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01/16/2012
Francis Poulenc : Dialogues des carmélites

Susan Gritton (Blanche de la Force), Hélène Guilmette (Sœur Constance), Soile Isokoski (Madame Lidoine), Susanne Resmark (Mère Marie), Anaïk Morel (Sœur Mathilde), Sylvie Brunet (Madame de Croissy), Heike Grötzinger (Mère Jeanne), Bernard Richter (Le Chevalier), Kevin Conners (L’aumônier), Ulrich Ress (Premier commissaire), John Chest (Deuxième commissaire), Rüdiger Trebes (Thierry), Levente Molnár (Geôlier), Oscar Quezada (Monsieur Javelinot), Alain Vernhes (Marquis de la Force), Christian Rieger (L’officier), Chor der Bayerischen Staatsoper, Andrés Máspero (chef de chœur), Bayerisches Staatsorchester, Kent Nagano (direction), Dmitri Tcherniakov (mise en scène, décor), Elena Zaytseva (costumes), Andrea Schönhofer (dramaturgie), Gleb Filshinsky (lumières), Andy Sommer (réalisation)
Filmé au Bayerische Staatsoper (mars 2010) – 152’
BelAir Classiques BAC061 (distribué par Harmonia mundi) – Format 16/9, NTSC. Code région : 0. Son : PCM Stéréo 2.0, Dolby Digital 5.1





Kent Nagano obtient de l’Orchestre d’Etat de Bavière une richesse sonore et un soin du détail qui préservent à l’œuvre de Francis Poulenc toute la force et la poésie de ses couleurs dramatiques. Sa direction conjointe du chœur, en harmonie avec son chef Andrés Máspero, est efficace, les chants liturgiques des carmélites d’une pureté délicate qui les situe parmi les moments les plus émouvants de cette production relativement récente, présentée en 2010 à l’Opéra d’Etat de Bavière. Ces Dialogues des Carmélites sont musicalement au point, bien à la hauteur de la célèbre version du même Nagano à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon.


A l’instar, peut-être de Debussy, Poulenc composa les lignes des chants solistes non dans l’esprit de l’air mélodique mais en respectant la prosodie du français, mettant ainsi en valeur le texte si essentiel à cet opéra au titre révélateur. Pour les interprètes, cela peut être une gageure. Si le timbre des voix et la présence physique peuvent tendre vers une distribution heureuse, le texte n’est pas si bien servi. Susan Gritton campe une mystique Blanche exaltée, hyperémotive mais crédible, Susanne Resmark une Mère Marie impressionnante, d’une autorité peut-être parfois abusive, et Soile Isokoski une Madame Lidoine désarmante, un rien de charme en trop. Le français, cependant, passe moins bien, altérant à l’occasion jusqu’à la qualité des voix au départ si sûres. Les hommes surmontent la difficulté en apparence plus facilement sans doute parce que leurs interventions sont moins porteuses des subtilités du livret à l’exception peut-être de celles du Chevalier mais la prestation de Bernard Richter, ténor lyrique et nuancé, reste parmi les plus convaincantes. Les deux Françaises sont évidemment plus à l’aise. La mise en scène par trop expressionniste nuit quelque peu à l’interprétation tourmentée de Sylvie Brunet (Madame de Croissy), bouleversante à l’écoute, mais reste plus discret autour du rôle de Sœur Constance tenu par la lumineuse Hélène Guilmette, sa belle voix claire et son jeu tout en finesse magnifiquement au service de Constance dans toute son innocente fraîcheur.


A l’opéra, l’image – le spectacle – se doit aussi de porter le texte, voire d’en éclairer le sens profond. Or, les choix esthétiques et théâtraux de Dmitri Tcherniakov sont souvent en totale inadéquation avec les mots entendus. De toute évidence, la dramaturge Andrea Schönhofer s’est laissée davantage convaincre par les idées innovatrices du metteur en scène que par les références historiques, culturelles et religieuses des auteurs tant de la nouvelle d’origine (Le Fort), que de la pièce (Bernanos) et du livret (Poulenc). Si on s’attache à ce qu’écrivait Gertrud von Le Fort elle-même à propos de Blanche – «née dans l’horreur profonde d’une époque assombrie par les signes de la destinée, ce personnage m’est venu comme l’emblème d’une époque à l’agonie travaillant à sa propre ruine» – on peut comprendre que Tcherniakov ait situé l’opéra à notre époque dans une communauté de femmes croyantes vivant dans la pauvreté, retirées d’un monde où règne la cruauté d’un extrémisme révolutionnaire non-défini, mais pour l’accepter il faut sans cesse faire abstraction de ce que l’on entend sous peine d’incohérence. Par exemple, les lieux cités sont en France, on roule en carrosse et, si on veut gazer les «carmélites» condamnées à mort – ici les gardes permettent néanmoins à Blanche de les sauver une par une avant de périr seule en martyre suprême... – c’est le mot «guillotine» qui ressort. Son idée de créer un lieu clos sur scène – une cabane où tous sont à l’étroit, la transparence des murs une pure convention théâtrale – prouve, cependant, que le décorateur et metteur en scène russe n’a rien perdu de sa compétence audacieuse.


Le langage cinématographique du film sous la direction d’Andy Sommer favorise le gros plan au dépens du plan général naturel à l’opéra et grossit le trait théâtral des gestes au dépens de leur authenticité et c’est parfois dommage. Sinon, si ce n’est peut-être pas par cette production qu’il faudrait aborder Dialogues des carmélites pour la première fois, la réalisation offre un nouveau regard qui a suffisamment de qualités et d’attraits pour captiver la pleine attention des mélomanes amateurs et enthousiastes.


Christine Labroche

 

 

 

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