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Un anniversaire expéditif

Paris
Philharmonie
05/06/2024 -  et 7* mai 2024
Ludwig van Beethoven : Elegischer Gesang, opus 118 – Symphonie n° 9 en ré mineur, opus 125
Angel Blue (soprano), Catriona Morison (alto), Siyabonga Maqungo (ténor), René Pape (baryton‑basse)
Chœur de l’Orchestre de Paris, Richard Wilberforce (chef de chœur), Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä (direction)


(© Sébastien Gauthier)


« Grand concert musical de Monsieur L. van Beethoven qui sera donné demain, le 7 mai 1824, au Théâtre de la Cour impériale et royale, près de la porte de Caritnthie. Les compositions qui seront exécutées sont les œuvres les plus récentes de Monsieur Ludwig van Beethoven. Premièrement. Grande ouverture [opus 124]. Deuxièmement. Trois grands hymnes, avec solos et chœurs. Troisièmement. Grande symphonie, avec entrée dans le finale de solos et de chœurs sur le Lied de Schiller, à la Joie. » On connaît l’affiche que les Viennois ont pu découvrir le 6 mai 1824 et, encore mieux, le triomphe absolu de la création, le lendemain, de la Neuvième Symphonie qui, dès le Scherzo avait provoqué cinq salves d’applaudissements au grand dam de la police puisque le maximum autorisé, en principe, n’était que de trois salves, et encore seulement à l’adresse de la famille impériale (comme le rapportent Jean et Brigitte Massin dans leur ouvrage, Beethoven, Fayard, p. 422).


Deux cents ans après sa création, l’Orchestre de Paris, lointain héritier de la Société des concerts du Conservatoire, qui avait donné l’intégrale des symphonies de Beethoven dès 1828, donnait lors de deux concerts la Neuvième Symphonie dans un cadre original puisque la chaîne Arte devait diffuser le soir même les quatre mouvements de la symphonie par quatre orchestres différents, empruntés à quatre concerts donnés au même moment, ce 7 mai. Ainsi, Andris Nelsons et l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig pour le premier, Klaus Mäkelä et l’Orchestre de Paris pour le deuxième, Riccardo Chailly et l’Orchestre de la Scala de Milan pour le troisième et enfin Petr Popelka (en lieu et place de Joana Mallwitz, souffrante) avec l’Orchestre symphonique de Vienne pour le dernier mouvement se sont succédé pour une Neuvième qui s’avérait donc plus que jamais européenne.


En guise d’amuse-bouche, ce Chant élégiaque de six à sept minutes initialement composé pour voix et quatuor à cordes ; le Chœur de l’Orchestre de Paris, disposé à la fois derrière l’orchestre et au premier balcon où se trouve habituellement une partie du public, fait immédiatement montre d’une parfaite cohérence et d’une attention portée aux mots qui, avec la gestique très souple de Klaus Mäkelä, font merveille.


Place ensuite à la Neuvième. Œuvre gigantesque, tant par ses dimensions que par la symbolique qui lui est attachée depuis deux cents ans, la symphonie a de quoi impressionner d’autant qu’on ne peut l’aborder sans en avoir une vision d’ensemble qui va au‑delà des seules notes. Et c’est là que le bât blesse car d’idées, Klaus Mäkelä en aura furieusement manqué ce soir. On peut comprendre que le public se soit entiché du jeune prodige finlandais dont le carnet de bal à venir (assumer la double direction de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam et du Symphonique de Chicago, sans compter les invitations ici ou là) risque fort d’en faire un jet‑chef qui, s’il n’y prend garde, perdra en substance et en profondeur ce qu’il gagnera certes en miles passés dans les avions.


Dès l’Allegro ma non troppo, un poco maestoso inaugural, on est frappé par la fadeur générale du discours, le manque de lignes directrices au bénéfice de tel ou tel éclairage (sans d’ailleurs que l’on comprenne la raison à ce projecteur soudain), accentué par une direction très agitée, une gestique assez déconcertante, qui tantôt laisse l’orchestre à lui‑même (ce qui passe plutôt bien, d’ailleurs), tantôt le bride et brise ainsi un élan qu’on aurait aimé voir se poursuivre jusqu’au bout (on pense par exemple au passage précédent le formidable roulement de timbales, tenues ce soir avec assurance par Antonio Javier Azanza Ribes, au milieu du mouvement).


Le Molto vivace manque également de précision (le décalage patent dans la partie centrale du mouvement en  majeur entre les cors et le reste de l’orchestre) et offre à l’auditeur une vue brouillonne (les effets de nuances chez les timbales) ; certes, on aura entendu de beaux moments (quelle énergie dans le premier grand tutti de l’orchestre !) mais l’ensemble ne convainc guère en dépit de la remarquable précision des cordes.


Klaus Mäkelä s’en tire beaucoup mieux dans l’Adagio molto et cantabile, même si le cantabile requis justement aurait sans doute pu être mieux appréhendé. Le jeune chef laisse l’orchestre jouer, en lui faisant enfin confiance, les cordes (pupitres d’altos et de violoncelles en particulier) pouvant dérouler de superbes legatos qui rendent justice à une des plus belles pages symphoniques jamais écrites, tout étant ici affaire d’équilibre et de fondus de sons, les bois devant prendre le relais des cordes avec la continuité la plus absolue (et vice versa).


Beau passage également que le début du Finale : Presto - Allegro assai précédant l’entrée des voix ; là encore, le fait de laisser de la liberté à l’orchestre fut sans doute une excellente initiative puisque le crescendo conduisant au grand tutti chantant le thème central du mouvement fut parfaitement mené, conduisant à une plénitude sonore du plus bel effet. Si le quatuor de solistes fut d’un très bon niveau (en dépit d’une justesse un peu hasardeuse chez la soprano au début de son intervention, mais qui s’est parfaitement rattrapée par la suite), c’est surtout le Chœur de l’Orchestre de Paris qui nous aura impressionné par sa cohésion, sa force mais également son sens des nuances et sa réactivité au geste du chef ; regrettons à ce titre, sauf bien entendu s’il n’était pas là, que Richard Wilberforce n’ait pas été convié à venir saluer sur scène à la fin du concert. Klaus Mäkelä dirige le mouvement avec soin, sa gestique gagnant en précision par rapport aux précédents mouvements, mais là encore, quelle idée se fait-il de cette partition ? On a davantage l’impression d’une succession d’épisodes sans grand lien entre eux que d’une page avec son unité dédiée à l’Homme et à ses valeurs, telle que l’ont souhaitée à la fois Schiller et Beethoven lui‑même.


Triomphe du public néanmoins, quelque peu bruyant ce soir (sonneries de téléphone ou de montre, chute d’objets...), pour un concert qui s’oublie aussi vite qu’il est passé. Un beau moment sur le vif mais qu’en restera‑t‑il finalement ? Sans doute le seul souvenir d’avoir entendu la Neuvième Symphonie exactement deux cents ans, jour pour jour, après la date de sa création ; c’est déjà ça.

Le site de Klaus Mäkelä
Le site d’Angel Blue
Le site de Catriona Morison
Le site de René Pape



Sébastien Gauthier

 

 

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