balance penche davantage vers Berg et Hindemith que vers Prokofiev (le Piano e veloce final doit sans doute au mouvement correspondant de la Septième Sonate). Nico de Villiers est aussi médiocrement servi en termes d’instrument et de prise de son que Jakob Fichert dans les onze Inventions, dont les dédicaces suggèrent, un peu à la manière des sous-titres sibyllins des Variations «Enigma», autant de portraits dédiés chacun à une personnalité (notamment les pianistes Stefan Askenase, Patrick Crommelynck, Ilona Kábos, Fou Ts’ong et Tamás Vásáry). Dans l’air d’un temps déjà un peu passé (Schönberg et Stravinski aussi bien que Bartók et Chostakovitch), les pièces cultivent tour à tour l’humour, la poésie et la légèreté, tempérés par une écriture toujours volontiers verticale. En trois mouvements enchaînés, partageant le même matériau thématique et obéissant à des formes classiques (successivement passacaille précédée d’une introduction orchestrale, scherzo puis fugue et sonate), le Concerto, pousse beaucoup plus loin la rudesse et l’intransigeance que celui de 1957. Refusant obstinément de prendre dans le sens du poil le public aussi bien que le soliste (peu mis en vedette et étroitement imbriqué dans l’orchestre, au demeurant lui-même peu flatté), il offre néanmoins l’attrait de sa sincérité et la séduction à la Prokofiev de son «Vivace con malizia» central. A en juger par les interprétations de Radu Lupu, dédicataire et créateur de l’œuvre, et du compositeur lui-même (voir ici), Maciej Grzybowski et l’Orchestre symphonique de Vienne dirigé par Paul Daniel restent en deçà de son potentiel expressif.


Un site consacré à André Tchaikowsky
Le site de Jakob Fichert
Le site de Nico de Villiers


«Arabesques»
Martin Münch : Märchen und Arabesken, opus 32 – Sonate n° 2 «Kampf um den Stil», opus 6 n° 2 – Sechs verbotene Trauermärsche, opus 37 – Sterl-Impressionen, opus 49b – Pour Louise – Petit morceau

Laurent Wagschal (piano)
Enregistré à Ludwigsburg (2013 et 2013) – 67’17
Prometheus PMT 1036





L’album monographique que Prometheus consacre à Martin Münch (né en 1961) n’est pas très disert sur ce compositeur: des treize lignes de biographie (en allemand et en français), on retiendra qu’après avoir étudié avec Rihm, il enseigne le piano à Bamberg et dirige le festival de musique du Neckar. Des dix lignes de présentation des œuvres au programme de cet album intitulé «Arabesques», il n’y a en revanche rien à tirer, puisqu’elles se bornent à une louange appuyée de ces «pièces caractéristiques» comprenant «deux sublimes hommages musicaux» – Pour Louise (2009) et Petit Morceau (2011) – et des pages d’une «expression pénétrante». Les titres intriguent: la Deuxième (1978) de ses quatre Sonates est sous-titrée «Lutte pour le style», et si le détail des douze brefs Contes et Arabesques (1997) n’est pas précisé, celui des six Marche funèbres interdites ne laisse pas non plus de surprendre, voire d’inquiéter quant à leur substrat idéologique («Déploration sur les 16600 femmes désirées en vain», «... sur la disparition des paysages et l’architecture moderne hostile à l’homme», «... sur la contrainte totalitaire en faveur de l’horrible musique nouvelle», «... sur les crimes contre l’humanité commis par les religions», «... sur l’incapacité, le découragement, le besoin, l’évanouissement...», «... sur l’extinction de la liberté de pensée, de parole...»). L’audition révèle une musique où les réminiscences (Debussy, Ravel, Scriabine, Poulenc) vont quasiment jusqu’à la citation et dont la complaisance passéiste trouverait son équivalent, en France, chez un Stéphane Blet. Dès lors, l’inspiration du peintre impressionniste Robert Sterl (1867-1932) ne surprend pas, dans les six Impressions (2011) auxquelles il donne son nom, portant chacune le titre d’un de ses tableaux («Procession au bord de la Volga», «Vue d’Astrakhan avec des navires dans le port», «Paysage de champs, de bois et d’eaux», «Paysage avec récolte de foin», «Haleurs sur la Volga», «Au port d’Astrakhan»). Si Laurent Wagschal (né en 1972) est certes familier de cette esthétique lorsqu’il défend le répertoire oublié du tournant des XIXe et XXe siècles avec le talent qu’on lui connaît, on se demande en revanche ce qu’il est allé faire dans cette galère allemande.


Le site de Martin Münch
Le site de Laurent Wagschal


«Images d’autres univers»
Salvatore Di Stefano : Richiami arcani lontani [1] – Cinq Pièces [1] – Terra Madre [2] – Iberia [2]

Katherine Nikitine [1], Marcello Parolini [2] (piano)
Enregistré à Lyon (24 avril 2013) – 52’30
IMA2013





Le livret (en français, anglais et italien) de l’album «Images d’autres univers» de l’Italien Salvatore Di Stefano (né en 1969) est bien plus développé que celui de Martin Münch mais tout aussi élogieuse («un compositeur inspiré» «talent puissant et original»). Si la couverture se place sous le signe de Magritte ou de Dalí, la musique ne frappe cependant pas par son sens de l’extravagance et de la provocation. Katherine Nikitine (née en 1986) interprète Appels d’alchimies lointaines (2013), brève pièce dont le langage postscriabinien et les répétitions lancinantes sont en accord avec son propos spirituel sinon mystique, et les Cinq Pièces (2011), de caractère, de style et d’inspiration – y compris les quatre notes d’un sonal diffusé dans les gares SNCF – plus diversifiés, quoique puisant abondamment aux acquis du XXe siècle (Debussy, Rachmaninov, Ravel, Prokofiev, Bartók, Messiaen...). Marcello Parolini (né en 1971) reprend quant à lui deux partitions plus anciennes: Terra Madre (2002), parcours d’une dizaine de minutes au fil d’un poème (Si je pouvais voler) du père du compositeur, Giuseppe Di Stefano, depuis un «rocher inhumain» (où l’on entend le Dies iræ) jusqu’à «un nouveau message de fraternité et d’amour», puis une pièce d’un quart d’heure en dix épisodes enchaînés («L’Homme», «Les Danses», «Le Mystère des jardins»...) audacieusement (ou imprudemment) intitulée Iberia (1999), qui revendique d’ailleurs sa proximité «avec les principaux compositeurs européens du XXe siècle» et quelques tournures hispanisantes.


Le site de Salvatore Di Stefano
Le site de Katherine Nikitine


Simon Corley

 

 

 

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